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Corrigé bac HGGSP 2026 Métropole jour 2 — Étude critique de documents : Espace et océans, outils de la puissance des États

Sujet officiel du baccalauréat, spécialité histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques, session 2026. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.

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Énoncé

Le candidat traitera l'étude critique de documents suivante :

Étude critique de documents — Espace et océans, outils de la puissance des États

Consigne — En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, vous montrerez que l'espace et les océans sont des outils de la puissance des États.

Document 1. « Une » du magazine états-unien Time publiée le 6 décembre 1968 (document reproduit dans le sujet PDF). Illustration en couleurs reproduite en noir et blanc. Sur un fond sombre figurant l'espace, une Lune énorme, criblée de cratères, occupe le quart supérieur droit de la couverture et passe derrière les lettres M et E du titre TIME, imprimé en capitales en haut de page. Deux personnages en scaphandre et casque, dessinés comme des sprinteurs en pleine foulée, bras tendus et jambes lancées, bondissent dans le vide en direction de la Lune. Celui du premier plan, le plus grand, porte sur le haut du bras droit un écusson rayé, le drapeau américain ; celui du second plan, légèrement en retrait et plus petit, porte une étoile sur le haut de la poitrine. En bas de l'image, en capitales blanches et grasses, le titre : « RACE FOR THE MOON » (« La course à la Lune »). Une signature d'artiste, verticale et illisible, figure en bas à droite.

Note : le personnage au premier plan porte sur le haut du bras droit le drapeau américain, celui au second plan porte une étoile rouge.

Source : « Une » du magazine états-unien Time publiée le 6 décembre 1968.

Document 2.

« Protéger les Français, c'est ce que vous avez chaque seconde à l'esprit, peu importe la mer, peu importe le rivage. Et c'est votre première mission. Tout au long de votre périple, vous honorerez nos engagements de longue date au service de la paix, en apportant un soutien précieux aux déploiements navals et aériens dans chaque région traversée. Au Levant d'abord, car durant un mois entier, vous intégrerez la coalition internationale contre Daech. En rejoignant vos frères d'armes de Chammal<sup>1</sup>, vous serez de véritables piliers de notre lutte contre le terrorisme et poursuivrez activement le combat contre Daech, qui ne se terminera pas avec la chute de son dernier réduit, d'ici quelques jours. Et pour cela, vous avez toute la confiance des Français ; ils vous regardent, et ils sont fiers, comme je suis fière aujourd'hui, au moment même où vous prenez le large, de vous voir équipés, au service de la France.

Vous traverserez ensuite le canal de Suez pour poursuivre votre route dans le Golfe, puis naviguerez dans l'océan Indien jusqu'à Singapour. Là, il s'agira principalement d'anticipation et de connaissance de l'environnement, de zones que nous avons érigées au rang de priorités lors de la revue stratégique. Ne jamais se laisser surprendre, mieux appréhender les menaces et, lorsque c'est nécessaire, être paré au combat, c'est précisément ce que doit permettre le déploiement du groupe aéronaval. Votre connaissance de l'environnement stratégique est fondamentale pour assurer durablement la protection des Français.

La protection des Français, mais aussi celle des Européens. Car le groupe aéronaval, c'est le fruit de moyens collectifs, intégrant nos alliés européens et américains. Et voici votre deuxième mission : coopérer. […]

C'est enfin un message de coopération internationale, puisque nous pourrons compter sur nos alliés américains et australiens, dont les moyens seront directement intégrés au GAN<sup>2</sup>. Internationale également, car en prenant le large, c'est la France que vous ferez rayonner. C'est votre troisième mission. »

Notes :

  1. Chammal : opération en Irak et Syrie contre Daech
  1. GAN : groupe aéronaval

Source : déclaration de Florence Parly, ministre des Armées, à Toulon le 5 mars 2019 à l'occasion du départ du groupe aéronaval du porte-avion Charles de Gaulle.

