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Corrigé bac SES 2024 Métropole jour 1 — Dissertation : Dans quelle mesure les évolutions de l'emploi affaiblissent-elles le pouvoir intégrateur du travail ?

Sujet officiel du baccalauréat, spécialité sciences économiques et sociales, session 2024. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.

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Consigne officielle. Il est demandé au candidat :

Il sera tenu compte, dans la notation, de la clarté de l'expression et du soin apporté à la présentation. Ce sujet comporte quatre documents.

Sujet. Dans quelle mesure les évolutions de l'emploi affaiblissent-elles le pouvoir intégrateur du travail ?

Document 1. Qualité de l'emploi des salariés par catégorie socio-professionnelle en 2019.

En %EnsembleCPIS1Prof. inter.EmployésOuvriers
Intensité du travail et pression temporelle
Devoir se dépêcher4547464642
S'interrompre pour effectuer une tâche non prévue6673726651
Autonomie, marges de manœuvre
Avoir un travail répétitif4311285669
Ne pas pouvoir régler soi-même les incidents3117243742
Coopération, soutien -- Être aidé pour mener les tâches :
par les supérieurs hiérarchiques6769686564
par les collègues8387877682
Reconnaissance
Au vu des efforts, recevoir l'estime et le respect que mérite le travail6875686666
Insécurité socio-économique
Crainte pour son emploi2013192321

{ Champ : France hors Mayotte, ensemble des salariés.

Source : D'après DARES-INSEE, enquête Conditions de travail, 2019.

  1. Cadres et professions intellectuelles supérieures.}

Document 2. Évolution des parts des professions peu qualifiées, moyennement qualifiées, qualifiées et très qualifiées en France, entre 1996 et 2017 (en points de %) – graphique à barres ; valeurs lues sur le graphique, arrondies au dixième.

Catégorie de professionsÉvolution de la part, 1996--2017 (points de %)
Professions très qualifiéesenviron
Professions qualifiées (intermédiaires)environ
Professions moyennement qualifiéesenviron
Professions peu qualifiéesenviron (quasi stable)

{ Champ : France métropolitaine, personnes en emploi.

Source : Insee-DGI, enquête Revenus fiscaux et sociaux de 1996 à 2017, www.strategie.gouv.fr.}

Document 3. Évolution du taux de chômage et du taux de chômage de longue durée<sup>1</sup> depuis 1975 (en % de la population active) – graphique en courbes ; valeurs lues sur le graphique, arrondies au dixième (l'épaisseur du trait rend la lecture incertaine à 0,1 point près).

AnnéeTaux de chômageTaux de chômage de longue durée
1975environ 3,6environ 0,4
1980environ 5,7environ 1,3
1985environ 9,1environ 2,9
1990environ 8,0environ 2,4
1994environ 10,6environ 3,1
1997environ 10,6environ 3,5
1998environ 10,2environ 3,6
2001environ 7,8environ 2,3
2005environ 8,9environ 2,4
2008environ 7,5environ 1,8
2010environ 9,3environ 2,4
2015environ 10,3environ 3,1
2019environ 8,4environ 2,3
2022environ 7,3environ 2,0

{ Champ : France hors Mayotte, ensemble des actifs.

Source : INSEE, 2023.

  1. Situation des chômeurs qui n'ont plus d'activité professionnelle depuis au moins un an.}

Document 4.

Les récits des jeunes femmes<sup>1</sup> sur leur insertion professionnelle mettent en lumière une succession de périodes d'intérim, avec des contrats précaires<sup>2</sup>, dans certains cas non conformes (contrats oraux, « mais parce qu'on se connaît »), des conditions de travail difficiles, des horaires fractionnés, ou fractionnables. C'est le cas de celles qui exercent des métiers dans le secteur de l'aide à la personne, mais aussi des aides-soignantes et, plus largement, de toutes celles qui travaillent dans les métiers de service, du care<sup>3</sup>, où la dimension affective du travail est très présente.

