Corrigé bac SES 2024 Métropole jour 1 — EC partie 3 : Les instruments des pouvoirs publics pour la justice sociale
Sujet officiel du baccalauréat, spécialité sciences économiques et sociales, session 2024. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.
Énoncé
Troisième partie : Raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire (10 points). Il est demandé au candidat de traiter le sujet : en développant un raisonnement ; en exploitant les documents du dossier ; en faisant appel à ses connaissances personnelles ; en composant une introduction, un développement, une conclusion. Cette partie comporte trois documents.
Sujet : À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que les pouvoirs publics disposent de plusieurs instruments pour assurer la justice sociale.
Document 1. Montants moyens des prélèvements et prestations par unité de consommation en 2020.
| Décile de niveau de vie | |||
|---|---|---|---|
| avant redistribution | |||
| D1 | D9 | Ensemble | |
| Niveau de vie1 avant redistribution (A) | 3 520 | 80 360 | 27 660 |
| dont indemnités de chômage partiel | 190 | 680 | 610 |
| Prélèvements : | 160 | 20 240 | 3 850 |
| Financement de la protection sociale | 180 | 7 680 | 2 100 |
| Impôts directs : | 20 | 12 560 | 1 750 |
| Impôt sur le revenu (y.c. crédits d'impôt)2 | 20 | 11 390 | 1 560 |
| Taxe d'habitation | 0 | 810 | 150 |
| Impôt sur la fortune immobilière | 0 | 360 | 40 |
| Prestations : | 7 470 | 310 | 1 800 |
| Prestations familiales | 1 850 | 110 | 670 |
| Aides au logement | 1 800 | 20 | 320 |
| Prime d'activité3 et minima sociaux | 3 470 | 90 | 700 |
| Aides exceptionnelles | 350 | 90 | 110 |
| Niveau de vie après redistribution (B)4 | 10 820 | 60 350 | 25 610 |
| Taux de redistribution (BA)/A (en %) | 207,4 | 24,8 | 7,4 |
{ Champ : France métropolitaine, personnes vivant dans un ménage dont le revenu est positif ou nul et dont la personne de référence n'est pas étudiante.
Source : INSEE, 2023.
1 : Le niveau de vie est égal au revenu disponible du ménage divisé par le nombre d'unités de consommation (qui permet de prendre en compte le nombre de personnes selon son âge).
2 : Somme versée par l'État quand il accorde une réduction d'impôt supérieure au montant de l'impôt dû.
3 : Aide monétaire pour le retour à l'emploi.
4 : Données arrondies.}
Document 2.
Au cours de la table ronde […] organisée par la délégation le 21 janvier 2021 pour le dixième anniversaire de la loi n° 2011-103 du 27 janvier 2011 relative à la représentation équilibrée des femmes et des hommes au sein des conseils d'administration et de surveillance et à l'égalité professionnelle, dite loi Copé-Zimmermann, les avis étaient unanimes pour dire que cette loi, qui fixe des quotas par sexe dans les conseils d'administration et de surveillance des grandes entreprises françaises, affiche de très bons résultats.
[…] Comme l'a souligné Marie-Jo Zimmermann devant la délégation le 21 janvier 2021, […] « C'est au sein des conseils d'administration (…) que se dessinent et se décident les grandes lignes de conduite d'une entreprise. Il est donc essentiel que des femmes siègent au sein de ces instances qui sont des “clubs d'hommes” ».
[…] Entrent dans le champ d'application initial de la loi les sociétés cotées ainsi que les sociétés non cotées qui emploient, pendant trois exercices1 consécutifs, 500 salariés permanents et qui présentent un montant net de chiffre d'affaires ou un total de bilan d'au moins 50 millions d'euros. Lors du vote de la loi en 2011, l'INSEE estimait à 2 000 le nombre de sociétés concernées.
La loi prévoit que les conseils des entreprises visées doivent être composés d'au moins 40 % d'administrateurs de chaque sexe. Cet objectif avait été fixé pour l'horizon 2017, avec un palier à 20 % en 2014. La loi précise en outre que si le conseil est composé de huit membres au plus, l'écart entre le nombre d'administrateurs de chaque sexe ne peut être supérieur à deux. […]
Le quota de 40 % fixé par la loi et qui devait être atteint en 2017 a donc été largement dépassé pour atteindre une quasi-parité. Il s'agit d'un bond en avant majeur puisque ce taux n'était que de 8,5 % en 2007, de 14,8 % en 2011, au moment de l'adoption de la loi, et de 38 % en 2016, cinq ans après le vote de la loi.
