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Corrigé bac HGGSP 2025 Métropole jour 1 — Étude critique de documents : Juger les génocides : les gacaca rwandais et le procès Eichmann

Sujet officiel du baccalauréat, spécialité histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques, session 2025. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.

Sujet officiel (PDF)

Énoncé

Consigne officielle. Le candidat traitera l'étude critique de documents suivante.

Étude critique de documents – Juger les génocides

Consigne – En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, montrez comment et pourquoi la justice juge les génocides et les crimes contre l'humanité.

Document 1. Extrait du discours de Paul Kagamé, Président de la République du Rwanda, à l'occasion du lancement officiel des juridictions gacaca, le 18 juin 2002 (texte, lignes numérotées de 5 en 5 dans le sujet).

« Comme nous le savons tous, le génocide et les massacres ont détruit et endeuillé ce pays et l'ont laissé face à des problèmes insurmontables, dont certains liés à la justice.

Les rescapés du génocide et des massacres ont été torturés de manière épouvantable. Les péchés commis doivent être réprimés et punis, mais aussi pardonnés.

Le nombre de gens qui ont commis le génocide est très élevé. Il est bien connu que les tribunaux classiques ne peuvent traiter tous ces dossiers. C'est pour ça que les Rwandais sont allés chercher un autre moyen pour régler le contentieux du génocide. […]

Il faudrait analyser minutieusement ce qui s'est passé dans notre pays. Établir la différence entre le génocide et les autres crimes commis pendant ou après la guerre. Il ne faut pas faire l'amalgame.

Il y a des gens qui ont été tués par des actes de vengeance commis par des individus, et lorsque ces derniers ont été identifiés, ils ont été punis sévèrement. Donc, qu'on prouve ces crimes et nous poursuivrons leurs auteurs.

On sait que les bourreaux de l'époque ont entraîné la population dans la guerre et les actes de tueries. […]

Je demande que les tribunaux gacaca soient respectés comme les tribunaux classiques. Je demande à tous les Rwandais à tous les échelons d'appuyer les tribunaux gacaca, notamment en disant la vérité. Je voudrais inviter tout particulièrement les victimes du génocide à faire preuve de tolérance et de patience envers le témoignage de ceux qui savent.

J'invite les bourreaux à faire preuve de courage et d'avouer, de se repentir et de demander pardon.

Je demande aux personnes élues d'être vraiment des personnes intègres. Je leur demande d'éviter les discriminations basées sur les relations de famille, sur les tribus, sur l'origine ou sur les gains qu'ils ont faits (dans le cadre du génocide).

En appuyant la gacaca, nous montrons notre patriotisme et notre amour du Rwanda. La justice est la levure de l'unité et la fondation du progrès. »

Source : extrait du discours de Paul Kagamé, Président de la République du Rwanda, à l'occasion du lancement officiel des juridictions gacaca, le 18 juin 2002.

Document 2. Photographie en noir et blanc de la salle d'audience du procès Eichmann, Jérusalem, 1961 (document reproduit dans le sujet PDF). La salle est vue depuis le fond, en légère plongée. Au centre, sur une estrade, trois juges en robe siègent côte à côte derrière un long pupitre, chacun devant un micro ; celui du milieu écoute, la main portée au visage. Au-dessus d'eux, sur le mur de pierre nu, l'emblème de l'État d'Israël : une ménorah à sept branches encadrée de rameaux d'olivier, le mot « Israël » en hébreu au-dessous. À droite et en contrebas de l'estrade, un homme seul fait face aux juges dans un box muni d'un micro, la barre des témoins ; au-dessus de lui, un homme en robe est assis à un pupitre couvert de registres, et, plus bas, une femme prend des notes à un petit bureau. À gauche de l'image, surélevée, une cabine vitrée : l'accusé, Adolf Eichmann, y est assis, en costume sombre, lunettes à monture épaisse et écouteurs de traduction sur les oreilles, des feuillets posés devant lui ; deux policiers en uniforme et casquette l'encadrent, l'un derrière son fauteuil, l'autre assis à l'autre bout du box, près de deux micros et d'une pile de documents. Au centre, la longue table des parties est couverte de dossiers et de volumes reliés ; certains de ceux qui y siègent portent eux aussi des écouteurs, et un casque est posé sur la table. Au premier plan, plusieurs rangées de public, vues de dos, assises dans les fauteuils d'une salle de spectacle — des dizaines de personnes, hommes et femmes, dont beaucoup tiennent des feuillets ou prennent des notes.

Source : salle d'audience du procès Eichmann, Jérusalem, 1961, consultable sur le site internet de l'institut Yad Vashem-Institut international pour la mémoire de la Shoah (Jérusalem).

Corrigé

Introduction.

Le document 1 est une source primaire politique : l'extrait, traduit, du discours par lequel Paul Kagamé — chef du Front patriotique rwandais dont la victoire militaire a mis fin au génocide en juillet 1994, président de la République depuis 2000 — lance officiellement, le 18 juin 2002, les juridictions gacaca créées par la loi organique du 26 janvier 2001. Le contexte est celui d'un pays huit ans après le génocide des Tutsis — entre 800 000 et un million de morts en une centaine de jours, du 7 avril à la mi-juillet 1994 —, où plus de cent vingt mille personnes sont détenues dans des prisons conçues pour quelques milliers. Les destinataires sont les Rwandais « à tous les échelons » : les victimes, les « bourreaux », les juges élus. Le document 2 est une photographie de la salle d'audience où Adolf Eichmann, ancien responsable de l'organisation des déportations des Juifs d'Europe, enlevé en Argentine par les services israéliens en mai 1960, est jugé à Jérusalem du 11 avril au 15 décembre 1961 par le tribunal de district, dans une salle de spectacle aménagée. Elle est conservée et diffusée par Yad Vashem, institué par une loi israélienne du 19 août 1953 : c'est donc une image d'archive choisie par une institution de mémoire. Les deux documents relèvent du thème 3, « Histoire et mémoires » — de son axe 2, « Histoire, mémoire et justice », dont le premier jalon est la justice à l'échelle locale des tribunaux gacaca, et de l'objet de travail conclusif, dont le jalon « Juger les crimes nazis après Nuremberg » comprend le procès Eichmann. La consigne demande comment — par quels acteurs, quelles procédures, à quelle échelle — et pourquoi — pour quelles finalités — la justice juge les génocides et les crimes contre l'humanité. On confrontera d'abord les modalités de deux justices nationales opposées, l'une locale et de masse, l'autre exemplaire et solennelle ; on dégagera ensuite leurs finalités ; on montrera enfin ce que chaque document tait.

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