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Corrigé bac physique-chimie 2026 Amérique du Nord jour 2 — Exercice 1 : Effusivité et transferts thermiques (carrelage/parquet)

Sujet officiel du baccalauréat, spécialité physique-chimie, session 2026. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.

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Énoncé

Alors que les températures des deux sols sont identiques, on ressent que l'un des deux est plus froid que l'autre ! Cette sensation est liée à l'effusivité des matériaux.

Selon Jean-Claude Krapez, ingénieur de recherche, auteur d'une thèse sur le sujet :

« L'effusivité d'un matériau caractérise la vitesse avec laquelle il peut échanger de l'énergie thermique avec son environnement. Lorsque son effusivité thermique est forte, un matériau absorbe rapidement de l'énergie thermique sans se réchauffer notablement en surface (cas de la pierre, de l'acier, du carrelage), et inversement lorsque son effusivité thermique est faible le matériau se réchauffe très rapidement sur la surface de contact avec une source chaude. Ce qui signifie que ce genre de matériaux n'absorbe pas beaucoup d'énergie thermique et que cette dernière reste en surface, comme c'est le cas pour le bois ».

La température de contact qui sera ressentie par le pied se détermine en utilisant l'effusivité des matériaux en contact.

Pour reproduire cette expérience au laboratoire afin de bien comprendre ce phénomène, on utilise un morceau de carrelage, un morceau de bois de parquet et une poche en silicone. La poche en silicone permet ainsi de simuler un pied nu car elle possède des propriétés mécaniques et thermiques similaires au dessous du pied.

1. Détermination de l'effusivité d'un matériau

Données :

Q.1. Montrer que l'effusivité s'exprime en .

Les conductivités thermiques des matériaux étant données, on cherche à obtenir les capacités thermiques volumiques des matériaux à partir d'une mesure de et de du morceau choisi. On choisit de déterminer , la capacité thermique du morceau de carrelage, par calorimétrie. On considère que dans un calorimètre, on néglige tout travail et tout transfert thermique avec l'extérieur.

On place 720 g d'eau à 25,4 °C dans le calorimètre. On y insère le morceau de carrelage à 39,7 °C. On relève la température finale d'équilibre thermique au bout de quelques dizaines de secondes, le temps que les transferts thermiques se fassent. On relève une température finale de 25,9 °C. On considère le système \{eau + carrelage\} dans le calorimètre.

Q.2. Indiquer le sens dans lequel s'opère le transfert thermique entre le corps chaud et le corps froid.

Q.3. Rappeler le premier principe de la thermodynamique et en définir tous les termes ainsi que leurs unités. Appliquer le premier principe de la thermodynamique au système dans le calorimètre.

Q.4. Montrer que la variation d'énergie interne de l'eau dans le calorimètre vaut .

Q.5. En déduire que la capacité thermique du morceau de carrelage vaut .

Pour l'étude de la capacité thermique du carrelage, on utilise un morceau de carrelage de volume .

Q.6. Calculer la valeur de la capacité thermique volumique du carrelage .

Q.7. Montrer que l'effusivité du carrelage vaut .

On mesure dans les mêmes conditions d'expérience .

Q.8. Justifier la cohérence des valeurs d'effusivité des matériaux par rapport au texte d'introduction.

2. Mesure et calcul de la température de contact

Données : ; effusivités des matériaux : ; ; , toutes en .

Pour mesurer la température moyenne de contact entre la poche en silicone chauffée à environ 34 °C (comme pour un pied réel) et un morceau de carrelage (ou un morceau de bois), dont on relève au préalable la température, on intercale un thermomètre entre le carrelage (ou le bois) et la poche en silicone.

On atteint au bout de quelques secondes l'équilibre thermique et on mesure la température de contact. L'incertitude type associée à chaque mesure de température vaut 0,2 °C.

Pour calculer la température de contact thermique entre deux matériaux A et B, on utilise la relation :

avec et les effusivités des matériaux A et B en contact thermique et et leurs températures respectives initiales en kelvin.

Dans le cas du contact silicone-bois, les températures initiales sont et ; la température de contact mesurée entre le silicone et le bois, notée , s'établit au bout de quelques secondes à .

Q.9. Exprimer la valeur de en kelvin.

Q.10. Calculer la valeur de la température de contact théorique notée entre la poche de silicone et le bois.

Dans le cas du contact silicone-carrelage, on trouve expérimentalement et on calcule .

Q.11. Comparer les valeurs des températures de contact mesurées et avec celles des températures de contact calculées et et conclure.

Q.12. Expliquer les raisons de la sensation décrite dans le titre de l'exercice.

