Corrigé bac philosophie 2025 Métropole — Dissertation 2 : La vérité est-elle toujours convaincante ?
Sujet officiel du baccalauréat, épreuve de philosophie, session 2025. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.
Énoncé
Baccalauréat général — session 2025 — Philosophie — lundi 16 juin 2025. Durée de l'épreuve : 4 heures. Coefficient : 8. L'usage de la calculatrice et du dictionnaire n'est pas autorisé. Dès que ce sujet vous est remis, assurez-vous qu'il est complet. Ce sujet comporte 2 pages numérotées de 1/2 à 2/2.
Le candidat traitera, au choix, l'un des trois sujets suivants
Sujet 2. La vérité est-elle toujours convaincante ?
Corrigé
Analyse du sujet
Le sujet met en jeu deux notions du programme, la vérité (avec la raison, qui en est la faculté) et le langage (car convaincre est un acte de parole), et il engage la science comme la vie politique, lieux où une vérité doit se faire reconnaître. La vérité n'est pas une propriété des choses mais du jugement : une pierre n'est ni vraie ni fausse, mais l'énoncé « cette pierre est un diamant » peut l'être ; est vraie la proposition qui s'accorde avec ce qui est. Il faut aussitôt la distinguer de la certitude : la vérité est une qualité objective du jugement, la certitude un état subjectif, la conviction d'être dans le vrai — et l'on peut être parfaitement certain d'une chose fausse. Or « convaincant » se dit précisément de ce qui produit cet état : est convaincant ce qui emporte l'assentiment. Encore faut-il distinguer convaincre et persuader : convaincre, c'est obtenir l'adhésion par des raisons que l'autre peut examiner et reprendre à son compte ; persuader, c'est l'obtenir par tous les moyens — l'autorité, l'émotion, la séduction du discours — sans se soucier de ce qui la fonde. Reste le mot décisif du sujet, « toujours » : en toute circonstance, pour tout esprit, sans exception.
Le sujet présuppose que la vérité posséderait une force propre, une sorte d'efficacité qui la ferait reconnaître d'elle-même ; c'est le vieil espoir résumé par le proverbe selon lequel la vérité finit toujours par triompher. Il présuppose aussi que nous savons reconnaître le vrai lorsqu'il se présente. La réponse spontanée est affirmative : une démonstration ne laisse pas le choix, et refuser une conclusion correctement déduite, c'est se contredire soi-même. Mais l'expérience dément ce bel ordre : les vérités les mieux établies ont mis des siècles à être reçues, tandis que des discours faux emportent des assemblées entières. La tension est donc la suivante : si le propre du vrai est de contraindre l'esprit, pourquoi tant de vérités demeurent-elles sans crédit ? Et si le vrai n'a par lui-même aucune force, qu'est-ce qui le distingue encore du faux dans l'ordre des discours ? La question n'est pas de savoir si la vérité peut convaincre, mais si elle convainc infailliblement, par sa seule vertu de vérité.
Problématique
La vérité emporte-t-elle par elle-même l'assentiment de tout esprit, comme il semble qu'une démonstration l'exige ? Mais si tant de vérités restent longtemps sans crédit et si tant d'erreurs convainquent, faut-il conclure que le vrai n'a aucune force propre et que l'art de convaincre ne doit rien à la vérité ? À quelles conditions, dès lors, une vérité devient-elle convaincante — et que perdrions-nous si elle l'était toujours ?
Introduction
Il arrive qu'une démonstration achevée, publiée, contrôlée, ne convainque personne ; il arrive aussi qu'un discours entièrement faux emporte une assemblée. Ce double constat surprend, car nous attendons de la vérité qu'elle ait pour elle une force que l'erreur n'aurait pas. La vérité est-elle toujours convaincante ? Par vérité, il faut entendre non une qualité des choses mais du jugement : est vraie la proposition qui s'accorde avec ce qui est, et la vérité ainsi définie se distingue de la certitude, qui n'est que l'état subjectif de celui qui croit fermement, et qui peut se tromper. Est convaincant, ensuite, ce qui emporte l'assentiment ; mais convaincre, qui s'adresse à la raison par des preuves, n'est pas persuader, qui vise l'adhésion par tous les moyens, y compris les passions. « Toujours », enfin, radicalise la question : il ne s'agit pas de savoir si le vrai peut convaincre, mais s'il le fait sans exception. La réponse spontanée est affirmative, car une démonstration paraît contraindre quiconque la suit. Pourtant l'histoire des sciences est faite de vérités rejetées, et la vie publique, de mensonges applaudis. Faut-il alors dire que la vérité est par nature convaincante, ou reconnaître que la force de convaincre appartient au discours et non à la chose dite ? Nous montrerons d'abord que le propre du vrai semble être de contraindre l'assentiment de tout esprit rationnel ; nous verrons ensuite que la vérité rencontre en fait des résistances qui la rendent souvent moins convaincante que l'erreur ; nous établirons enfin que la vérité n'est pas convaincante par elle-même mais le devient par le travail qui l'établit et l'expose, et qu'il est heureux qu'elle ne le soit pas toujours.
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