Corrigé bac HGGSP 2025 Métropole jour 2 — Dissertation 1 : Le changement climatique, un enjeu géopolitique
Sujet officiel du baccalauréat, spécialité histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques, session 2025. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.
Énoncé
Consigne officielle. Baccalauréat général, épreuve d'enseignement de spécialité, session 2025 — Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques. Mercredi 18 juin
- Durée de l'épreuve : 4 heures. L'usage de la calculatrice et du dictionnaire n'est pas autorisé. Dès que ce sujet vous est remis, assurez-vous qu'il est complet. Ce sujet comporte 4 pages numérotées de 1/4 à 4/4. Le candidat traitera un sujet de dissertation, au choix parmi les sujets 1 et 2, et l'étude critique de documents. Répartition des points : dissertation, 10 points ; étude critique de documents, 10 points.
Le candidat traitera un sujet de dissertation, au choix parmi les sujets 1 et 2. Il précisera sur la copie le numéro du sujet choisi pour la dissertation.
Sujet de dissertation 1. Le changement climatique, un enjeu géopolitique.
Corrigé
Analyse du sujet.
Le changement climatique désigne le réchauffement global d'origine humaine, mesuré depuis la fin du XIXe siècle et attribué aux émissions de gaz à effet de serre : plus d'un degré en un siècle et demi, à la différence des fluctuations naturelles étudiées par l'histoire du climat (anomalie médiévale, Petit Âge glaciaire), qui n'étaient ni globales ni de cette amplitude. Il faut d'emblée distinguer le fait mesuré (la concentration de CO2), la projection (le réchauffement à l'horizon 2100, sous hypothèses) et le jugement politique (le seuil « acceptable ») : la confusion des trois est la première faute d'une copie sur ce sujet. Un enjeu géopolitique : la géopolitique, selon le programme, « envisage les rivalités et les enjeux de pouvoir sur des territoires considérés dans leur profondeur historique, ainsi que les représentations qui les accompagnent ». Dire que le climat est un enjeu géopolitique, c'est donc soutenir qu'il met en jeu des rapports de puissance entre États, des territoires (zones inondables, Arctique, routes maritimes, gisements) et des représentations (qui est responsable ? qui est victime ?). Le libellé est une phrase nominale, sans verbe ni question : c'est au candidat de la transformer en problème, en montrant en quoi et dans quelle mesure le climat est devenu géopolitique — car il est aussi un objet scientifique et un cas rare de coopération universelle, et une bonne copie tient les deux faces. Cadrage temporel : de la conférence de Stockholm (1972) et de la première conférence mondiale sur le climat (1979) à nos jours, avec un tournant en 1988-1992 (création du GIEC, convention-cadre de Rio) qui fait entrer le climat dans les relations internationales ; cadrage spatial : mondial par nature — l'atmosphère est indivisible —, mais lu à plusieurs échelles : les blocs de négociation, les États, les territoires les plus exposés (petits États insulaires, Sahel, Arctique). Le sujet relève du thème 5, « L'environnement, entre exploitation et protection : un enjeu planétaire », axe 2 (« Le changement climatique : approches historique et géopolitique », jalon « Le climat, enjeu des relations internationales : les accords internationaux (Sommets de la Terre, COP…) ») et objet de travail conclusif sur les États-Unis ; il autorise un emprunt au thème 1 pour l'Arctique et la haute mer.
Problématique.
Dans quelle mesure le changement climatique, bien commun mondial qui appelle une coopération de tous les États, est-il devenu depuis les années 1990 un révélateur et un multiplicateur des rapports de puissance — entre Nord et Sud, entre les grands émetteurs, autour de territoires nouvellement convoités ou menacés ?
Plan détaillé.
I. Un bien commun mondial devenu objet de négociation entre États : la construction d'un régime climatique (1972-2015).
A. Le problème posé : gouverner un bien qui n'appartient à personne. Le climat est le cas d'école du bien commun mondial : l'atmosphère est indivisible, nul ne peut être exclu de son usage, et une tonne de CO2 produit le même effet quel que soit son lieu d'émission. D'où le problème du passager clandestin : chaque État a intérêt à ce que les autres réduisent leurs émissions. Garrett Hardin en tirait en 1968 « la tragédie des communs » ; Elinor Ostrom (prix Nobel d'économie 2009, Governing the Commons, 1990) a montré que des règles élaborées en commun, un contrôle mutuel et des sanctions graduées permettent de gérer une ressource partagée. Le régime climatique est une tentative d'appliquer ces conditions à près de deux cents États sans autorité supérieure.
B. Poser le cadre (1972-1992). La conférence de Stockholm (5-16 juin 1972) crée le PNUE ; la première conférence mondiale sur le climat se tient à Genève en 1979 ; le protocole de Montréal sur la couche d'ozone (16 septembre 1987) fournit un modèle — objectif chiffré, calendrier, fonds pour les pays en développement, ratification universelle — qui ne sera pas transposable, car il portait sur quelques molécules et non sur le coproduit de toute l'économie. Le GIEC est créé en 1988 par le PNUE et l'Organisation météorologique mondiale ; il évalue la littérature scientifique et ses résumés sont approuvés ligne à ligne par les États : la science y est déjà diplomatique. Le Sommet de la Terre de Rio (3-14 juin 1992) adopte la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, entrée en vigueur le 21 mars 1994, et son principe cardinal des responsabilités communes mais différenciées : tous sont concernés, mais les pays industrialisés, historiquement responsables, doivent agir les premiers. Ce principe est le nerf de toutes les négociations ultérieures.
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