Corrigé

Introduction

Les deux documents relèvent du thème 1 du programme, « De nouveaux espaces de conquête », et de son axe 1, « Conquêtes, affirmations de puissance et rivalités », dont les deux jalons sont la course à l'espace depuis les années 1950 et l'affirmation de la puissance « à partir des mers et des océans », par la dissuasion nucléaire et les forces de projection maritimes. Le document 1 est la couverture du magazine américain Time, hebdomadaire d'information à très large diffusion, datée du 6 décembre 1968. C'est une illustration, non une photographie : une représentation dramatisée, destinée au grand public américain, de la « course à la Lune » entre les États-Unis et l'URSS. Son contexte est précis : la Une paraît quinze jours avant le lancement d'Apollo 8 (21 décembre 1968), première mission habitée à s'être placée en orbite autour de la Lune, au moment où Washington redoute que l'URSS, dont les vaisseaux automatiques Zond 5 et Zond 6 ont contourné la Lune en septembre et en novembre 1968 avant de revenir sur Terre, ne l'y devance. Sept ans après l'engagement pris par Kennedy devant le Congrès (25 mai 1961) d'envoyer un homme sur la Lune « avant la fin de la décennie », la course entre dans sa dernière ligne droite. Le document 2 est un extrait d'une déclaration officielle de Florence Parly, ministre des Armées, prononcée à Toulon le 5 mars 2019 devant les équipages du groupe aéronaval (GAN) formé autour du porte-avions Charles de Gaulle, au moment de son appareillage pour un déploiement de plusieurs mois vers la Méditerranée orientale, le golfe Persique et l'océan Indien. Le navire sort alors d'une longue période de rénovation, d'où la mention des équipements neufs. Le discours s'adresse aux marins, mais, prononcé publiquement par un membre du gouvernement, il vise aussi l'opinion française et les partenaires étrangers. Un demi-siècle sépare les deux documents ; l'un traite de l'espace et d'une superpuissance, l'autre de la mer et d'une puissance moyenne ; l'un est une image de presse, l'autre une parole d'État. La consigne demande de montrer, en les confrontant, que l'espace et les océans sont des outils de la puissance des États : non des territoires que l'on possède, mais des moyens par lesquels un État démontre, exerce et partage sa puissance. On montrera que ces deux espaces sont d'abord des scènes où la puissance se démontre, ensuite des milieux militarisés où elle s'exerce, enfin des lieux où elle se hiérarchise et s'allie — avant de discuter ce que ces deux documents, l'un et l'autre engagés, ne disent pas.

Des espaces où la puissance se démontre : prestige et rayonnement

La couverture de Time ne représente ni une fusée ni une base : elle représente une course, deux athlètes en scaphandre lancés vers une ligne d'arrivée qui est la Lune. Le titre, « RACE FOR THE MOON », impose la métaphore sportive, et l'illustration la traduit dans les corps : foulée de sprinter, bras tendus, l'Américain au premier plan, dont le casque devance celui du Soviétique reconnaissable à son étoile. La Lune elle-même, surdimensionnée, s'étend jusque derrière les lettres du titre du magazine : elle est l'objet de tous les regards. Cette image dit exactement ce que le cours établit : la course à la Lune est une compétition de prestige à finalité politique. Après le choc de Spoutnik (4 octobre 1957) et du vol de Gagarine (12 avril 1961), Kennedy fixe l'objectif lunaire le 25 mai 1961 et le justifie à Rice University le 12 septembre 1962 ; le programme Apollo mobilise jusqu'à quelque 400 000 personnes et le budget de la NASA atteint près de 4,4 % du budget fédéral en 1966. On ne tire rien d'immédiat de la Lune : ce que l'on conquiert d'abord, ce sont les opinions publiques, celle des Américains, celle des alliés et celle des non-alignés, à qui l'exploit doit prouver la supériorité d'un système. Le document 2 relève de la même logique, à une autre échelle : la ministre assigne au groupe aéronaval une « troisième mission », faire « rayonner » la France, et insiste sur la fierté des Français qui « regardent » leurs marins « équipés ». Le porte-avions est ici un instrument de représentation autant que de combat : le Charles de Gaulle, admis au service actif en 2001, est le seul porte-avions à propulsion nucléaire au monde hors des États-Unis, et son déploiement jusqu'à Singapour est une démonstration de capacité adressée aux partenaires de l'océan Indien et de l'Asie. Dans les deux cas, l'espace et la mer sont des scènes : la puissance y est d'abord une image que l'on donne de soi.

