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Corrigé bac HLP 2025 Métropole jour 2 — Deuxième partie : Peut-on conserver son humanité dans des circonstances qui risquent de nous en dépouiller ?

Sujet officiel du baccalauréat, spécialité humanités, littérature et philosophie, session 2025. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.

Sujet officiel (PDF)

Énoncé

Humanités, littérature et philosophie — session 2025, Métropole, mercredi 18 juin 2025. Durée de l'épreuve : 4 heures. L'usage de la calculatrice et du dictionnaire n'est pas autorisé. Chacune des parties est traitée sur des copies séparées. Première partie : 10 points ; deuxième partie : 10 points.

Le texte du sujet est le poème de Wislawa Szymborska « Je ne sais quelles gens » (Vue avec grain de sable, 1996, traduit du polonais par Piotr Kaminski), transcrit dans la première partie. Il commence par : « Je ne sais quelles gens fuyant je ne sais quelles autres. » et s'achève par : « S'il a encore le choix, / il voudra bien, peut-être, ne pas être leur ennemi, / et leur laisser une je ne sais quelle vie. »

Deuxième partie : essai philosophique (10 points).
Peut-on conserver son humanité dans des circonstances qui risquent de nous en dépouiller ?

Corrigé

Introduction

Le mot de l'intitulé vient du poème : ce que Szymborska nomme « je ne sais quel dépouillement », c'est le geste par lequel on arrache un quignon de pain à un fuyard. Dépouiller, c'est ôter à quelqu'un ce qu'il a — ses biens, ses vêtements, ses droits. Le sujet applique le mot à ce qu'il est : son humanité. Le présupposé est donc que notre humanité serait un bien possédé, dont des circonstances pourraient nous priver du dehors.

Encore faut-il distinguer deux sens du mot. L'humanité est d'abord une appartenance : le fait d'être de l'espèce humaine, un fait qu'aucune volonté ne révoque. Elle est ensuite un exercice : une manière de se conduire en homme — la pitié, la parole tenue, le refus de la cruauté, la reconnaissance d'autrui comme semblable. « Conserver » suppose une possession et un effort ; « des circonstances » désigne ce qui n'est pas nous et qui nous fait, la faim, la terreur, l'exil. La question suppose ainsi que notre humanité dépende en partie de ce que nous ne maîtrisons pas.

La réponse spontanée est courageuse : oui, il reste toujours une liberté intérieure, et les grands récits célèbrent ceux qui n'ont pas cédé. Mais c'est une réponse de spectateur : elle juge du dehors ceux qui n'ont pas tenu, et elle suppose la vertu indépendante du froid et de la faim, ce que les témoignages démentent. D'où le problème. Si l'humanité est un fait d'espèce, aucune circonstance ne peut nous en dépouiller et la question n'a pas d'objet ; si elle est une qualité, elle est destructible, et la conserver ne dépend plus de nous. Comment penser une humanité à la fois menacée et inaliénable ? Nous verrons que les circonstances extrêmes détruisent réellement l'exercice de l'humanité, qu'elles ne peuvent pourtant pas nous dépouiller de l'appartenance, et que ce qui se conserve ne se conserve jamais seul.

I. Oui : la force fait des hommes des choses

La question n'est pas rhétorique, et il faut commencer par mesurer ce qu'elle a de sérieux. Simone Weil, dans L'Iliade ou le poème de la force (1940-1941), énonce une définition qui commande toute la réflexion du siècle : « La force, c'est ce qui fait de quiconque lui est soumis une chose. » Ce qu'elle analyse n'est pas la méchanceté des hommes, mais un rapport : la force a une logique propre, qui emporte aussi celui qui l'exerce, et le vainqueur qui se croit sans limites devient à son tour l'objet du mécanisme qu'il conduit. Déplacement décisif : il n'y a pas de bons et de méchants, il y a des situations qui rendent l'inhumanité probable — l'impunité, l'anonymat, la disqualification préalable des victimes, la routine administrative.

Le poème du sujet en donne l'image la plus forte. Ces fuyards ne demandent ni la victoire, ni la justice, ni le retour : il leur faudrait « un peu d'invisibilité, / de grisaillerie caillou, / ou, mieux encore, d'absence ». Le vœu de la victime est un vœu de chosification. La force est allée si loin que la chose est devenue un idéal, et ce sont les hommes eux-mêmes qui demandent à être pierre.

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