Corrigé bac SES 2024 Métropole jour 1 — EC partie 2 : Inflation et chômage dans la zone euro
Sujet officiel du baccalauréat, spécialité sciences économiques et sociales, session 2024. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.
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Énoncé
Deuxième partie : Étude d'un document (6 points). Il est demandé aux candidats de répondre aux questions en mobilisant ses connaissances acquises dans le cadre du programme et en adoptant une démarche méthodologique rigoureuse, de collecte et de traitement de l'information.
Document. Taux d'inflation et taux de chômage dans les pays de la zone euro.
| Pays | Taux d'inflation annuel | Taux de chômage |
|---|---|---|
| en mai 2023 (en %) | en mai 2023 (en %) | |
| Zone euro | 6,1 | 6,5 |
| Pays-Bas | 6,8 | 3,5 |
| France | 6,0 | 7,0 |
| Allemagne | 6,3 | 2,9 |
| Espagne | 2,9 | 12,7 |
| Italie | 8,0 | 7,6 |
| Lettonie | 12,3 | 5,7 |
| Grèce | 4,1 | 10,8 |
{ Source : D'après Eurostat, 2023.}
Questions :
- À l'aide du document, comparez les conjonctures économiques de l'Espagne et de la Lettonie. (2 points)
- À l'aide du document et de vos connaissances, vous montrerez pourquoi un choc asymétrique peut induire des difficultés de mise en œuvre des politiques économiques dans la zone euro. (4 points)
Corrigé
Question 1. Le document donne, pour mai 2023, deux indicateurs de la conjoncture, c'est-à-dire de la situation économique à court terme : le taux d'inflation annuel (hausse des prix à la consommation sur un an) et le taux de chômage (part des chômeurs dans la population active). L'Espagne et la Lettonie présentent des conjonctures opposées.
Inflation : en mai 2023, selon Eurostat, les prix augmentent de 12,3 % sur un an en Lettonie contre 2,9 % en Espagne, soit un écart de points de pourcentage ; l'inflation lettone est fois plus élevée que l'inflation espagnole. Par rapport à la zone euro (6,1 %), la Lettonie est points au-dessus (la plus forte inflation du tableau) et l'Espagne points en dessous (la plus faible), déjà proche de l'objectif de 2 % de la BCE.
Chômage : 12,7 % des actifs espagnols sont au chômage contre 5,7 % des actifs lettons, soit points d'écart ; le taux espagnol vaut fois le taux letton. L'Espagne a le chômage le plus élevé du tableau, points au-dessus de la moyenne de la zone (6,5 %) ; la Lettonie est légèrement en dessous ( point).
Lecture : la Lettonie connaît une surchauffe inflationniste avec un chômage inférieur à la moyenne de la zone, alors que l'Espagne combine une inflation presque revenue à la cible et un chômage de masse. Deux pays de la même union monétaire, soumis au même taux directeur, ont donc besoin de politiques économiques de sens contraire : freiner la demande en Lettonie, la soutenir en Espagne.
Question 2. Un choc asymétrique est un choc, d'offre ou de demande, qui ne frappe qu'un ou quelques pays membres d'une union monétaire, ou qui les frappe avec une intensité très différente. La flambée des prix de l'énergie et des produits alimentaires de 2022 en est un exemple : commune à toute la zone euro, elle a touché bien plus durement les pays baltes, très dépendants des importations d'énergie et où l'alimentation pèse davantage dans la consommation, que l'Espagne, ce que reflète l'écart de 9,4 points d'inflation entre la Lettonie (12,3 %) et l'Espagne (2,9 %) en mai 2023. Or, dans la zone euro, un tel choc rend les politiques économiques difficiles à conduire pour deux raisons.
Première difficulté : la politique monétaire unique ne peut convenir à tous. La Banque centrale européenne fixe un seul taux directeur pour les vingt pays, calibré sur la situation moyenne de la zone (inflation de 6,1 %, chômage de 6,5 % en mai 2023) et sur son objectif de stabilité des prix (2 % d'inflation à moyen terme). Face au retour de l'inflation, elle a relevé ses taux de 0 à 4 % entre juillet 2022 et septembre 2023 : cette politique restrictive renchérit le crédit, freine la consommation et l'investissement, donc la demande, et fait refluer les prix. Elle est adaptée à la Lettonie, où l'inflation atteint 12,3 % avec un chômage bas (5,7 %), mais elle pénalise l'Espagne, où l'inflation est déjà revenue à 2,9 % et où 12,7 % des actifs sont au chômage : l'Espagne aurait besoin de taux bas pour relancer l'embauche, et la hausse des taux y aggrave le sous-emploi. Le document montre l'ampleur de cette hétérogénéité : l'inflation va de 2,9 % (Espagne) à 12,3 % (Lettonie), le chômage de 2,9 % (Allemagne) à 12,7 % (Espagne), soit près de 10 points d'écart dans les deux cas. Le même taux est trop restrictif pour les uns et trop accommodant pour les autres ; dans les années 2000, à l'inverse, des taux bas adaptés à une Allemagne atone avaient nourri des bulles immobilières en Espagne et en Irlande.
Seconde difficulté : les pays touchés ont perdu l'ajustement par le taux de change, et leur politique budgétaire, seul instrument restant, est contrainte et mal coordonnée. Avant l'euro, l'Espagne aurait pu laisser sa monnaie se déprécier pour relancer ses exportations et l'emploi, et la Lettonie l'apprécier pour réduire le prix de ses importations : avec une monnaie commune, cette soupape n'existe plus, et l'ajustement passe par la dévaluation interne, c'est-à-dire la modération des salaires et des prix obtenue par le chômage. Reste la politique budgétaire, mais elle est nationale et encadrée par le pacte de stabilité et de croissance (déficit inférieur à 3 % du PIB, dette inférieure à 60 %), et il n'existe pas de budget fédéral (le budget de l'Union pèse environ 1 % du PIB) capable de transférer des ressources vers le pays frappé. Le policy mix devient alors incohérent : si l'Espagne soutient sa demande par le déficit, elle contrecarre la politique restrictive de la BCE et s'expose à une procédure pour déficit excessif ; si la Lettonie restreint son budget pour freiner l'inflation, elle ajoute une restriction à la restriction monétaire. La crise grecque l'a montré à l'extrême : privée de dévaluation et soumise à l'austérité, la Grèce a perdu environ 25 % de son PIB entre 2008 et 2016, avec un chômage dépassant 23 % en 2016, alors même que la zone dans son ensemble n'était pas dans cette situation. C'est pour combler ce manque d'amortisseur qu'ont été créés le Mécanisme européen de stabilité (2012) puis l'emprunt commun NextGenerationEU (2020), qui nourrissent le débat sur un fédéralisme budgétaire européen.