Corrigé bac HGGSP 2025 Métropole jour 2 — Dissertation 2 : Construire la paix depuis le XVIIe siècle
Sujet officiel du baccalauréat, spécialité histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques, session 2025. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.
Énoncé
Consigne officielle. Baccalauréat général, épreuve d'enseignement de spécialité, session 2025 — Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques. Mercredi 18 juin
- Durée de l'épreuve : 4 heures. L'usage de la calculatrice et du dictionnaire n'est pas autorisé. Dès que ce sujet vous est remis, assurez-vous qu'il est complet. Ce sujet comporte 4 pages numérotées de 1/4 à 4/4. Le candidat traitera un sujet de dissertation, au choix parmi les sujets 1 et 2, et l'étude critique de documents. Répartition des points : dissertation, 10 points ; étude critique de documents, 10 points.
Le candidat traitera un sujet de dissertation, au choix parmi les sujets 1 et 2. Il précisera sur la copie le numéro du sujet choisi pour la dissertation.
Sujet de dissertation 2. Construire la paix depuis le XVIIe siècle.
Corrigé
Analyse du sujet.
La paix n'est pas seulement l'absence de guerre : le programme distingue la simple « interruption des combats » (armistice, cessez-le-feu) de la paix construite, qui règle les causes du conflit et organise l'après. Construire est le mot décisif du libellé : il indique un processus — négocier, signer, garantir, institutionnaliser, désarmer, juger, réconcilier — et non un acte instantané ; il invite donc à distinguer les modes de résolution recensés par le thème : le traité de paix entre États, la médiation, la sécurité collective, et le répertoire des sorties de guerre civile (désarmement-démobilisation-réinsertion, partage du pouvoir, justice transitionnelle). Depuis le XVIIe siècle : la borne n'est pas arbitraire, elle renvoie au premier jalon de l'axe 2 du thème 2, « Faire la paix par les traités : les traités de Westphalie (1648) », qui inventent le congrès multilatéral, l'amnistie et la garantie ; le XVIIe siècle est aussi celui où Hugo Grotius fonde le droit de la guerre et de la paix (De jure belli ac pacis, 1625). La borne finale, implicite, est le présent : les tentatives de paix au Moyen-Orient (objet de travail conclusif), les actions de l'ONU sous Kofi Annan (1997-2006, second jalon de l'axe 2), et les conflits actuels où l'adversaire ne peut pas signer. Le cadrage spatial est mondial, mais il part de l'Europe, qui a inventé les instruments diplomatiques ensuite universalisés par l'ONU. Le sujet ne demande pas un récit des traités : il demande de montrer comment on construit la paix, avec quels instruments, sous quelles conditions, et pourquoi ces instruments, conçus pour des États, sont mis à l'épreuve par des conflits qui n'opposent plus seulement des États. Le sujet relève du thème 2, « Faire la guerre, faire la paix : formes de conflits et modes de résolution », axe 2 (« Le défi de la construction de la paix ») et objet conclusif sur le Moyen-Orient ; il autorise un emprunt au thème 3 (histoire, mémoire et justice) pour la justice pénale internationale.
Problématique.
Comment les sociétés sont-elles passées, depuis 1648, d'une paix négociée entre souverains et garantie par des tiers à une paix organisée par une institution permanente, puis à une paix conçue comme un processus de reconstruction — et pourquoi ces instruments successifs, qui supposent tous un adversaire capable de signer et l'accord des grandes puissances, peinent-ils devant les conflits contemporains ?
Plan détaillé.
I. La paix par le traité entre souverains : l'invention westphalienne et sa postérité (1648-1919).
A. Westphalie, 1648 : la paix devient une procédure. La guerre de Trente Ans, ouverte par la défenestration de Prague (23 mai 1618), a fait perdre à l'Empire, selon les régions, du cinquième au tiers de sa population, et nul ne peut la gagner : la France catholique de Richelieu entre en guerre en 1635 aux côtés des princes protestants, la raison d'État l'emportant sur la religion. La paix se construit dès lors par un congrès : quatre ans de négociation (1644-1648), la guerre continuant ; deux villes de Westphalie neutralisées — Münster pour les catholiques et la France, Osnabrück pour les protestants et la Suède —, près de deux cents délégations, deux médiateurs, le nonce Fabio Chigi et le Vénitien Alvise Contarini. Les traités du 24 octobre 1648 règlent la religion (paix d'Augsbourg de 1555 étendue aux calvinistes, année normative 1624), l'Empire (jus territoriale et droit d'alliance des États d'Empire) et les territoires (Trois-Évêchés et droits en Alsace pour la France, Poméranie occidentale pour la Suède) ; l'indépendance des Provinces-Unies, elle, est reconnue par l'Espagne dans un traité signé à Münster le 30 janvier 1648. Deux clauses sont proprement politiques : une amnistie générale et un « oubli perpétuel » — on ne juge personne, on efface —, et une garantie de la France et de la Suède, qui place la paix sous la surveillance de tiers.
B. Un moule réemployé, un équilibre à entretenir (1713-1815). Toutes les grandes paix reprennent le modèle du congrès : Utrecht (1713), qui inscrit l'équilibre des puissances dans le droit européen ; la guerre de Sept Ans se clôt par les traités de Paris (10 février 1763) et d'Hubertsbourg (15 février 1763), qui redistribuent des colonies et rétablissent le statu quo européen — la paix limitée d'une guerre limitée. Le congrès de Vienne (acte final du 9 juin 1815) referme vingt-trois ans de guerres révolutionnaires et impériales en réadmettant la France vaincue à la table, par Talleyrand, et en organisant un concert européen des grandes puissances chargé de veiller à l'équilibre — première ébauche d'une sécurité entretenue collectivement, sans institution permanente. Ces paix ne valent toutefois que ce que valent les rapports de force : Westphalie ne met pas fin à la guerre franco-espagnole, poursuivie jusqu'au traité des Pyrénées (7 novembre 1659).
C. Versailles, 1919 : la méthode inverse et ses effets. Le traité du 28 juin 1919 est négocié sans les vaincus, à l'opposé de 1648 ; son article 231 attribue à l'Allemagne et à ses alliés la responsabilité des dommages, et il est aussitôt dénoncé outre-Rhin comme un Diktat. La paix n'a pas tenu vingt ans. Il faut nuancer le « mythe westphalien » : le juriste Leo Gross fait en 1948 de 1648 l'acte de naissance de l'ordre international moderne ; Andreas Osiander (2001) objecte que les traités ne contiennent ni le mot ni le concept de souveraineté. Mais 1919 ouvre aussi un autre âge : le Pacte de la Société des Nations, inscrit dans le traité, crée pour la première fois un organe permanent chargé de la paix.
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