Corrigé bac SES 2024 Métropole jour 1 — EC partie 1 : L'École et l'égalité des chances
Sujet officiel du baccalauréat, spécialité sciences économiques et sociales, session 2024. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.
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Énoncé
Épreuve composée. Cette épreuve comprend trois parties :
- Partie 1 – Mobilisation des connaissances : il est demandé au candidat de répondre à la question en faisant appel à ses connaissances acquises dans le cadre du programme.
- Partie 2 – Étude d'un document : il est demandé aux candidats de répondre aux questions en mobilisant ses connaissances acquises dans le cadre du programme et en adoptant une démarche méthodologique rigoureuse, de collecte et de traitement de l'information.
- Partie 3 – Raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire : il est demandé au candidat de traiter le sujet en développant un raisonnement ; en exploitant les documents du dossier ; en faisant appel à ses connaissances personnelles ; en composant une introduction, un développement, une conclusion.
Il sera tenu compte, dans la notation, de la clarté de l'expression et du soin apporté à la présentation.
Première partie : Mobilisation des connaissances (4 points). Montrez que, dans les sociétés démocratiques, l'École vise à favoriser l'égalité des chances.
Corrigé
L'égalité des chances est le principe selon lequel les positions sociales doivent être distribuées selon le mérite (talents, efforts) et non selon la naissance : c'est l'idéal méritocratique. Dans les sociétés démocratiques, où l'égalité des droits est acquise et où les positions ne se transmettent plus ouvertement par héritage comme dans une société d'ordres, cet idéal est ce qui rend acceptables les inégalités de situation qui subsistent : elles sont justes si chacun a eu, au départ, les mêmes possibilités. Or c'est à l'École que ces sociétés confient le soin d'organiser cette compétition équitable, de deux manières.
D'abord, l'École assure une égalité formelle des chances en soumettant tous les enfants aux mêmes règles. Gratuite, obligatoire et laïque, elle accueille tous les enfants quel que soit le revenu de leurs parents ; elle leur enseigne les mêmes programmes dans les mêmes établissements jusqu'à la fin de la troisième depuis le collège unique (1975) ; elle les évalue par des épreuves identiques et anonymes (baccalauréat, concours) qui ne récompensent, en principe, que le mérite. Le diplôme, titre neutre et impersonnel, remplace ainsi l'héritage comme clé d'accès aux positions sociales : parce qu'il certifie un mérite scolaire, il peut ouvrir dans l'emploi des places que la naissance n'attribue plus. La massification prolonge cette logique en ouvrant à tous les milieux des études autrefois réservées : objectif de « 80 % d'une génération au niveau du bac » et création du baccalauréat professionnel (1985) ; alors que moins de 5 % d'une génération obtenait le baccalauréat en 1950, plus de 80 % l'obtiennent aujourd'hui et près de la moitié un diplôme du supérieur.
Ensuite, parce que l'égalité formelle ne suffit pas quand les élèves arrivent inégalement dotés en capital culturel (Bourdieu) et que les familles n'investissent pas de la même façon dans les études (Boudon), l'École vise une égalité réelle des chances par des politiques compensatoires qui donnent plus à ceux qui ont moins. Les bourses sur critères sociaux abaissent le coût des études longues pour les familles modestes ; l'éducation prioritaire (zones d'éducation prioritaire, 1981) concentre des moyens supplémentaires sur les établissements qui accueillent les élèves les plus défavorisés ; le dédoublement des classes de CP et de CE1 en éducation prioritaire (2017) vise à réduire dès les premiers apprentissages les écarts liés à l'origine sociale ; les conventions d'ouverture sociale des grandes écoles cherchent à corriger la sous-représentation des enfants d'ouvriers dans les classes préparatoires, où ils ne sont que 7 % des étudiants contre 54 % d'enfants de cadres. Ces dispositifs traitent inégalement les élèves pour égaliser leurs chances : c'est une forme de discrimination positive.
L'École des sociétés démocratiques vise donc l'égalité des chances par une double voie : des règles identiques pour tous, qui font du mérite scolaire le seul critère légitime de réussite, et des moyens inégaux, qui compensent les inégalités de départ. Que l'objectif soit imparfaitement atteint (78 % des enfants de cadres obtiennent un baccalauréat général contre 35 % des enfants d'ouvriers) n'ôte rien à la mission que la société lui assigne.
Attendu du barème. Définir l'égalité des chances et la méritocratie, et les relier à l'égalité des droits propre aux sociétés démocratiques ; montrer deux mécanismes distincts par lesquels l'École y contribue (règles communes et diplôme comme titre neutre ; politiques compensatoires) avec des exemples datés ; ne pas dériver vers la critique de la méritocratie, hors de la question posée.