Maëlle a 25 ans, fille d'un père inséminateur<sup>4</sup> et d'une mère assistante maternelle, elle est aide-soignante en CDD dans un centre de rééducation, et « fait ce métier pour aider les gens, parce qu'elle aime ça aider… être utile ». Elle vient de se séparer de son conjoint avec qui elle avait acheté une maison dans la petite ville de T. (2 000 habitants), où habitent ses parents et son frère. Pendant sa formation, elle a « enchaîné » les contrats précaires et l'intérim (« j'ai travaillé un peu, j'ai travaillé au Leclerc à C., au Huit à Huit qui est Carrefour maintenant à T., au Leader Price à S-C »). Avec l'obtention de son diplôme, Maëlle multiplie les contrats courts dans différentes structures locales : EHPAD<sup>5</sup>, maisons de retraite… et, depuis peu, travaille dans un centre de rééducation. […] Ce travail lui plaît, même « si c'est très mal payé par contre : je dois gagner en CDD 1 400 euros à temps plein, et 1 200 en CDI<sup>6</sup>, ça ne donne pas envie de passer titulaire ». La rupture conjugale, les frais associés à la maison qu'elle doit maintenant assumer seule l'inquiètent.

{ Source : Yaëlle ANSELLEM-MAINGUY, Les filles du coin, vivre et grandir en milieu rural, 2021.

  1. L'enquête de Yaëlle Ansellem-Mainguy porte sur des jeunes femmes, âgées de 16 à 26 ans, vivant en milieu rural, souvent peu diplômées et appartenant aux classes populaires.
  1. Les contrats précaires désignent les contrats à durée déterminée (CDD) et les contrats de travail temporaire.
  1. Care : les métiers du « care » désignent plus communément le travail des auxiliaires de vie, des aides à domicile, des aides-soignants, dont les fonctions sont de répondre à ces besoins élémentaires de soins et d'accompagnement quotidiens.
  1. L'inséminateur est un spécialiste de la reproduction animale.
  1. EHPAD : Établissements Hospitaliers pour Personnes Âgées Dépendantes.
  1. CDI : Contrat à Durée Indéterminée.}

Corrigé

Analyse du sujet.

Le travail est l'activité de production de biens et de services ; l'emploi est le travail exercé dans un cadre socialement réglementé : un contrat ou un statut, une rémunération, des droits. Les évolutions de l'emploi désignent donc les transformations de ce cadre depuis les années 1970 : installation d'un chômage de masse, montée des formes particulières d'emploi (CDD, intérim, temps partiel) qui érodent la norme d'emploi du CDI à temps plein, polarisation des emplois entre très qualifiés et peu qualifiés au détriment du milieu, et dégradation de la qualité de certains emplois (intensification, faible autonomie, bas salaires). Le pouvoir intégrateur du travail renvoie à l'intégration sociale, processus par lequel l'individu est relié aux autres et prend place dans la société : le travail intègre parce qu'il procure un revenu, des droits sociaux, un statut et une identité, des sociabilités et une structuration du temps (Durkheim et la solidarité organique ; Castel et la société salariale ; Paugam et l'intégration professionnelle). « Dans quelle mesure » appelle un débat : montrer que ces évolutions affaiblissent réellement cette fonction, puis en mesurer les limites : pour qui, jusqu'où, sans que le travail cesse d'intégrer. Le sujet relève du chapitre « Quelles mutations du travail et de l'emploi ? », dont le programme demande de comprendre que certaines évolutions de l'emploi (précarisation, taux persistant de chômage, polarisation des emplois) peuvent affaiblir ce pouvoir intégrateur, avec l'appui du chapitre de Première sur les liens sociaux (instances d'intégration, désaffiliation).

Les documents. Document 1 : en 2019, 83 % des salariés sont aidés par leurs collègues et 68 % reçoivent l'estime que mérite leur travail, mais 69 % des ouvriers ont un travail répétitif contre 11 % des cadres, et 23 % des employés craignent pour leur emploi contre 13 % des cadres : le travail intègre encore, inégalement. Document 2 : entre 1996 et 2017, la part des professions très qualifiées gagne environ 4 points et celle des professions moyennement qualifiées en perd environ 6, les peu qualifiées restant stables : l'emploi se polarise par évidement du milieu. Document 3 : le taux de chômage, d'environ 3,6 % en 1975, dépasse 10 % au milieu des années 1990 et au milieu des années 2010 avant de revenir vers 7,3 % en 2022 ; le chômage de longue durée passe d'environ 0,4 % à 2 % des actifs : le chômage de masse s'est installé. Document 4 : Maëlle, aide-soignante de 25 ans en milieu rural, enchaîne intérim et CDD pour 1 400 euros par mois, aime « être utile », mais la précarité et un faible salaire fragilisent sa situation : l'intégration par le travail devient incertaine.