3. Transfert conducto-convectif

On étudie le refroidissement à l'intérieur du pied. Pour cela, on immerge la poche de silicone, transpercée jusqu'à son centre par un thermomètre relié à une interface d'acquisition, dans un mélange eau liquide/glace constituant ainsi un thermostat à 0 °C. Le suivi de la température dure trois heures, les mesures sont faites toutes les 7,2 secondes.

Q.13. Préciser quel transfert thermique supplémentaire, lié à la présence d'eau liquide, apparaît dans le thermostat eau liquide/glace par rapport aux matériaux solides utilisés précédemment.

Le flux thermique entre la poche de silicone et le thermostat, dans le cas d'un transfert conducto-convectif, est donné par la loi de Newton ; il s'écrit :

avec le coefficient de transfert conducto-convectif entre l'eau et le silicone (plus le coefficient de transfert conducto-convectif est grand, plus le flux sera important), la surface de contact entre la poche en silicone et le thermostat, la température du silicone dans la poche et la température du thermostat.

Q.14. Donner l'expression du transfert thermique en fonction du flux thermique pendant une durée très petite .

Q.15. Montrer, par application du premier principe de la thermodynamique appliqué au silicone, que les variations de la température du silicone à l'intérieur de la poche peuvent être décrites par l'équation différentielle suivante :

est le temps caractéristique de transfert.

La solution donnant l'évolution de la température en fonction du temps a pour forme :

Q.16. Comparer les deux courbes obtenues en annexe à rendre avec la copie et commenter.

Q.17. Déterminer la valeur du temps caractéristique par construction graphique à réaliser sur l'annexe à rendre avec la copie.

Q.18. Calculer la valeur de sachant que la poche utilisée a une capacité thermique et une surface totale immergée .

Le coefficient conducto-convectif entre l'air et le silicone vaut .

Q.19. Comparer les valeurs des deux coefficients conducto-convectifs et indiquer le fluide dans lequel le pied se refroidit le plus vite.

Annexe à rendre avec la copie — document 1

Corrigé

1. Détermination de l'effusivité d'un matériau

Q.1. L'effusivité est définie par . On remplace chaque grandeur par son unité :

Élever à la puissance revient à diviser par 2 chaque exposant :

L'effusivité s'exprime bien en .

Q.2. Le transfert thermique s'effectue spontanément du corps chaud vers le corps froid, c'est-à-dire ici du morceau de carrelage (39,7 °C) vers l'eau du calorimètre (25,4 °C), jusqu'à l'égalité des températures (équilibre thermique à 25,9 °C).

Q.3. Premier principe de la thermodynamique : pour un système fermé au repos, la variation de son énergie interne entre l'état initial et l'état final est égale à la somme du travail et du transfert thermique reçus :

est la variation d'énergie interne (en J), le travail reçu par le système (en J) et le transfert thermique reçu (en J) ; ces trois grandeurs sont comptées positivement lorsqu'elles sont reçues par le système.

Application au système \{eau + carrelage\} dans le calorimètre : l'énoncé précise que l'on néglige tout travail () et tout transfert thermique avec l'extérieur (). Donc

L'énergie cédée par le carrelage est intégralement reçue par l'eau.

Q.4. L'eau est un système incompressible de capacité thermique :

Ce que le correcteur attend : la masse convertie en kilogrammes () et le fait qu'un écart de température est le même en °C et en K, : nul besoin de convertir les températures. La valeur est positive : l'eau reçoit bien de l'énergie.

Q.5. D'après Q.3, , et , d'où

Le signe est cohérent : le carrelage se refroidit () et cède de l'énergie (), donc .

Q.6. Par définition de la capacité thermique volumique :

Q.7. En reportant dans la définition de l'effusivité :

(Le calcul mené avec les valeurs non arrondies donne : l'accord est parfait. La donnée n'ayant que deux chiffres significatifs, on ne revendiquerait en toute rigueur que .)

Q.8. On compare les deux effusivités :

L'effusivité du carrelage est environ 3,4 fois plus grande que celle du bois. C'est bien ce qu'annonce le texte : le carrelage, comme la pierre ou l'acier, a une forte effusivité et absorbe donc rapidement l'énergie thermique du pied sans que sa surface ne s'échauffe notablement ; le bois a une faible effusivité, l'énergie reçue reste en surface et celle-ci se réchauffe vite. Les valeurs mesurées sont donc cohérentes avec le texte d'introduction.

2. Mesure et calcul de la température de contact

Q.9. . L'incertitude type est inchangée par ce simple décalage d'origine : .

Q.10. Les températures initiales en kelvin valent et . La relation fournie donne :

La température de contact est une moyenne pondérée des deux températures initiales, les poids étant les effusivités : le silicone étant plus effusif que le bois, la température de contact est plus proche de celle du silicone que de celle du bois.

