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Corrigé bac HGGSP 2025 Métropole jour 2 — Étude critique de documents : L'affirmation de la puissance chinoise dans les nouveaux espaces de conquête

Sujet officiel du baccalauréat, spécialité histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques, session 2025. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.

Sujet officiel (PDF)

Énoncé

Consigne officielle. Le candidat traitera l'étude critique de documents suivante.

Étude critique de documents — L'affirmation de la puissance chinoise

Consigne — En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, vous analyserez les moyens et les conséquences de l'affirmation de la puissance chinoise dans les nouveaux espaces de conquête.

Document 1. Entretien avec l'amiral Pierre Vandier, chef d'état-major de la Marine nationale, propos recueillis par Nathalie Guibert et Elise Vincent, Le Monde, 10 juin 2021 (texte, lignes numérotées de 5 en 5 dans le sujet).

La Marine française a effectué en 2021 des déploiements significatifs dans l'Indo-Pacifique, où s'observe une montée en puissance de la Chine. L'amiral Pierre Vandier, chef d'état-major de la Marine nationale, a répondu aux questions du journal Le Monde pour en dresser le bilan.

« L'armée chinoise a récemment multiplié les démonstrations militaires en Indo-Pacifique : elle a massé 200 bateaux devant l'îlot Whitsun revendiqué par les Philippines, cartographié les fonds de l'océan Indien avec des drones, envoyé vingt chasseurs J-20 dans la zone de défense aérienne de Taïwan… Comment analysez-vous ces comportements ?

Nous avons beaucoup d'éléments qui montrent un changement de posture. Nos bateaux sont systématiquement suivis, parfois contraints de manœuvrer face à des navires chinois pour éviter une collision, au mépris des règles de la liberté de navigation que nous défendons. Certaines de nos escales dans des pays de la région où nous avions des habitudes de passage sont annulées au dernier moment, sans explications claires.

Une pression « sanctuarisante » s'étend au-delà de la première chaîne d'îles en mer de Chine [la ligne dite des « neuf traits » considérée par la Chine comme sa frontière immédiate]. Cette chaîne a été poldérisée, des porte-avions fixes sanctuarisent l'espace, et viennent en quelque sorte fissurer la compréhension du droit international qui était partagée par tous. Au-delà, des logiques de contrainte s'exercent sur certains pays, ici pour ne pas forer, là pour ne pas accueillir de navires étrangers… Le développement militaire chinois répond évidemment à une volonté politique, et le livre blanc de la défense chinoise en a exposé les objectifs stratégiques. Le durcissement atteint une nouvelle phase, il était prédictible.

Vous voyez donc plus une logique de bastion que de perturbation des flux maritimes ?

L'approche est essentiellement territoriale au départ, et commerciale. Nous sommes face à une puissance qui a tourné le dos à la mer pendant cinq siècles mais qui, devenue une puissance commerciale mondiale, va devoir se « maritimiser ». Nous devons trouver les moyens de discuter avec une puissance qui occupe son espace et s'essaie au rapport de forces. Nous affrontons une logique d'étouffement. L'approche est multidomaines, elle utilise des leviers financiers, économiques, diplomatiques, militaires, et peut exercer sa pression par la guerre hybride, le cyber ou de nombreux autres moyens.

On vient d'apprendre que la marine chinoise va équiper son porte-avions d'un nouvel avion dédié, le FC-31. Est-ce le signe de cette maritimisation et une menace ?

Pour une marine de guerre, plusieurs étapes conduisent à la maîtrise d'un porte-avions : avoir un porte-hélicoptères, puis un navire allongé pour y placer un avion à décollage vertical, ensuite un pont permettant de propulser un avion terrestre « navalisé » à peu de frais. Enfin, pour avoir un véritable avion de combat, il faut une catapulte et un avion spécialisé, conçu pour le navire. Cette ambition avance sous nos yeux.

Un conflit peut-il survenir à Taïwan, comme le pensent certains analystes américains ?

