Adloun

Corrigé bac SES 2024 Métropole jour 2 — Dissertation : Quels facteurs structurent et hiérarchisent la société française actuelle ?

Sujet officiel du baccalauréat, spécialité sciences économiques et sociales, session 2024. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.

Travailler ce sujet sur Adloun Sujet officiel (PDF) Corrigé complet (PDF)

Énoncé

Dissertation s'appuyant sur un dossier documentaire. Il est demandé au candidat : de répondre à la question posée par le sujet ; de construire une argumentation à partir d'une problématique qu'il devra élaborer ; de mobiliser des connaissances et des informations pertinentes pour traiter le sujet, notamment celles figurant dans le dossier ; de rédiger, en utilisant le vocabulaire économique et social spécifique approprié à la question et en organisant le développement sous la forme d'un plan cohérent qui ménage l'équilibre des parties. Il sera tenu compte, dans la notation, de la clarté de l'expression et du soin apporté à la présentation. Ce sujet comporte trois documents.

Quels facteurs structurent et hiérarchisent la société française actuelle ?

Document 1. Niveau de vie (1) médian selon la catégorie socioprofessionnelle en 2019 (diagramme en barres, en euros 2019 ; valeurs lues sur le graphique, arrondies à la centaine d'euros).

Catégorie socioprofessionnelleNiveau de vie médian (euros 2019)
Agriculteurs, artisans, commerçants, chefs d'entrepriseenviron 21 600
Cadres et professions intellectuelles supérieuresenviron 34 400
Professions intermédiairesenviron 25 900
Employésenviron 21 000
Ouvriersenviron 20 200
Ensembleenviron 24 000

{ Champ : France métropolitaine, individus actifs de 18 ans ou plus ayant déjà travaillé et vivant dans un ménage dont le revenu déclaré est positif ou nul et dont la personne de référence n'est pas étudiante. Source : INSEE, Enquête Revenus Fiscaux et Sociaux (ERFS), 2019. (1) Niveau de vie : revenu disponible du ménage rapporté au nombre de personnes composant le ménage.}

Document 2. Taux d'activité (1), taux de chômage et part du temps partiel dans l'emploi des 25--49 ans, selon le sexe et la situation de famille en 2020 (en %).

Taux d'activitéTaux de chômagePart du temps partiel
dans l'emploi
En %FemmesHommesFemmesHommesFemmesHommes
Pas en couple, sans enfant85,384,411,413,516,59,5
Pas en couple, avec enfants78,292,711,65,927,55,7
En couple, sans enfant88,093,86,96,414,35,4
En couple, avec enfants81,395,55,54,729,94,8
  dont : avec un enfant de moins de 3 ans82,294,76,06,423,25,5
  dont : avec trois enfants ou plus (un au moins de moins de 3 ans)47,592,612,19,745,77,3
Ensemble82,591,97,57,425,06,1

{ Champ : France hors Mayotte, personnes de 25 à 49 ans, ensemble (pour le taux d'activité), actives (pour le taux de chômage) ou en emploi (pour la part du temps partiel). Lecture : en 2020, parmi les femmes âgées de 25 à 49 ans vivant en couple avec un seul enfant de moins de trois ans, le taux d'activité est de 82,2 %, le taux de chômage est de 6,0 % et la part du temps partiel dans l'emploi est de 23,2 %. Source : « Femmes et hommes, l'égalité en question », INSEE Références, 2022. (1) Taux d'activité : rapport entre le nombre d'actifs (occupés et en recherche d'emploi) et l'ensemble de la population correspondante en âge de travailler.}

Document 3. Exemples d'activités culturelles réalisées au cours des douze derniers mois (2018, en %). Proportion de personnes qui…

… ont visité un musée ou une exposition… ont lu 20 livres et plus (hors bandes dessinées)… ont regardé la télévision tous les jours ou presque
15--24 ans331158
25--39 ans291071
40--59 ans321480
60 ans et plus242090
Hommes271076
Femmes301980
Aucun diplôme ou CEP (1)9890
Brevet ou CAP (2)191082
Bac ou équivalent301574
Études supérieures522468
Cadres622462
Employés et ouvriers18879
Commune rurale221481
De 20 000 à 100 000 habitants271481
Plus de 100 000 habitants301477
Paris intramuros (3)633156
Ensemble291578