Q.11. On compare mesure et calcul dans les deux cas :

Contact (K) (K)écart
silicone-bois301,3301,50,2 K
silicone-carrelage297,2297,40,2 K

Dans les deux cas l'écart vaut 0,2 K, soit exactement une incertitude type de mesure (). Le quotient

est inférieur à 2 : les valeurs mesurées et calculées sont compatibles. Le modèle de la moyenne pondérée par les effusivités décrit donc correctement la température de contact.

Q.12. Le pied est toujours à la même température (environ 34 °C) et les deux sols sont à la même température ; pourtant les températures de contact diffèrent :

Sur le carrelage, la température de contact est plus basse de 4 °C environ. C'est la conséquence directe de la pondération par les effusivités : comme , la température de contact est tirée vers celle du carrelage (froid), tandis que tire la température de contact vers celle du pied. Autrement dit, le carrelage absorbe très vite l'énergie thermique du pied sans s'échauffer en surface, alors que la surface du bois s'échauffe rapidement et cesse presque de prendre de l'énergie au pied. Les récepteurs thermiques de la peau étant sensibles à cette température de contact (et au flux qui la traverse), le carrelage est ressenti comme froid et le parquet comme tiède, bien que les deux sols soient à la même température.

3. Transfert conducto-convectif

Q.13. Aux trois modes de transfert (conduction, convection, rayonnement), l'eau liquide ajoute la convection : le liquide au contact de la poche se réchauffe, sa masse volumique diminue, il se met en mouvement et est remplacé par de l'eau plus froide. Ce déplacement d'ensemble de matière, impossible dans un solide (où seule la conduction opère), accélère fortement l'échange : on parle de transfert conducto-convectif.

Q.14. Le flux thermique est la puissance thermique échangée, c'est-à-dire l'énergie transférée par unité de temps : . Pendant une durée très petite , pendant laquelle peut être considéré comme constant :

Q.15. Système : le silicone de la poche, de capacité thermique , de température . Il est immobile et incompressible : il ne reçoit aucun travail, . Le premier principe appliqué pendant la durée donne :

Donc , soit . En faisant tendre vers zéro :

en utilisant la loi de Newton. Or , donc et

C'est bien l'équation différentielle demandée. Ce que le correcteur attend : est le transfert reçu par le silicone ; la loi de Newton est écrite avec , négatif ici puisque , ce qui traduit un refroidissement.

Q.16. Les deux courbes ont la même allure : une décroissance exponentielle depuis vers une asymptote horizontale voisine de 0 °C, qui est bien la température du thermostat eau/glace (le modèle donne 16{,}3\times10^{-3} ^{\circ}\mathrm{C}, soit 0 °C aux erreurs de mesure près). Elles sont pratiquement superposées sur toute la durée de l'acquisition. Dans le détail, on relève trois différences : les tout premiers points mesurés (environ 15 °C, 14 °C puis 13 °C) sont nettement au-dessus du modèle, qui ne démarre qu'à 11,6 °C ; de à les points mesurés passent légèrement en dessous du modèle (écart maximal de l'ordre de 0,4 °C vers ) ; entre et ils repassent très légèrement au-dessus (de l'ordre de 0,1 °C), puis les deux séries se confondent sur l'asymptote. Commentaire : le modèle exponentiel issu de la loi de Newton rend donc bien compte de l'expérience, sauf aux tout premiers instants, où la mise en place du contact avec le thermostat n'est pas encore achevée ; les écarts résiduels s'expliquent par le fait que la poche n'est pas à température uniforme (le thermomètre est au centre et la surface se refroidit d'abord) et que n'est pas rigoureusement constant.

Q.17. Construction graphique. On trace la tangente à la courbe à l'instant : pour une décroissance exponentielle vers l'asymptote , cette tangente coupe l'asymptote à la date . On peut aussi utiliser le fait qu'à l'écart initial a été réduit de 63 % : il reste de , soit ; l'abscisse du point d'ordonnée 4,3 °C donne .

Les deux constructions donnent la même lecture : (environ 17 min), en accord avec la valeur de l'équation du modèle. La lecture graphique étant peu précise, on ne garde que deux chiffres significatifs.

Q.18. De on tire :

soit si l'on s'en tient aux deux chiffres significatifs que permet une lecture graphique. (Avec la valeur lue on obtient : même résultat à deux chiffres significatifs.) L'unité se vérifie : divisé par donne bien des , c'est-à-dire des .

Q.19. On compare :

Le coefficient conducto-convectif entre l'eau et le silicone est environ trois fois plus grand que celui entre l'air et le silicone. Or, d'après la loi de Newton et l'indication de l'énoncé, plus est grand, plus le flux thermique est important à écart de température donné ; le temps caractéristique est alors trois fois plus court. Le pied se refroidit donc plus vite dans l'eau que dans l'air. C'est l'expérience quotidienne : une eau à 20 °C paraît beaucoup plus froide que l'air à 20 °C.

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