Problématique.

Le chômage persistant, la précarisation et la polarisation des emplois ont-ils dissous la capacité du travail à relier les individus à la société, ou n'ont-ils fait que la fragiliser, de façon inégale selon les groupes, sans lui ôter sa centralité ?

Plan détaillé.

I. Les évolutions de l'emploi affaiblissent le pouvoir intégrateur du travail.

I.A. Le chômage de masse persistant prive une partie des actifs de tout ce que le travail procure. Affirmation : depuis les années 1980, une fraction durable de la population active est exclue de l'emploi, donc de l'intégration qu'il apporte. Explication : le chômeur perd le revenu, mais aussi le statut, l'identité professionnelle, les collègues et la structure du temps ; l'enquête de Lazarsfeld à Marienthal (1933) montre que le chômage désocialise, et Robert Castel décrit la désaffiliation, décrochage progressif où l'absence de travail stable se cumule avec l'isolement relationnel ; le chômage de longue durée est le cœur de ce processus. Illustration : document 3 : le taux de chômage, d'environ 3,6 % de la population active en 1975, atteint environ 10,6 % en 1994 et 1997 puis 10,3 % en 2015 ; il n'est jamais redescendu sous 7 % depuis le milieu des années 1980, et vaut encore environ 7,3 % en 2022, soit le double de 1975. Le taux de chômage de longue durée est passé d'environ 0,4 % en 1975 à 3,6 % en 1998 et 3,1 % en 2015 ; à 2 % en 2022, il concerne encore plus d'un chômeur sur quatre ().

I.B. La précarisation de l'emploi rend l'intégration incertaine. Affirmation : l'érosion de la norme d'emploi retire à une partie des actifs occupés la stabilité qui fonde les droits et la projection dans l'avenir. Explication : dans la société salariale (Castel), c'est l'emploi stable, le CDI, qui ouvre les protections (chômage, retraite, logement, crédit) et permet de se projeter ; les formes particulières d'emploi, marginales en 1982 (environ 5 % de l'emploi), en occupent environ 13 % en 2022, et plus de 80 % des embauches se font en CDD ; Serge Paugam montre que lorsque l'emploi est instable, l'intégration professionnelle devient incertaine (travail satisfaisant mais emploi instable), ou disqualifiante si le travail est aussi insatisfaisant. Illustration : document 4 : Maëlle a « enchaîné » intérim et contrats précaires, parfois « non conformes (contrats oraux) », puis « multiplie les contrats courts » en EHPAD et en maison de retraite ; la rupture conjugale et les frais de la maison « l'inquiètent » : l'instabilité de l'emploi se cumule avec la fragilité des liens. Document 1 : en 2019, 20 % des salariés craignent pour leur emploi, 23 % des employés et 21 % des ouvriers contre 13 % des cadres.

I.C. La polarisation des emplois et la dégradation de la qualité de certains d'entre eux dissocient emploi et intégration. Affirmation : avoir un emploi ne garantit plus une intégration pleine, car les emplois créés aux deux pôles n'offrent pas les mêmes conditions. Explication : le progrès technique automatise et la mondialisation délocalise les tâches routinières du milieu de l'échelle, tandis que les emplois très qualifiés et les services de proximité non automatisables (aide à la personne, livraison, nettoyage) se maintiennent ou croissent ; ces derniers, souvent à temps partiel, à horaires fractionnés et faiblement rémunérés, alimentent la pauvreté laborieuse (environ un million de travailleurs pauvres) et une intégration laborieuse au sens de Paugam ; le taylorisme de service (travail répétitif, faible autonomie) et l'intensification du travail minent la reconnaissance. Illustration : document 2 : entre 1996 et 2017, la part des professions moyennement qualifiées a reculé d'environ 6 points, celle des très qualifiées progressé d'environ 4 points et celle des peu qualifiées s'est maintenue ( point) : l'emploi se creuse au milieu. Document 1 : 69 % des ouvriers et 56 % des employés ont un travail répétitif contre 11 % des cadres, soit un écart de points ; 42 % des ouvriers ne peuvent régler eux-mêmes les incidents contre 17 % des cadres. Document 4 : les métiers du care cumulent « conditions de travail difficiles, horaires fractionnés » et bas salaires : Maëlle gagne 1 400 euros à temps plein en CDD et gagnerait 1 200 euros en CDI, soit euros de moins, « ça ne donne pas envie de passer titulaire » : paradoxe révélateur, le contrat précaire est ici mieux payé que le statut stable, si bien que, quand le salaire est si bas, la norme d'emploi elle-même perd son attrait et la précarité s'installe.