{ Champ : population âgée de 15 ans et plus. Source : Département des études, de la prospective, des statistiques et de la documentation (DEPS) du Ministère de la Culture, Enquête Pratiques culturelles, 2020. (1) Certificat d'études primaires. (2) Certificat d'aptitude professionnelle. (3) Ville de Paris uniquement, hors communes de la banlieue parisienne.}

Corrigé

Analyse du sujet.

La structure sociale désigne la répartition de la population en groupes sociaux différenciés et hiérarchisés. Le sujet distingue deux opérations : un facteur structure la société lorsqu'il la répartit en groupes aux conditions d'existence et aux pratiques distinctes (les jeunes et les retraités, les urbains et les ruraux) ; il la hiérarchise lorsqu'il ordonne ces groupes du haut en bas d'une échelle de ressources, de prestige ou de pouvoir (cadres et ouvriers, diplômés et non-diplômés). Un même facteur peut faire les deux, et l'on attend que la copie le montre à chaque fois. La « société française actuelle » invite à s'appuyer sur des données récentes et à tenir compte des transformations depuis le milieu du XX<sup>e</sup> siècle (salarisation, tertiarisation, élévation des qualifications, féminisation de l'emploi), sans en faire le sujet. « Quels facteurs » appelle un inventaire raisonné, non un catalogue : il faut expliquer par quel mécanisme chaque facteur agit, et montrer comment les facteurs se combinent et se cumulent.

Le sujet relève du chapitre « Comment est structurée la société française actuelle ? ». Notions attendues : espace social, catégories socioprofessionnelles (PCS), capital économique, culturel et social (Bourdieu), classes sociales (Marx, Weber), rapports sociaux de genre, composition du ménage, position dans le cycle de vie, lieu de résidence, inégalités multiformes et cumulatives, distances inter- et intra-classes. Le débat sur la pertinence des classes (moyennisation de Mendras contre retour des classes de Chauvel) n'est pas le sujet : il ne peut servir qu'à éclairer le poids relatif des facteurs.

Les documents. Document 1 : en 2019, le niveau de vie médian des actifs varie d'environ 20 200 euros pour les ouvriers à environ 34 400 euros pour les cadres et professions intellectuelles supérieures, pour une médiane d'ensemble d'environ 24 000 euros : la PCS hiérarchise les revenus. Document 2 : en 2020, les femmes de 25 à 49 ans sont moins souvent actives que les hommes (82,5 % contre 91,9 %) et quatre fois plus souvent à temps partiel (25,0 % contre 6,1 %), et l'écart se creuse avec le nombre d'enfants : le sexe et la composition du ménage structurent les positions. Document 3 : en 2018, les pratiques culturelles (musée, lecture, télévision) varient selon l'âge, le sexe, le diplôme, la PCS et le lieu de résidence ; 52 % des diplômés du supérieur ont visité un musée contre 9 % des non-diplômés : le capital culturel et le territoire structurent les styles de vie.

Problématique.

La société française est-elle hiérarchisée par un principe unique, la position professionnelle et les ressources économiques et culturelles qui lui sont liées, ou par une pluralité de facteurs, sexe, composition du ménage, âge, territoire, qui croisent cette hiérarchie, la fragmentent et se cumulent avec elle, au point de dessiner un espace social à plusieurs dimensions ?

Plan détaillé.

