Corrigé ENS 2026 Chimie B PC — Partie 2.2 (fin) (Q57 à Q61) : Synthon endo-1 : Dieckmann, RMN du spirotétronate
Sujet officiel du concours ENS, session 2026, épreuve Chimie B PC. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.
Sujet officiel (PDF, site du concours)
Énoncé
Les intermédiaires de la figure 6 partagent le squelette ci-dessous (cyclohexène issu de la Diels-Alder 3 + 4, stéréocentres fixés) ; seuls changent X, Y (sur C1) et la chaîne R (sur C2).
{ Squelette commun des composés 5 à 1 (figure 6) ; méthyles de C2 (gras) et C5 (hachuré)}
| Composé | X (gras) | Y | R (hachuré) |
|---|---|---|---|
| 5 | |||
| 6 | |||
| 7 | |||
| 8 | (énolate) | ||
| 9 | (E)- | ||
| 1a | O (lactone) | C4--OH (tétronate) | (E)- |
| 1 | O (lactone) | C4--OMe (tétronate) | (E)- |
Enchaînement : 7 8 9 ; 9 (1. , ; 2. TBSCl) 10 ; 10 (LHMDS, THF-HMPA) 1a ; 1a () 1. Spirotétronate : cycle C1--O--C(=O)–C3HC4(OR)–C1.
Q57. Proposer une séquence réactionnelle de 7 à 8.
Q58. Donner la structure de 10 (contrôle de charge).
Q59. Proposer un mécanisme de formation de 1a.
RMN H de 1 (, 400 MHz) : (ppm) (6H, s) ; – (24H, s) ; (2H, d, Hz) ; (1H, tq, Hz) ; (3H, s) ; (2H, s) ; (2H, d, Hz) ; (1H, s) ; (1H, d, Hz) ; (1H, dt, et Hz) ; (1H, s) ; – (10H, m). Étiquettes de la figure 8 :
| a | du TBS | j | du cycle (C6) |
|---|---|---|---|
| b, c | du TBS | k | |
| d | l | du tétronate (C3) | |
| e | – voisin de d | m | sur C5 |
| f | – lié à C2 | n | |
| g | sur C2 | o, p | H aromatiques () |
| h | du cycle (C3) | q | du TBDPS |
| i | du cycle (C5) |
Q60. Attribuer les signaux (tableau par croissant, justification succincte).
Q61. Justifier la terminologie endo du synthon endo-1.
Corrigé
Q57. Il faut transformer C2-- en énolate C2-- : oxyder l'alcool primaire en aldéhyde, puis arracher un proton en du carbonyle.
- Oxydation douce de l'alcool primaire en aldéhyde (document 1) : oxydation de Swern (, , , , ) ou PCC. Ces conditions s'arrêtent à l'aldéhyde (pas de suroxydation en acide, contrairement à ou ) et respectent la double liaison du cycle, l'ester, l'acétate et les éthers silylés : on obtient C2--.
- Déprotonation en de l'aldéhyde par une base forte, encombrée et peu nucléophile, en défaut ou quantité stœchiométrique, à basse température : LHMDS (ou LDA) dans le THF à . : la réaction est totale et donne l'énolate 8, stabilisé par mésomérie . Le carbone de l'ester, quaternaire, n'a pas d'hydrogène en ; les hydrogènes du méthyle de l'acétate () sont nettement moins acides que ceux de l'aldéhyde.
(L'énolate est ensuite converti en énal 9, par exemple via un éther d'énol silylé et une oxydation de Saegusa, ou par sélénation puis élimination oxydante.)
Q58. Étape 1. Sous contrôle de charge, l'ion hydrure de , nucléophile dur, attaque l'atome qui porte la plus forte charge partielle positive de l'énal conjugué : le carbone du carbonyle (addition 1,2), et non le carbone (addition 1,4, sous contrôle orbitalaire). On obtient l'alcool allylique primaire (E)-C2--, la double liaison C=C étant conservée ; l'ester méthylique et l'acétate ne sont pas réduits par , réducteur doux.
Étape 2. TBSCl silyle cet alcool (en présence d'une base qui piège , pyridine ou imidazole, document 4) : .
10 : squelette commun avec X , Y , R (E)-, c'est-à-dire exactement la chaîne présente dans 1a.
Q59. Condensation de Dieckmann (Claisen intramoléculaire) entre l'acétate et l'ester méthylique, portés par le même carbone C1 :
- Déprotonation : l'azote de LHMDS arrache un proton du méthyle de l'acétate (C1--), seul hydrogène acide en d'un carbonyle : énolate d'ester C1-- C1--, stabilisé par mésomérie (HMPA dissocie les agrégats et exalte sa nucléophilie).
- Addition nucléophile : le doublet de la liaison de l'énolate (carbone nucléophile ) attaque le carbone électrophile du de l'ester méthylique ; le doublet de l'ester bascule sur l'oxygène. Cycle à cinq chaînons (C1, , , , ), intermédiaire tétraédrique alcoolate.
- Élimination : le doublet de l'alcoolate reforme la liaison et expulse : on obtient la -cétolactone (lactone C1--–C1).
- Déprotonation déplaçant l'équilibre : le entre les deux carbonyles est très acide () ; ou LHMDS l'arrache aussitôt pour donner un énolate très stabilisé (charge délocalisée sur les deux oxygènes), étape pratiquement irréversible qui rend la cyclisation totale.
- Traitement acide () : protonation sur l'oxygène, qui donne la forme énol C3HC4--OH, tautomère majoritaire car conjugué au carbonyle de la lactone (acide tétronique 1a).
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