Corrigé e3a 2025 Physique et chimie PC — Chimie, Problème 2 (Q37 à Q49) : Synthèse d'un fragment de la monensine : stéréochimie, carbanion stabilisé, hydroboration, Williamson, réductions et protections
Sujet officiel du concours e3a, session 2025, épreuve Physique et chimie PC. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.
Sujet officiel (PDF, site du concours)
Énoncé
La monensine (1), antibiotique polyéther, a été synthétisée par l'équipe de Y. Kishi (1979). D'après l'analyse rétrosynthétique (figure 1 du sujet, non reproduite), la monensine provient, par une aldolisation, des fragments (4) et (3) ; (4) est issu des molécules (18) et (19), et (3) du 2-furylacétonitrile (12). On étudie la synthèse de (3) à partir de (12).
Monensine : ; analyse élémentaire (pourcentages massiques) : , , . Données : , , ; électronégativités de Pauling , , .
{Figure 2 — Mise en évidence de certains groupes caractéristiques de la monensine.}
Q37. Formule brute de la monensine à partir de l'analyse élémentaire.
Q38. Nommer les trois groupes caractéristiques encadrés (figure 2).
Q39. La monensine est-elle chirale ? Nombre de stéréoisomères de configuration.
| n-BuLi : -butyllithium | THF : tétrahydrofurane (éther cyclique) |
| Me : méthyle ; Ph : phényle | : diéthyléther |
| Bn : benzyle | KH : hydrure de potassium |
| DMF : diméthylformamide | Pd/C : palladium sur charbon |
| PCC : chlorochromate de pyridinium | MOMBr : |
{Tableau 1 — Abréviations utilisées.}
| Oxydant | alcool primaire | alcool secondaire |
|---|---|---|
| Réactif de Sarett ( dans la pyridine) | aldéhyde | cétone |
| Réactif de Jones ( dans (aq)) | acide carboxylique | cétone |
{Document 3 — Action de quelques oxydants usuels.}
{Figure 3 — Début de la synthèse du fragment (3).}
Q40. Structure de l'anion formé par action du butyllithium sur (12) ; deux formes mésomères justifiant sa stabilité.
Q41. Schéma d'un montage de chauffage à reflux (transformation (12) A) ; un intérêt de ce montage.
Q42. Objectif de l'étape de « résolution chirale ».
Q43. Conditions opératoires pour passer de A à B.
Q44. Le tétrahydroborate de sodium aurait-il pu réduire l'ester en alcool (première étape de C D) ?
Q45. Structure de E ; régiosélectivité, par analogie avec l'hydroboration des alcènes terminaux.
Q46. Mécanisme de E F ; justifier le type de mécanisme.
{Figure 4 — Suite de la synthèse du fragment (3).}
Q47. H subit-il une réduction ou une oxydation lors de H I ? Justifier.
Q48. Schéma mécanistique de H I, étant assimilé à une source d'ions hydrure.
Q49. Régiosélectivité de la protection successive des fonctions alcool lors de J K.
Corrigé
Q37. Notons la formule brute. Le pourcentage massique d'un élément est la masse de cet élément dans une mole de composé rapportée à la masse molaire : , d'où
Les indices étant entiers :
Contrôles. La somme des pourcentages vaut : il n'y a pas d'autre élément. Masse molaire avec les données : , en accord avec (l'écart vient des masses atomiques arrondies). Nombre d'insaturations : , soit les cinq cycles de la figure 2 (deux cycles à six chaînons et trois à cinq) et la double liaison du groupe carboxyle : cohérent avec la structure.
Q38.
- Groupe 1 : , groupe carboxyle : fonction acide carboxylique.
- Groupe 2 : un atome de carbone lié à deux atomes d'oxygène, eux-mêmes engagés chacun dans une liaison , et à deux atomes de carbone : c'est une fonction cétal (acétal dérivé d'une cétone). Ce carbone étant commun aux deux cycles (le cycle à six chaînons et le cycle à cinq chaînons), on parle de spirocétal.
- Groupe 3 : , groupe hydroxyle porté par un carbone lié à un seul autre carbone : fonction alcool primaire.
(Le carbone voisin du groupe 3, qui porte à la fois un et l'oxygène du cycle, est un hémicétal ; il n'est pas encadré.)
Q39. Une molécule est chirale si elle n'est pas superposable à son image dans un miroir. La monensine possède de nombreux atomes de carbone asymétriques (liés à quatre substituants différents), tous représentés avec leur configuration sur la figure 2 par des liaisons en coin ou en hachures :
- chaîne acide : les carbones porteurs du méthyle, du méthoxy et du méthyle (en , et du carboxyle) ;
- cycle à six chaînons du spirocétal : carbones (porteurs de , du méthyle, du ) et le carbone spiro ;
- cycle à cinq chaînons du spirocétal : le carbone quaternaire porteur du méthyle ;
- premier cycle tétrahydrofurane : les carbones liés à l'oxygène (dont le quaternaire porteur de l'éthyle) ;
- second cycle tétrahydrofurane : carbones (deux liés à l'oxygène, un porteur du méthyle) ;
- cycle à six chaînons terminal : carbones (le lié au cycle précédent, les deux porteurs d'un méthyle et l'hémicétal).
On compte atomes de carbone asymétriques (stéréocentres), et aucune double liaison stéréogène. La molécule ne possède aucun élément de symétrie (plan ou centre) : sa constitution n'a d'ailleurs aucune symétrie. Elle est donc chirale (c'est d'ailleurs un produit naturel optiquement actif, obtenu sous la forme d'un seul énantiomère).
Le nombre de stéréoisomères de configuration est
sans réduction possible, puisqu'aucun composé méso ne peut exister (la molécule n'a pas de symétrie de constitution). Ils forment couples d'énantiomères ; un seul stéréoisomère est la monensine naturelle, ce qui fait tout l'enjeu de la synthèse totale : contrôler chaque centre.
Q40. Le -butyllithium est une base extrêmement forte (). Il arrache un proton du groupe de (12), situé entre le cycle furane et le groupe nitrile : ce sont les hydrogènes les plus acides de la molécule ( de l'ordre de à ), car la base conjuguée est stabilisée par délocalisation de la charge. On obtient l'anion (avec comme contre-ion) :
Formes mésomères (le doublet non liant du carbanion se délocalise vers l'azote du nitrile, électronégatif, et vers le cycle) :
La forme centrale (ion de type cétènimine, charge sur l'azote) est la plus significative après la première : la charge négative y est portée par l'atome le plus électronégatif. La troisième traduit la conjugaison avec le cycle aromatique. Cette délocalisation sur trois atomes explique la stabilité de l'anion, donc l'acidité particulière de ces hydrogènes. L'anion, nucléophile par le carbone, réagit ensuite par substitution nucléophile (S2) sur l'iodométhane : .
Q41. Montage de chauffage à reflux (étape 2, dans le méthanol à ébullition) :
Au cours de cette étape, le nitrile est converti en ester méthylique (réaction de Pinner : le méthanol s'additionne sur le nitrile activé par , et l'imidate formé est hydrolysé en ester). L'eau entre par le bas du réfrigérant et sort par le haut, pour que la gaine soit entièrement remplie. Le haut du réfrigérant reste ouvert (on ne chauffe jamais un système clos). Les grains de pierre ponce (ou un barreau aimanté) régularisent l'ébullition. Le support élévateur permet de retirer rapidement le chauffage.
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