Transition. Chômage persistant, précarisation et polarisation ont donc bien entamé la capacité du travail à intégrer. Mais ces évolutions ne touchent ni tous les actifs ni toutes les dimensions de l'intégration : il faut en mesurer la portée.

II. Mais le travail demeure la principale instance d'intégration, et l'affaiblissement est inégal et partiel.

II.A. Pour la grande majorité des actifs, le travail continue de procurer revenu, droits, sociabilités et reconnaissance. Affirmation : la norme d'emploi n'a pas disparu et les ressorts de l'intégration par le travail restent actifs. Explication : pour Durkheim, la division du travail crée une solidarité organique fondée sur la complémentarité des fonctions ; le salariat reste le support des droits sociaux ; environ 74 % des personnes en emploi sont en CDI et l'immense majorité des salariés en place ne sont pas précaires ; les collectifs de travail sont le premier lieu de sociabilité hors de la famille. Illustration : document 1 : en 2019, 83 % des salariés sont aidés par leurs collègues et 67 % par leurs supérieurs ; 68 % reçoivent « l'estime et le respect que mérite le travail » ; des salariés ne craignent pas pour leur emploi. Document 3 : le taux de chômage a reculé de 10,3 % en 2015 à environ 7,3 % en 2022 et le chômage de longue durée de 3,1 % à 2 % : plus de neuf actifs sur dix ont un emploi. Document 4 : Maëlle « fait ce métier pour aider les gens, parce qu'elle aime ça aider… être utile » ; « ce travail lui plaît » : le travail reste source d'identité et de sens même quand l'emploi est précaire.

II.B. L'affaiblissement est concentré sur certains groupes : l'intégration par le travail se segmente plus qu'elle ne s'effondre. Affirmation : les évolutions de l'emploi n'affectent pas tous les actifs de la même façon ; elles creusent un écart entre un noyau protégé et une périphérie vulnérable. Explication : le marché du travail est segmenté : les contrats courts et les emplois peu qualifiés de services touchent d'abord les jeunes (plus de la moitié des 15--24 ans en emploi sont en contrat temporaire), les moins diplômés et les femmes ; à l'autre pôle, les professions très qualifiées, dont le poids augmente, cumulent stabilité, autonomie et reconnaissance : leur intégration professionnelle est assurée au sens de Paugam. Illustration : document 2 : la part des professions très qualifiées a gagné environ 4 points en vingt ans ; document 1 : 75 % des cadres reçoivent l'estime que mérite leur travail contre 66 % des employés et des ouvriers, 87 % sont aidés par leurs collègues contre 76 % des employés, et seuls 11 % ont un travail répétitif ; document 4 : l'enquête porte sur des « jeunes femmes, âgées de 16 à 26 ans, vivant en milieu rural, souvent peu diplômées et appartenant aux classes populaires » : la précarité de Maëlle est celle d'un groupe précis, non de l'ensemble des actifs.

II.C. L'intégration par le travail se recompose : intensité partagée, attentes nouvelles et réponses institutionnelles. Affirmation : les mutations du travail modifient la forme de l'intégration plus qu'elles ne la suppriment, et la société cherche à réinscrire les emplois atypiques dans le cadre protecteur de l'emploi. Explication : l'intensification du travail touche aussi les plus qualifiés, si bien que la pression n'est pas l'apanage des emplois précaires ; les attentes se déplacent vers le sens, l'utilité sociale et l'équilibre des temps ; le droit reconstruit la frontière du salariat (requalification de travailleurs de plateformes par la Cour de cassation en 2020, directive européenne de 2024 instaurant une présomption de salariat). Illustration : document 1 : 73 % des cadres et 72 % des professions intermédiaires s'interrompent pour des tâches non prévues contre 51 % des ouvriers, et 47 % des cadres doivent se dépêcher : l'intensité est la plus forte en haut de l'échelle, où l'intégration reste pourtant la plus assurée ; document 4 : les métiers du care, où « la dimension affective du travail est très présente », sont précisément ceux qui donnent à Maëlle son sentiment d'utilité ; document 3 : la baisse du chômage de longue durée depuis 2015 montre que l'exclusion durable n'est pas irréversible.