{ Source : www.senat.fr
- Années comptables.}
Document 3. Dépenses intérieures d'éducation (DIE), évolution 1980--2020.
| 1980 | 1990 | 2000 | 2010 | 2015 | 2019 | 2020 p | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Dépense intérieure d'éducation (DIE) | |||||||
| En valeur (en milliards d'euros) | 29,4 | 70,2 | 108,2 | 139,3 | 147,6 | 160,9 | 160,6 |
| En euros constants1 (en milliards d'euros 2020) | 80,9 | 105,7 | 143,0 | 154,6 | 156,4 | 165,0 | 160,6 |
| Dépense moyenne par élève | |||||||
| En euros courants | 1 810 | 4 130 | 6 250 | 8 070 | 8 410 | 8 980 | 8 900 |
| En euros constants (euros 2020) | 4 970 | 6 210 | 8 260 | 8 950 | 8 910 | 9 210 | 8 900 |
| Structure du financement initial de la DIE (en %) | |||||||
| État | 67,9 | 62,4 | 64,0 | 57,9 | 57,2 | 57,3 | 58,8 |
| Collectivités territoriales | 14,3 | 18,6 | 19,9 | 23,9 | 23,9 | 23,7 | 22,4 |
| Autres administrations publiques et caisses d'allocations familiales | 0,4 | 0,8 | 2,2 | 2,3 | 2,9 | 2,7 | 3,2 |
| Entreprises | 6,7 | 7,2 | 6,6 | 8,3 | 8,4 | 8,5 | 9,1 |
| Ménages | 10,7 | 11,0 | 7,3 | 7,6 | 7,6 | 7,9 | 6,5 |
{ Champ : France. p : données provisoires.
- L'indicateur retenu pour passer des montants en euros courants à ceux en euros constants, c'est-à-dire corrigés de la variation des prix, est l'indice des prix du produit intérieur brut.
Lecture : en 2020, la dépense intérieure d'éducation s'élève à 8 900 euros en moyenne par élève.
Source : INSEE, 2021.}
Corrigé
Introduction. En 2020, les 10 % de personnes les plus modestes disposaient en moyenne de 3 520 euros de niveau de vie par unité de consommation avant redistribution, et de 10 820 euros après (document 1) : les prélèvements et les prestations ont triplé leurs ressources. La justice sociale désigne la conception, propre à chaque société, de ce qu'est une répartition acceptable des ressources et des positions ; elle se décline en trois formes d'égalité qui ne se confondent pas : l'égalité des droits (même traitement devant la loi), l'égalité des chances (des positions qui ne dépendent que du mérite, non de la naissance ou du sexe) et l'égalité des situations (réduction des écarts réels de conditions de vie). Pour John Rawls, une inégalité n'est juste que si elle profite aux plus défavorisés. Les pouvoirs publics (État, collectivités territoriales, organismes de protection sociale) disposent, pour s'approcher de ces objectifs, de plusieurs instruments : la fiscalité, la redistribution par les prestations sociales, les services collectifs et la lutte contre les discriminations. Nous montrerons que la fiscalité progressive et les prestations réduisent les inégalités de niveau de vie (I), que les services collectifs, financés par tous et ouverts à chacun, égalisent les conditions réelles et les chances (II), et que la lutte contre les discriminations, jusqu'à la discrimination positive, vise l'égalité des chances là où l'égalité des droits ne suffit pas (III).
I. La fiscalité progressive et les prestations sociales réduisent les inégalités de niveau de vie. Affirmation : en prélevant davantage sur les plus aisés et en versant davantage aux plus modestes, la redistribution monétaire rapproche les niveaux de vie extrêmes : c'est l'instrument de l'égalité des situations. Explication : un impôt est progressif lorsque son taux moyen augmente avec le revenu, comme l'impôt sur le revenu, calculé par tranches à taux marginaux croissants, ou l'impôt sur la fortune immobilière, qui ne touche que les patrimoines élevés ; les prestations sociales sous condition de ressources (minima sociaux, prime d'activité, aides au logement) et, pour partie, les prestations familiales décroissent avec le revenu. Ensemble, ils opèrent une redistribution verticale, des plus aisés vers les plus modestes. Illustration : document 1 : en 2020, selon l'INSEE, les 10 % les plus aisés acquittent en moyenne 20 240 euros de prélèvements par unité de consommation, dont 11 390 euros d'impôt sur le revenu, soit de leur niveau de vie initial, et ne reçoivent que 310 euros de prestations ; les 10 % les plus modestes ne versent que 160 euros (), reçoivent même 20 euros au titre de l'impôt sur le revenu grâce aux crédits d'impôt, et perçoivent 7 470 euros de prestations, dont 3 470 euros de prime d'activité et de minima sociaux : ces prestations forment de leur niveau de vie après redistribution. Leur niveau de vie passe de 3 520 à 10 820 euros, soit un taux de redistribution de , tandis que celui des plus aisés recule de 80 360 à 60 350 euros (). Le rapport entre les deux groupes extrêmes tombe de avant redistribution à après : il est divisé par quatre. Le cours le confirme sur l'ensemble de la distribution : le rapport interdécile D9/D1 passe d'environ 6,4 à 3,4, et sans prestations ni impôts directs le taux de pauvreté serait d'environ 21 % au lieu de 14,5 % (INSEE, 2021). La ligne « Ensemble » () rappelle que le ménage moyen est contributeur net : les prélèvements financent aussi les services collectifs.
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