Des espaces militarisés : protéger, projeter, contrôler

Mais la scène repose sur des armes. Le document 2 le dit sans détour : la « première mission » est de « protéger les Français », et le déploiement doit permettre d'« être paré au combat ». Le groupe aéronaval est l'outil de la projection : une base aérienne mobile et souveraine, qui n'a besoin d'aucune autorisation de survol ni d'aucune base terrestre, accompagnée de frégates et d'un sous-marin d'attaque. La ministre en décrit l'emploi concret. « Au Levant d'abord », le GAN rejoint « durant un mois entier » la coalition internationale contre Daech, à laquelle la France participe par l'opération Chammal depuis le 19 septembre 2014 ; « la chute de son dernier réduit, d'ici quelques jours » désigne la poche de Baghouz, tombée en mars 2019 — mais la ministre prévient que le combat « ne se terminera pas » avec elle, car un réseau clandestin survit à la perte de son territoire. Puis vient l'itinéraire : « le canal de Suez », « le Golfe », « l'océan Indien jusqu'à Singapour ». Cette route enfile les points de passage obligés du commerce mondial — Suez, Bab el-Mandeb, Ormuz par où transite de l'ordre du cinquième du pétrole consommé dans le monde, Malacca par où passe environ le tiers du commerce maritime — et les points d'appui de la France, à Djibouti et à Abou Dhabi (base ouverte en 2009). La « connaissance de l'environnement », l'« anticipation », « ne jamais se laisser surprendre » : c'est le vocabulaire de la surveillance des « zones que nous avons érigées au rang de priorités lors de la revue stratégique », c'est-à-dire de la Revue stratégique de défense et de sécurité nationale d'octobre 2017, où le golfe Persique, l'océan Indien et l'Asie figurent parmi les zones d'intérêt prioritaires de la France — ce que l'on nommera bientôt l'« Indo-Pacifique » —, sans que la ministre nomme la Chine, dont l'affirmation maritime est pourtant l'arrière-plan évident. Le document 1 renvoie à la même origine militaire, mais en la masquant : la course à l'espace est un sous-produit de la course aux armements. La fusée R-7 qui place Spoutnik en orbite est un missile intercontinental ; les astronautes sont, pour la plupart, des pilotes militaires ; dès 1960, les satellites américains Corona photographient le territoire soviétique. Les deux coureurs de Time sont donc aussi, en creux, deux arsenaux. Près de deux ans avant la Une, le traité de l'espace (27 janvier 1967) a interdit la mise en orbite d'armes de destruction massive et toute appropriation nationale des corps célestes : la Lune ne sera pas un territoire, et c'est pourquoi la course est une course de prestige. Sur mer, en revanche, l'outil militaire suprême n'apparaît pas dans le discours : la dissuasion nucléaire, portée par les sous-marins lanceurs d'engins de la Force océanique stratégique (permanence à la mer depuis 1972, quatre sous-marins de type Le Triomphant armés du missile M51), est la fonction la plus stratégique de la marine française, et son silence est celui du secret.

