Corrigé bac HGGSP 2026 Métropole jour 2 — Dissertation 1 : L'État, seul acteur de la protection de l'environnement ?
Sujet officiel du baccalauréat, spécialité histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques, session 2026. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.
Énoncé
Baccalauréat général, session 2026 — épreuve d'enseignement de spécialité, histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques. Mercredi 17 juin 2026. Durée de l'épreuve : 4 heures. L'usage de la calculatrice et du dictionnaire n'est pas autorisé. Le candidat traitera un sujet de dissertation, au choix parmi les sujets 1 et 2, et l'étude critique de documents. Répartition des points : dissertation, 10 points ; étude critique de documents, 10 points.
Le candidat traitera un sujet de dissertation, au choix parmi les sujets 1 et 2. Il précisera sur la copie le numéro du sujet choisi pour la dissertation.
Sujet de dissertation 1
L'État, seul acteur de la protection de l'environnement ?
Corrigé
Analyse du sujet
Le libellé est une question, et une question fermée en apparence : « seul acteur ? ». Répondre « oui » ou « non » en bloc serait passer à côté. Trois termes sont à définir. L'État, au singulier et avec une majuscule, désigne l'institution souveraine qui détient le monopole de la norme et de la contrainte sur un territoire : il légifère, administre, possède des terres, juge et négocie avec ses pairs. Le singulier invite à penser l'État en général, mais le programme fournit deux cas privilégiés, la France (la forêt depuis Colbert) et les États-Unis (objet de travail conclusif), et il impose de distinguer, dans un État fédéral, l'État fédéral et les États fédérés. Acteur est la notion centrale : un acteur est une personne, un groupe ou une institution qui agit sur un territoire et pèse sur une décision. Le mot « seul » demande donc d'inventorier les autres acteurs possibles : savants, associations et ONG, entreprises, communautés d'usagers, collectivités, juges, organisations internationales. La protection de l'environnement suppose enfin de distinguer trois verbes que le cours sépare avec soin : exploiter (prélever une ressource), préserver (soustraire un espace à tout usage, logique du parc national) et protéger (encadrer l'exploitation par des règles pour qu'elle dure, logique du code forestier ou de la norme d'émission). La notion même d'« environnement » est récente : elle s'impose dans les années 1960-1970, alors que les pratiques de ménagement des ressources sont bien antérieures.
Le sujet ne donne pas de bornes. Il faut les fixer et les justifier. Le cadrage temporel court du XVIIe siècle, moment où l'État moderne se saisit d'une ressource par l'ordonnance de Colbert (1669), jusqu'à nos jours, où la question climatique se négocie entre cent quatre-vingt-quinze États : c'est l'échelle du thème 5 du programme, « L'environnement, entre exploitation et protection : un enjeu planétaire », dont on mobilise l'axe 1 (« Exploiter, préserver et protéger »), l'axe 2 (« Le changement climatique : approches historique et géopolitique », jalon « Le climat, enjeu des relations internationales ») et l'objet de travail conclusif sur les États-Unis, qui pose explicitement « les rôles respectifs de l'État fédéral et des États fédérés » et le jeu des « firmes transnationales » et des « ONG ». Le cadrage spatial suit le changement d'échelle qui structure le thème : le massif forestier, le territoire national, la planète.
Ce que le libellé demande, c'est une pesée. L'État a-t-il été, est-il encore l'acteur central de la protection ? Par qui est-il précédé, contesté, relayé, dépassé ? Et que devient son rôle lorsque l'enjeu — l'atmosphère, le climat — excède par nature tout territoire national ?
Problématique
Dans quelle mesure l'État, acteur historique et longtemps dominant de la protection de l'environnement, a-t-il vu ce rôle partagé, disputé puis redéfini par d'autres acteurs, du savant à l'ONG, de la communauté d'usagers à la firme, et par le changement d'échelle qui, depuis 1972, fait de l'environnement un bien commun qu'aucun État ne peut protéger seul ?
Plan détaillé
I. L'État, inventeur et acteur central de la protection (XVIIe-XXe siècle).
A. Protéger une ressource pour l'exploiter : la forêt française depuis Colbert. L'ordonnance de Brunoy (1346) prescrit déjà que les forêts royales soient exploitées de manière à pouvoir se maintenir perpétuellement en bon état — l'idée du rendement soutenu. L'ordonnance de Colbert sur le fait des Eaux et Forêts (août 1669) impose l'aménagement en coupes réglées, la réserve de baliveaux, crée une administration spécialisée dotée de pouvoirs de police, et s'appuie sur la « réformation », vaste recensement contradictoire des droits d'usage mené depuis 1661 : son but n'est pas écologique mais militaire et fiscal, garantir à la marine les bois de haute futaie. L'État forestier se dote ensuite d'une science (École forestière de Nancy, 1824) et d'un code (Code forestier de 1827), puis reboise : loi du 19 juin 1857 sur les Landes de Gascogne, lois de restauration des terrains en montagne (1860, 1864, 1882), Fonds forestier national (1946), Office national des forêts (1964-1966). Résultat mesurable : environ 9 millions d'hectares vers 1830, minimum historique, contre environ 17 millions aujourd'hui.
B. Préserver un sanctuaire : l'État américain invente le parc national. Le 1er mars 1872, Ulysses S. Grant signe la loi créant Yellowstone, premier parc national du monde, modèle exporté sur tous les continents. Theodore Roosevelt (1901-1909) étend massivement les forêts nationales et fait voter l'Antiquities Act (1906), qui permet au président de créer des national monuments par simple proclamation ; le National Park Service naît le 25 août 1916, le Wilderness Act en 1964. Face au Dust Bowl des années 1930, le New Deal fait de l'État fédéral un gestionnaire des milieux : Tennessee Valley Authority (1933), Soil Conservation Service (1935).
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