Je resterais prudent. Mais l'accumulation des moyens militaires dans la région est telle que le Rubicon1 est de moins en moins difficile à franchir. Et chaque jour qui passera d'ici à 2030 rendra cela un peu plus vrai, avec plus de bateaux, plus de missiles… Le coût d'une réaction militaire à une action militaire chinoise à Taïwan augmentera avec le temps, et c'est probablement ce qui est recherché, dans un effort de dissuasion. »

Source : propos recueillis par Nathalie Guibert et Elise Vincent, « Amiral Pierre Vandier : En Indo-Pacifique, “nous affrontons une logique d'étouffement” », Le Monde, 10 juin 2021.

  1. Franchir le Rubicon : dépasser un interdit.

Document 2. Dessin de presse de Glenn Anthony T. Tolo paru dans le journal philippin Daily Tribune, 15 mars 2024 (document reproduit dans le sujet PDF). Dessin en noir et blanc, sans bulle ni légende à l'intérieur de l'image, sur un fond d'espace sombre piqueté d'étoiles. Au centre, un astronaute en scaphandre flotte en apesanteur, jambes fléchies ; la partie supérieure de son casque épouse la forme d'un large chapeau conique, le raccourci graphique qui le désigne comme chinois. D'une main il tient un pinceau, de l'autre un pot de peinture d'où coulent des gouttes. Avec le pinceau, il trace sur la Lune — grosse sphère criblée de cratères qui occupe l'angle supérieur droit — une ligne de tirets qui enserre déjà une large portion du disque lunaire, à la manière d'une frontière tracée en pointillé ; la pointe du pinceau touche la surface au bout du dernier tiret. Un long cordon ombilical le relie, en haut à gauche, à une navette spatiale dont le flanc porte le drapeau à cinq étoiles de la République populaire de Chine ; le même drapeau figure sur son sac dorsal. Dans l'angle inférieur gauche, une portion du globe terrestre montre, à gauche, les côtes du continent asiatique et, à droite, l'archipel des Philippines : entre les deux, dans la mer, court une ligne de tirets en forme de U, identique à celle que l'astronaute peint sur la Lune, et qui vient longer les côtes de l'archipel. La signature du dessinateur et la date « 16MAR24 » figurent au-dessus du globe.

Source : dessin de Glenn Anthony T. Tolo paru dans le journal philippin Daily Tribune, 15 mars 2024.

Les Philippines, localisées sur le globe terrestre à gauche du dessin, sont un archipel voisin de la Chine. Le personnage représenté est un astronaute chinois.

Corrigé

Introduction.

Le document 1 est un entretien accordé au quotidien Le Monde le 10 juin 2021 par l'amiral Pierre Vandier, alors chef d'état-major de la Marine nationale, c'est-à-dire le plus haut responsable militaire de la marine française ; il dresse le bilan des déploiements français de 2021 dans l'Indo-Pacifique, quelques mois après le rassemblement, en mars 2021, de plus de deux cents navires chinois autour du récif Whitsun, dans les Spratleys, revendiqué par les Philippines. Il s'adresse à l'opinion française et, à travers elle, aux décideurs : c'est la parole d'un acteur engagé, non celle d'un observateur neutre. Le document 2 est un dessin de presse de Glenn Anthony T. Tolo publié le 15 mars 2024 dans le Daily Tribune, quotidien philippin, au moment où se multiplient les incidents entre garde-côtes chinois et navires philippins en mer de Chine méridionale : un astronaute chinois, relié à une navette au drapeau chinois, peint sur la Lune une frontière en tirets, tandis que, sur la Terre, la mer qui borde les Philippines est déjà enserrée par le même trait. Les deux documents relèvent de l'objet de travail conclusif du thème 1, « La Chine : à la conquête de l'espace, des mers et des océans », et illustrent ses deux jalons : une volonté politique d'affirmation par les discours, les investissements et les appropriations ; des enjeux économiques et géopolitiques considérables pour la Chine et le reste du monde. La consigne demande d'analyser les moyens de cette affirmation — militaires, économiques, diplomatiques, symboliques — et ses conséquences — pour le droit international, pour les voisins, pour les grandes puissances et pour la Chine elle-même —, dans les nouveaux espaces de conquête que sont la mer et l'espace. On examinera d'abord les moyens que décrivent et dénoncent les deux documents, puis les conséquences de cette affirmation, avant d'interroger la portée et les limites de deux regards extérieurs et engagés.

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