Corrigé bac HGGSP 2025 Métropole jour 1 — Dissertation 1 : Les usages du patrimoine en France
Sujet officiel du baccalauréat, spécialité histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques, session 2025. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.
Énoncé
Consigne officielle. Baccalauréat général, épreuve d'enseignement de spécialité, session 2025 — Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques. Mardi 17 juin 2025. Durée de l'épreuve : 4 heures. L'usage de la calculatrice et du dictionnaire n'est pas autorisé. Dès que ce sujet vous est remis, assurez-vous qu'il est complet. Ce sujet comporte 4 pages numérotées de 1/4 à 4/4. Le candidat traitera un sujet de dissertation, au choix parmi les sujets 1 et 2, et l'étude critique de documents. Répartition des points : dissertation, 10 points ; étude critique de documents, 10 points.
Le candidat traitera un sujet de dissertation, au choix parmi les sujets 1 et 2. Il précisera sur la copie le numéro du sujet choisi pour la dissertation.
Sujet de dissertation 1. Les usages du patrimoine en France.
Corrigé
Analyse du sujet.
Le libellé est nominal : c'est au candidat de le transformer en question. Le patrimoine, d'abord. Le mot vient du latin patrimonium, les biens hérités du père : une notion de droit privé, familiale, qui ne devient collective qu'avec la Révolution française, lorsque le décret du 2 novembre 1789 met les biens du clergé « à la disposition de la Nation ». Le patrimoine est l'ensemble des biens, matériels ou immatériels, qu'un groupe reconnaît comme un héritage à transmettre ; il suppose donc une sélection, une valeur attribuée et une obligation de transmission, et la convention de l'Unesco du 17 octobre 2003 y a ajouté les pratiques vivantes — rituels, savoir-faire. Les usages, ensuite, et le pluriel est le cœur du sujet : un patrimoine n'est pas seulement conservé, il sert. Il sert un pouvoir qui fabrique un récit, un territoire qui cherche une identité ou une reconversion, une économie qui vit du tourisme, une diplomatie qui cherche du rayonnement. Le mot renvoie explicitement à l'axe 1 du thème 4, « Usages sociaux et politiques du patrimoine », dont le premier jalon — « Réaménager la mémoire. Les usages de Versailles de l'empire à nos jours » — est français, à l'axe 2, dont le jalon « Paris entre protection et nouvel urbanisme » l'est également, et à l'objet de travail conclusif, « La France et le patrimoine, des actions majeures de valorisation et de protection », avec ses trois jalons : la politique publique, le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, le repas gastronomique des Français. En France, enfin : le cadre spatial est le territoire national, mais il faut le tenir dans deux ouvertures que le programme impose — l'action de la France dans le monde (Unesco, Louvre Abou Dabi) et la présence en France de biens venus d'ailleurs, que la question des restitutions a rendue brûlante. Le sujet ne donne pas de bornes chronologiques : on partira de la naissance de la notion moderne, entre 1789 et la première liste de classement de 1840, parce que c'est alors que le patrimoine cesse d'être une affaire de propriétaires pour devenir une affaire publique, et l'on ira jusqu'à aujourd'hui — Notre-Dame de Paris rouverte le 7 décembre 2024. Le libellé demande donc d'identifier des usages, de montrer qu'ils se succèdent et se superposent, et surtout qu'ils entrent en conflit : le patrimoine est un enjeu de pouvoir. Deux pièges : le catalogue de monuments sans argument, et le contresens qui oppose de « bons » protecteurs à de « méchants » destructeurs.
Problématique.
Comment le patrimoine, devenu bien de la Nation en 1789, a-t-il été utilisé en France, successivement puis simultanément, comme instrument politique de fabrication d'un récit national, comme ressource sociale et économique des territoires, et comme levier de rayonnement dans le monde — et pourquoi ces usages, loin de toujours se compléter, engendrent-ils des conflits qui révèlent qu'identifier, protéger et valoriser un héritage est toujours l'exercice d'un pouvoir ?
Plan détaillé.
I. Un usage politique : fabriquer et réaménager le récit national.
A. La Nation s'approprie un héritage (1789-1913). Le décret du 2 novembre 1789 fait de l'État le propriétaire d'un immense ensemble d'édifices, d'œuvres et d'archives ; les destructions qui suivent provoquent la réaction de l'abbé Grégoire, qui forge en 1794 le mot « vandalisme » dans ses rapports à la Convention, et le musée des Monuments français d'Alexandre Lenoir, à partir de 1795, rassemble les sculptures sauvées. L'usage est d'instruction publique : ces biens appartiennent à tous. La monarchie de Juillet en fait une administration — inspecteur général des monuments historiques en 1830 (Ludovic Vitet, puis Prosper Mérimée en 1834), commission en 1837, première liste de classement d'un millier d'édifices en 1840 — puis la IIIe République lui donne son socle, la loi du 31 décembre 1913, qui distingue classement et inscription et fait primer l'intérêt public sur le droit de propriété. Restaurer, c'est déjà interpréter : Eugène Viollet-le-Duc achève Notre-Dame d'une flèche que le Moyen Âge n'avait pas laissée et refait Carcassonne et Pierrefonds, quand John Ruskin (Les Sept Lampes de l'architecture, 1849) tient la restauration pour « la plus totale destruction ».
B. Versailles, ou « réaménager la mémoire ». Le château est un dispositif politique dès son origine — la cour et le gouvernement s'y installent le 6 mai 1682 —, puis un lieu abandonné après les 5 et 6 octobre 1789 et vidé de son mobilier par la vente ouverte en août 1793. Louis-Philippe le sauve en lui donnant un usage nouveau : le musée « à toutes les gloires de la France », inauguré le 10 juin 1837, dont la galerie des Batailles aligne les victoires de Tolbiac à Wagram. Une monarchie sans légitimité ancienne y loge côte à côte les mémoires de l'Ancien Régime, de la Révolution et de l'Empire : on ne conserve pas un palais, on fabrique un ciment national. Le monument devient ensuite une réplique dans un dialogue franco-allemand d'un demi-siècle : l'Empire allemand est proclamé dans la galerie des Glaces le 18 janvier 1871, et le traité de paix y est signé le 28 juin 1919, choix du lieu qui répond exactement à 1871. Entre-temps, la République s'y fonde — l'Assemblée y siège jusqu'en 1879 et y vote les lois constitutionnelles de 1875 — et le Congrès s'y réunit encore pour réviser la Constitution.
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