I. La position socioprofessionnelle et les capitaux économique et culturel ordonnent la société en groupes hiérarchisés.

I.A. La catégorie socioprofessionnelle commande le revenu et les conditions d'existence. Affirmation : la profession est le premier principe de hiérarchisation, parce qu'elle détermine le revenu et, à travers lui, l'ensemble des conditions d'existence. Explication : la nomenclature des PCS de l'INSEE classe les actifs en six groupes selon la profession, le statut (salarié ou indépendant) et la qualification ; cette hiérarchie des qualifications est une hiérarchie des salaires, donc des niveaux de vie. Les théories des classes y voient le cœur de la structure sociale : pour Marx, la place dans les rapports de production oppose ceux qui possèdent le capital et ceux qui vendent leur force de travail ; pour Weber, les classes rassemblent ceux qui ont les mêmes chances d'accès aux biens sur le marché. Et ces inégalités de revenu en entraînent d'autres, de santé, de réussite scolaire, de patrimoine : elles sont cumulatives. Illustration : document 1 : en 2019, selon l'INSEE, le niveau de vie médian des cadres et professions intellectuelles supérieures est d'environ 34 400 euros, contre environ 20 200 euros pour les ouvriers, soit un écart d'environ 14 200 euros et un rapport de : le niveau de vie médian des cadres dépasse d'environ 70 % celui des ouvriers, ce qui rejoint l'ordre de grandeur du cours (environ 75 %). L'échelle est continue : cadres (34 400), professions intermédiaires (25 900), ensemble (24 000), employés (21 000), ouvriers (20 200). Employés et ouvriers, séparés de 800 euros seulement, forment un même bas de l'échelle, les classes populaires. Connaissances : à 35 ans, un homme cadre peut espérer vivre 6 ans de plus qu'un ouvrier ; 8 enfants de cadres sur 10 obtiennent un baccalauréat général, contre moins de 4 enfants d'ouvriers sur 10.

I.B. Le diplôme, capital culturel certifié, hiérarchise les positions et les styles de vie. Affirmation : le diplôme est un second principe de hiérarchisation, lié au premier mais distinct de lui. Explication : pour Pierre Bourdieu, le capital culturel (diplômes, savoirs, biens culturels) est une ressource au même titre que le capital économique. Certifié par l'école, il ouvre l'accès aux emplois qualifiés dans une société où près de la moitié d'une génération est diplômée du supérieur ; il commande aussi les goûts et les pratiques, qui deviennent des marqueurs de position (La Distinction, 1979) : la fréquentation de la culture légitime (musées, lecture) distingue les classes dotées, tandis que le « goût de nécessité » des classes populaires se tourne vers des loisirs domestiques comme la télévision. Le diplôme structure donc des groupes aux styles de vie différents, et il les hiérarchise, parce que ces styles de vie ne sont pas également légitimes ni également rentables. Illustration : document 3 : en 2018, selon le ministère de la Culture, 52 % des diplômés du supérieur ont visité un musée ou une exposition dans l'année, contre 9 % des personnes sans diplôme ou titulaires du seul certificat d'études, soit un écart de 43 points et une pratique près de six fois plus fréquente () ; 24 % ont lu vingt livres ou plus, contre 8 % (trois fois plus) ; inversement, 68 % regardent la télévision tous les jours contre 90 % ( points). La hiérarchie est strictement croissante avec le diplôme pour le musée (9, 19, 30, 52) et décroissante pour la télévision (90, 82, 74, 68). La PCS redouble ce clivage : 62 % des cadres ont visité un musée contre 18 % des employés et ouvriers ().

I.C. Le volume et la structure des capitaux, patrimoine compris, dessinent des classes dont les distances se re-creusent. Affirmation : revenu et diplôme ne s'additionnent pas simplement : c'est le volume global et la structure des capitaux qui fixent la position, et le patrimoine y occupe une place croissante. Explication : dans l'espace social de Bourdieu, les positions se différencient selon deux dimensions, le volume total des capitaux et leur composition : professeurs (riches en capital culturel) et chefs d'entreprise (riches en capital économique) occupent des positions distinctes au sein des classes supérieures. Le patrimoine, invisible dans la PCS, est plus concentré que le revenu et se transmet : les 10 % de ménages les mieux dotés en détiennent près de la moitié. C'est sur ce terrain que Louis Chauvel diagnostique un « retour des classes » : depuis les années 1980, le re-creusement des inégalités de patrimoine, la précarisation des classes populaires et la ségrégation résidentielle rouvrent les distances inter-classes que la moyennisation des Trente Glorieuses (Mendras) avait réduites, même si l'identification subjective aux classes reste faible. Illustration : document 1 : les agriculteurs, artisans, commerçants et chefs d'entreprise ont un niveau de vie médian d'environ 21 600 euros, à peine supérieur à celui des employés (21 000) ; leur position, appuyée sur un patrimoine professionnel (terres, fonds de commerce, entreprise) que le revenu déclaré sous-estime, ne se réduit pourtant pas à ce chiffre : le revenu courant ne mesure qu'une dimension de la hiérarchie, et la nomenclature masque l'hétérogénéité interne de ce groupe, du petit exploitant au chef d'entreprise. Document 3 : les cadres se distinguent de l'ensemble de la population dans les trois pratiques (musée 62 % contre 29 %, lecture 24 % contre 15 %, télévision quotidienne 62 % contre 78 %) : le style de vie fait classe.

