Corrigé bac HGGSP 2026 Métropole jour 2 — Dissertation 2 : Les acteurs et les modes de résolution des conflits depuis 1648
Sujet officiel du baccalauréat, spécialité histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques, session 2026. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.
Énoncé
Baccalauréat général, session 2026 — épreuve d'enseignement de spécialité, histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques. Mercredi 17 juin 2026. Durée de l'épreuve : 4 heures. L'usage de la calculatrice et du dictionnaire n'est pas autorisé. Le candidat traitera un sujet de dissertation, au choix parmi les sujets 1 et 2, et l'étude critique de documents. Répartition des points : dissertation, 10 points ; étude critique de documents, 10 points.
Le candidat traitera un sujet de dissertation, au choix parmi les sujets 1 et 2. Il précisera sur la copie le numéro du sujet choisi pour la dissertation.
Sujet de dissertation 2
Les acteurs et les modes de résolution des conflits depuis 1648.
Corrigé
Analyse du sujet
Le libellé n'est pas une question mais un sujet-tableau : c'est au candidat de construire le problème. Il articule deux objets. Les acteurs, d'abord, au pluriel : le mot désigne aussi bien ceux qui font la guerre — États souverains, princes, nations en armes, puis groupes armés non étatiques — que ceux qui font la paix — plénipotentiaires, médiateurs, organisations internationales, organisations régionales, ONG, juges. Le sujet invite précisément à observer que ces deux listes ne coïncident plus. Les modes de résolution, ensuite, également au pluriel : le cours en distingue plusieurs, qui ne sont pas interchangeables — le traité de paix négocié entre belligérants, la médiation par un tiers, l'arbitrage, la sécurité collective garantie par une communauté d'États, l'opération de paix, la justice pénale internationale, enfin le répertoire des sorties de guerre civile (désarmement, démobilisation et réinsertion, partage du pouvoir, justice transitionnelle). Conflits, enfin, est plus large que « guerres » : il englobe les conflits interétatiques, les guerres civiles internationalisées, les conflits asymétriques et la violence armée transnationale.
Le cadrage temporel est donné et il est signifiant : 1648 est l'année des traités de Westphalie, négociés à Münster et à Osnabrück et signés le 24 octobre, qui mettent fin à la guerre de Trente Ans et inventent une procédure de paix, le congrès multilatéral, la médiation et la garantie par des tiers. « Depuis » impose de couvrir près de quatre siècles, donc de périodiser sans se perdre : on ne peut tout traiter, il faut choisir des jalons. Le cadrage spatial suit celui du programme : l'Europe des souverains, puis le monde de la Charte des Nations unies, avec le Moyen-Orient comme espace où tous les types de conflits et tous les modes de résolution se sont superposés. Le sujet relève du thème 2, « Faire la guerre, faire la paix : formes de conflits et modes de résolution », et principalement de son axe 2, « Le défi de la construction de la paix », dont les deux jalons sont les traités de Westphalie (1648) et les actions de l'ONU sous les mandats de Kofi Annan (1997-2006) ; il mobilise aussi l'introduction du thème (typologie des conflits et des modes de résolution), l'axe 1 (des guerres interétatiques aux « guerres irrégulières », d'Al Qaïda à Daech) et l'objet de travail conclusif sur le Moyen-Orient.
Ce que le libellé demande, c'est une histoire raisonnée : comment les acteurs et les modes se sont diversifiés, et si cette diversification a rendu la paix plus facile. Le piège est le catalogue de traités et de résolutions : chaque exemple doit servir un argument sur l'adéquation entre un mode de résolution et un type d'acteur.
Problématique
Comment les acteurs et les modes de résolution des conflits se sont-ils multipliés depuis 1648, du traité négocié entre souverains à la sécurité collective puis à une paix construite par des acteurs de plus en plus nombreux — et cette diversification a-t-elle rendu la paix plus accessible, alors que les conflits eux-mêmes échappent de plus en plus aux États ?
Plan détaillé
I. Des souverains qui font la paix entre eux : le traité et le congrès (1648-1914).
A. Westphalie, 1648 : la paix devient une procédure. Après quatre ans de négociation (1644-1648) menées simultanément à Münster, avec la France et les catholiques, et à Osnabrück, avec la Suède et les protestants, près de deux cents délégations signent le 24 octobre 1648 deux traités qui closent trente ans de guerre. Deux médiateurs circulent entre les villes : le nonce Fabio Chigi et le Vénitien Alvise Contarini. Les traités règlent la question religieuse (paix d'Augsbourg confirmée et étendue aux calvinistes, année normative 1624), réorganisent l'Empire (jus territoriale des États d'Empire), redistribuent des territoires (Trois-Évêchés et droits en Alsace pour la France, Poméranie occidentale pour la Suède), et surtout instituent une amnistie générale et une garantie française et suédoise. Acteurs : les princes, leurs plénipotentiaires, des médiateurs neutres. Mode : le congrès multilatéral et le traité, modèle d'Utrecht (1713), de Vienne (1815) et de Paris (1919).
B. Le modèle fonctionne pour des guerres limitées entre États. La guerre de Sept Ans (1756-1763), mondiale par son extension mais limitée par ses buts, s'achève par le traité de Paris du 10 février 1763 et celui d'Hubertsbourg du 15 février 1763, qui rétablissent l'équilibre : la France cède le Canada, la Silésie reste prussienne. Même la guerre illimitée de la nation en armes (levée en masse du 23 août 1793, conscription du 5 septembre 1798) se conclut par un congrès : l'acte final de Vienne du 9 juin 1815, que la France vaincue, représentée par Talleyrand, est admise à négocier.
C. Les limites du traité entre souverains. Westphalie ne clôt pas la guerre franco-espagnole, qui dure jusqu'au traité des Pyrénées (7 novembre 1659) ; elle ne crée aucune institution permanente ; un traité ne vaut que ce que valent les rapports de force. Le contre-modèle est Versailles (28 juin 1919), négocié sans les vaincus, dont l'article 231 attribue la responsabilité à l'Allemagne, aussitôt dénoncé comme un Diktat. Le « système westphalien » lui-même est une construction rétrospective (Leo Gross, 1948) contestée par Andreas Osiander (2001) : les traités ne contiennent ni le mot ni le concept de souveraineté.
Transition. La guerre totale du XXe siècle rend insuffisante une paix signée entre souverains : il faut un acteur au-dessus d'eux.
II. Un acteur nouveau au-dessus des États : l'institutionnalisation de la paix par la sécurité collective (1919-1991).
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