Des espaces où la puissance se hiérarchise et s'allie

Confrontés, les deux documents mesurent une transformation. En 1968, la course ne compte que deux coureurs : l'illustration ne laisse place à personne d'autre, et cette bipolarité n'est pas une simplification graphique mais la réalité d'un monde où seules deux superpuissances accèdent à l'orbite. L'espace y est un duel. En 2019, la ministre parle une autre langue : celle de la coalition. La « deuxième mission » du GAN est de « coopérer » ; le groupe est « le fruit de moyens collectifs, intégrant nos alliés européens et américains », et des « moyens » américains et australiens sont « directement intégrés » à la formation. Ce langage dit la place de la France : une puissance moyenne qui ne possède qu'un seul porte-avions — quand les États-Unis en alignent onze, tous à propulsion nucléaire — et qui multiplie sa puissance par l'alliance. Il dit aussi la hiérarchie : la coopération avec les États-Unis et l'Australie annonce l'intérêt français pour l'Indo-Pacifique, où Washington réunit ses partenaires face à la Chine — et l'on sait que, deux ans plus tard, le pacte AUKUS du 15 septembre 2021 écartera la France de cette architecture en rompant le contrat de sous-marins conclu avec Canberra en 2016 : l'alliance qui multiplie la puissance peut aussi la révoquer. Entre les deux documents, la liste des acteurs s'est allongée. Dans l'espace, la Chine envoie Yang Liwei en orbite le 15 octobre 2003 et assemble sa station Tiangong en 2021-2022 ; l'Inde pose Chandrayaan-3 près du pôle sud lunaire le 23 août 2023 ; SpaceX opère un vol habité privé le 30 mai 2020. Sur mer, la Chine met en service le Liaoning (2012) et le Shandong (2019), lance le Fujian (2022) et ouvre à Djibouti, le 1<sup>er</sup> août 2017, sa première base militaire à l'étranger, à côté des bases française et américaine. Les États réagissent en traitant désormais les deux espaces ensemble : l'année même du discours de Toulon, la France présente une stratégie spatiale de défense (25 juillet 2019) et crée un commandement de l'espace, tandis que les États-Unis instituent la Space Force (20 décembre 2019). La puissance ne s'exerce dans ces milieux ni par la souveraineté ni par l'occupation, mais par la capacité d'accès, de présence et de coalition.

Critique des documents

Les deux documents sont des sources engagées, et c'est ce qui fait leur intérêt. La Une de Time est une représentation produite par un magazine américain pour un public américain : elle place son champion au premier plan et en tête, elle transforme en compétition sportive, loyale et lisible, un effort industriel et militaire colossal, et elle ne dit rien ni de l'origine balistique des lanceurs ni du traité de 1967. Elle est aussi datée à la quinzaine près : en décembre 1968, l'inquiétude américaine est réelle, mais l'histoire montrera que le lanceur lourd soviétique N1 échouera à quatre reprises et que l'URSS abandonnera la course pour se réorienter vers les stations orbitales — la Une fige un moment d'incertitude que le succès d'Apollo 11 (20-21 juillet

  1. dissipera. Le discours de Florence Parly est une parole officielle de communication : il célèbre (« fière », « confiance des Français »), il ordonne les missions en trois points mémorisables, et il tait ce qu'un discours d'appareillage ne dit jamais — le coût du déploiement, l'indisponibilité du navire pendant sa rénovation de 2017-2018, la dépendance à l'égard d'alliés que l'on remercie, l'adversaire chinois que l'on ne nomme pas, la dissuasion dont on ne parle pas. La coupure signalée par les crochets retire une partie du propos. Enfin, la confrontation elle-même a ses limites : un dessin de 1968 et un discours de 2019, l'espace et la mer, une superpuissance et une puissance moyenne ne se comparent qu'à condition de tenir compte de ces écarts. Ils n'en révèlent pas moins une même grammaire de la puissance — se montrer, s'armer, s'allier — que le cours permet de reconnaître.
Conclusion

La couverture de Time et le discours de Toulon établissent, chacun à sa manière, que l'espace et les océans sont des outils de la puissance des États. Outils de démonstration d'abord : la Lune de 1968 est une ligne d'arrivée dont le franchissement vaut argument politique, et le porte-avions de 2019 doit faire « rayonner » la France sur les mers qu'il traverse. Outils militaires ensuite : derrière les coureurs, des missiles et des satellites de reconnaissance ; derrière le groupe aéronaval, la projection de force contre Daech et la surveillance des détroits. Outils de hiérarchie et d'alliance enfin : le duel bipolaire de 1968 a fait place à un monde où une puissance moyenne n'exerce sa puissance qu'en coalition, et où de nouveaux acteurs — la Chine, l'Inde, des entreprises privées — s'invitent dans les deux milieux. Ni l'espace ni la haute mer ne s'approprient : on y démontre une capacité. Reste que cette capacité se dégrade avec ses milieux — orbites encombrées de débris, ressources marines surexploitées — et que le droit tente d'y répondre, du traité de 1967 à l'accord BBNJ adopté le 19 juin 2023 : la puissance de demain, dans ces espaces, pourrait être celle de qui écrit la règle.

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