Corrigé Mines-Ponts 2026 Chimie PC — Partie I (Synthèse de la cyrnéine A) (Q6 à Q16) : Claisen, condensation aldolique, réduction de Hantzsch, alkylation et ozonolyse
Sujet officiel du concours Mines-Ponts, session 2026, épreuve Chimie PC. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.
Sujet officiel (PDF, site du concours)
Énoncé
Un cycle à six chaînons est introduit puis fonctionnalisé ; il sera ensuite agrandi en cycle à sept chaînons. La première étape est un réarrangement sigmatropique concerté (réarrangement de Claisen) qui donne l'aldéhyde 10, transformé ensuite en ène-dione 11.
{Schéma 3 — Obtention du composé 18 (DBU : 1,8-diazabicyclo[5.4.0]undéc-7-ène ; DMAP : 4-diméthylaminopyridine ; pyr : pyridine ; ester de Hantzsch : 2,6-diméthyl-1,4-dihydropyridine-3,5-dicarboxylate de diéthyle)}
Données (annexes) : pour les couples acido-basiques à , ; ; ; .
| Liaison | C--C | C=C | C--O | C=O | C--H | O--H |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Orbitales frontalières | HO | BV |
|---|---|---|
| 2-méthylpropène | ||
{ Annexe 7 (représentation simplifiée des isodensités) — lobes ; gris et blanc : signes opposés}
Q6. Définir « concerté » ; l'illustrer par une autre transformation au programme.
Q7. Caractère exo- ou endothermique de 3 10, à partir des énergies de liaison.
Q8. Mécanisme de 10 11 (soude aqueuse au reflux).
12 est obtenu par réduction de la double liaison de 11 par l'ester de Hantzsch (donneur d'hydrure vers un alcène activé par un groupe électroattracteur), puis méthylé par en présence de DBU.
Q9. La réduction 11 12 aurait-elle pu se faire par , Pd/C ?
Q10. Équation de la réduction de 11 (notée ) par l'ester de Hantzsch ; mécanisme.
Q11. Deux avantages du DBU comme base ; son site basique.
Q12. Mécanisme de 12 13.
13 subit une ozonolyse réductrice (Document 2) qui donne la tricétone 14.
{Document 2 — Ozonolyse réductrice : cycloaddition 1,3-dipolaire à froid donnant le molozonide (cyclique), qui se scinde en un zwitterion non cyclique Z et en méthanal ; ceux-ci se recombinent en ozonide (cyclique), réduit par .}
Q13. Justifier la formation du molozonide à l'aide des annexes ; en proposer une structure.
Q14. Structure de Z ; mécanisme de formation de l'ozonide.
15 est obtenu par dans MeOH/THF ; les étapes 17 18 ne sont pas étudiées.
Q15. Structure de 15 (sélectivité non justifiée).
Q16. Fonction formée lors de 15 16 ; intérêt de cette étape.
Corrigé
Q6. Une transformation est concertée lorsqu'elle se fait en un seul acte élémentaire : toutes les liaisons qui se rompent et toutes celles qui se forment le font simultanément (éventuellement de façon non synchrone), en passant par un unique état de transition, sans intermédiaire réactionnel. Exemple au programme : la réaction de Diels-Alder, cycloaddition [4+2] entre un diène et un diénophile, où les deux liaisons C--C se forment en même temps que les liaisons se déplacent (le mécanisme S2 ou E2 de première année convient aussi).
Q7. Le réarrangement de Claisen transforme l'éther allylvinylique de 3 en aldéhyde -insaturé de 10 (liaison C–O rompue, liaison C–C créée, doubles liaisons déplacées). Le nombre de liaisons C--H ne change pas (cinq de part et d'autre). On décompte les liaisons qui changent :
- rompues (dans 3) : C=C (), C–C (), C–O (), O--C (), C=C () : ;
- formées (dans 10) : C–C (), C=C (), C=O (), C–C (), C–C () : .
(Bilan équivalent, plus court : deux C=C et deux C--O disparaissent, une C=C, une C=O et deux C--C apparaissent.) Par la loi de Hess appliquée au cycle des atomisations (enthalpie d'atomisation des réactifs moins celle des produits),
la réaction est exothermique, essentiellement parce qu'une liaison C=O () est bien plus forte qu'une liaison C=C (). Hypothèses : les énergies de liaison sont des valeurs moyennes définies pour des espèces gazeuses ; on néglige donc les enthalpies de changement d'état et l'effet de l'environnement de chaque liaison (conjugaison, tension de cycle) : l'ordre de grandeur est fiable, pas la valeur précise.
Q8. Condensation aldolique (de type Knoevenagel) suivie d'une crotonisation. On note l'aldéhyde 10 et la cyclohexane-1,3-dione , où désigne les deux carbonyles du cycle qui encadrent le réactif.
- Déprotonation. Le situé entre les deux carbonyles est très acide (, par analogie avec ) car sa base conjuguée est stabilisée par délocalisation de la charge sur les deux oxygènes :
réaction quasi totale (alors que les en de l'aldéhyde, de voisin de 17--20, ne sont que très peu déprotonés).
- Addition nucléophile. Le doublet du carbone de l'énolate attaque le carbone électrophile du carbonyle de l'aldéhyde, le doublet de C=O passe sur l'oxygène : .
- Protonation par l'eau : (aldol).
- Crotonisation E1cB (favorisée par le chauffage) : le C--H restant entre les deux carbonyles est encore très acide et se déprotone, ; puis le doublet de l'énolate reforme une double liaison C=C en expulsant l'ion hydroxyde porté par le carbone voisin : .
On obtient l'ène-dione 11, dont la double liaison est conjuguée aux deux carbonyles ; est régénéré (catalyse basique), et le sous-produit est l'eau. La formation d'un système conjugué rend la crotonisation thermodynamiquement favorable.
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