II. Mais d'autres facteurs, sociodémographiques et territoriaux, structurent la société en croisant cette hiérarchie et en se cumulant avec elle.

II.A. Le sexe : les rapports sociaux de genre hiérarchisent à l'intérieur de chaque groupe. Affirmation : à profession et diplôme donnés, les femmes n'occupent pas la même position que les hommes. Explication : la socialisation différenciée et le partage inégal du travail domestique (les femmes en assurent environ les deux tiers) produisent une ségrégation professionnelle (concentration dans les métiers du soin, du commerce, du secrétariat), un recours massif au temps partiel, un plafond de verre dans les carrières et un écart de salaire d'environ 14 % en équivalent temps plein et 22 % tous temps de travail confondus. La féminisation de l'emploi depuis les années 1960 a rapproché les taux d'activité sans abolir ces rapports sociaux de genre, qui traversent toutes les classes. Illustration : document 2 : en 2020, selon l'INSEE, le taux d'activité des femmes de 25 à 49 ans est de 82,5 % contre 91,9 % pour les hommes ( points), et la part du temps partiel dans l'emploi de 25,0 % contre 6,1 %, soit quatre fois plus (). Le tableau révèle le mécanisme : sans enfant et hors couple, les femmes sont même légèrement plus actives que les hommes (85,3 % contre 84,4 %) ; c'est la parentalité qui creuse l'écart : en couple avec enfants, 81,3 % contre 95,5 % ( points) et 29,9 % de temps partiel contre 4,8 % (six fois plus) ; avec trois enfants ou plus dont un de moins de trois ans, 47,5 % contre 92,6 % ( points) et 45,7 % de temps partiel. Le taux d'activité des hommes, lui, est plus élevé avec des enfants que sans (95,5 % contre 93,8 % en couple, 92,7 % contre 84,4 % hors couple) : la charge parentale hiérarchise les sexes en sens inverse. Document 3 : le genre structure aussi les pratiques, 19 % des femmes lisant vingt livres ou plus contre 10 % des hommes.

II.B. La composition du ménage et la position dans le cycle de vie modulent les conditions d'existence. Affirmation : un même revenu individuel ne procure pas la même position selon la configuration du ménage et l'âge. Explication : le niveau de vie se calcule à l'échelle du ménage (document 1) : un salaire partagé entre un seul adulte et des enfants fait moins vivre que deux salaires mis en commun, et les familles monoparentales, composées à plus de 80 % d'une mère et de ses enfants, cumulent un seul revenu, souvent à temps partiel, et des charges. La position dans le cycle de vie compte aussi : étudiant, actif, retraité n'ont ni les mêmes ressources ni les mêmes pratiques ; le patrimoine s'accumule avec l'âge ; et chaque génération a été socialisée à des loisirs différents. L'âge structure ainsi la société en groupes distincts plus qu'il ne la hiérarchise, car ses effets se croisent. Illustration : document 2 : les femmes qui élèvent seules leurs enfants ont un taux de chômage de 11,6 % contre 5,9 % pour les hommes dans la même situation, deux fois plus, un taux d'activité de 78,2 % contre 92,7 %, et 27,5 % d'entre elles sont à temps partiel. Connaissance : en 2021, 32 % des personnes vivant en famille monoparentale sont pauvres, contre 7 % de celles qui vivent en couple sans enfant. Document 3 : 90 % des 60 ans et plus regardent la télévision tous les jours contre 58 % des 15--24 ans (32 points d'écart) ; mais les jeunes visitent davantage les musées (33 % contre 24 %) et lisent moins (11 % contre 20 %) : l'âge différencie les pratiques sans les ordonner sur une seule échelle.