Introduction rédigée.

Maëlle, 25 ans, aide-soignante en CDD dans un centre de rééducation, a « enchaîné » intérim et contrats précaires depuis sa formation ; elle aime « être utile », mais gagne 1 400 euros par mois et s'inquiète des frais d'une maison qu'elle doit désormais assumer seule (document 4) : son parcours résume l'ambivalence contemporaine du travail, à la fois source de sens et de vulnérabilité. Le travail, activité de production de biens et de services, s'exerce le plus souvent dans le cadre d'un emploi, c'est-à-dire d'un contrat ou d'un statut assorti d'une rémunération et de droits. Dans la société salariale décrite par Robert Castel, le travail est la principale instance d'intégration : il relie l'individu à la société en lui procurant un revenu, des droits sociaux, un statut et une identité, des sociabilités et une organisation du temps. Or, depuis les années 1970, l'emploi a profondément évolué : le chômage de masse s'est installé, les formes particulières d'emploi ont érodé la norme du CDI à temps plein, et la structure des emplois s'est polarisée au détriment des qualifications intermédiaires. Ces évolutions ont-elles dissous la capacité du travail à intégrer, ou n'ont-elles fait que la fragiliser, de façon inégale selon les groupes, sans lui ôter sa centralité ? Nous montrerons d'abord que le chômage persistant, la précarisation et la polarisation affaiblissent réellement le pouvoir intégrateur du travail (I), puis que celui-ci demeure, pour la majorité des actifs, la principale source d'intégration, l'affaiblissement étant concentré sur certains groupes et partiellement compensé par une recomposition des attentes et des règles (II).

Conclusion rédigée.

Les évolutions de l'emploi affaiblissent bien le pouvoir intégrateur du travail. Le chômage, qui touche encore environ 7,3 % des actifs en 2022 après avoir dépassé 10 % au milieu des années 1990 et au milieu des années 2010, exclut durablement une partie d'entre eux et nourrit la désaffiliation ; la précarisation des contrats rend l'intégration incertaine pour ceux qui enchaînent CDD et intérim ; la polarisation des emplois multiplie des postes peu qualifiés, répétitifs et mal payés où l'emploi ne protège plus de la pauvreté. Mais cet affaiblissement est partiel et inégal : pour la grande majorité des salariés, le travail reste le premier lieu de coopération, de reconnaissance et de droits, et la fragilisation se concentre sur des groupes précis – jeunes, peu diplômés, femmes des métiers de service, ouvriers et employés – tandis que les professions très qualifiées voient leur intégration renforcée. Le travail intègre donc encore, mais de façon segmentée : la question n'est plus de savoir s'il intègre, mais qui il intègre et à quelles conditions. Ouverture : la requalification des travailleurs de plateformes en salariés et l'encadrement des contrats courts montrent que la société cherche moins à remplacer le travail comme instance d'intégration qu'à réinscrire ses nouvelles formes dans le cadre protecteur de l'emploi.

Ce que le correcteur attend.

Les notions incontournables sont travail et emploi (à distinguer dès l'introduction), intégration sociale, chômage, précarité et formes particulières d'emploi, polarisation des emplois, avec au moins deux références exactes (Durkheim, Castel, Paugam, Lazarsfeld). Le hors-sujet le plus fréquent consiste à traiter « le travail est-il encore source d'intégration ? » en oubliant que le sujet porte sur les évolutions de l'emploi : chaque paragraphe doit partir d'une évolution (chômage, précarisation, polarisation, qualité de l'emploi) et en déduire un effet sur l'intégration ; à l'inverse, un exposé des organisations du travail (taylorisme, toyotisme) pour lui-même est hors sujet. Le « dans quelle mesure » impose une seconde partie qui nuance sans contredire : le travail intègre encore, inégalement. Chaque document doit être cité avec une donnée, y compris les deux graphiques lus avec prudence (« environ 4 points », « environ 7,3 % »), et le document 2 doit être lu en points de pourcentage (variations de parts), non en pourcentages ; le plan-catalogue « un document par partie » et la paraphrase du document 4 sans concept plafonnent à la moyenne.

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