II.C. Le lieu de résidence hiérarchise l'accès aux ressources, et tous ces facteurs se cumulent. Affirmation : le territoire est un facteur de structuration propre, qui concentre et amplifie les autres. Explication : les métropoles concentrent les emplois qualifiés, les services publics, l'offre culturelle, mais aussi les prix du logement ; la ségrégation résidentielle et scolaire sépare les groupes sociaux dans l'espace et transmet les positions ; le périurbain et le rural dépendants de la voiture forment une France populaire dont le mouvement des Gilets jaunes (2018) a rappelé les clivages avec les centres des métropoles. Surtout, les facteurs ne s'additionnent pas seulement, ils se cumulent : une employée à temps partiel, mère isolée dans une commune rurale éloignée de l'emploi, concentre les désavantages de la classe, du genre, du ménage et du territoire, tandis qu'un couple de cadres diplômés, propriétaires dans une métropole, cumule les avantages. Les inégalités sont multiformes et s'entretiennent mutuellement : c'est pourquoi la société se représente comme un espace à plusieurs dimensions plutôt que comme une échelle unique. Illustration : document 3 : 63 % des Parisiens ont visité un musée dans l'année contre 22 % des habitants des communes rurales, soit 41 points d'écart et une pratique près de trois fois plus fréquente () ; 31 % contre 14 % ont lu vingt livres ou plus ; 56 % contre 81 % regardent la télévision tous les jours. La pratique croît avec la taille de la commune (22, 27, 30, 63 %). Cet écart mêle un effet d'offre (les musées sont à Paris) et un effet de composition (Paris concentre cadres et diplômés) : c'est précisément le cumul des facteurs, territoire, classe et capital culturel, que le document donne à voir.

Introduction rédigée.

En 2019, le niveau de vie médian d'un cadre atteignait environ 34 400 euros, celui d'un ouvrier environ 20 200 euros (document 1) ; en 2018, 63 % des Parisiens avaient visité un musée dans l'année, contre 22 % des habitants des communes rurales (document 3). La société française n'est pas une juxtaposition d'individus interchangeables : elle est structurée, c'est-à-dire répartie en groupes sociaux aux conditions d'existence et aux pratiques distinctes, et hiérarchisée, c'est-à-dire que ces groupes sont ordonnés selon les ressources, le prestige et le pouvoir dont ils disposent. Pierre Bourdieu propose de la représenter comme un espace social où chaque individu occupe une position définie par le volume et la structure de ses capitaux, économique, culturel et social. Mais cette position ne dépend pas seulement de la profession et des capitaux : le sexe, la composition du ménage, l'âge et le lieu de résidence différencient aussi les individus, et ces facteurs se cumulent. Quels facteurs structurent et hiérarchisent donc la société française actuelle ? Plus précisément, la hiérarchie sociale repose-t-elle sur un principe unique, la position professionnelle et les ressources qui lui sont liées, ou sur une pluralité de facteurs qui se croisent et dessinent un espace à plusieurs dimensions ? Nous montrerons d'abord que la catégorie socioprofessionnelle, le revenu et le diplôme, autrement dit le volume et la structure des capitaux, ordonnent la société en groupes hiérarchisés (I), puis que d'autres facteurs, le sexe, la composition du ménage, la position dans le cycle de vie et le lieu de résidence, structurent la société en croisant cette hiérarchie et en se cumulant avec elle (II).

Conclusion rédigée.

La société française actuelle est d'abord hiérarchisée par la position socioprofessionnelle et les capitaux qui lui sont attachés : le niveau de vie médian des cadres dépasse d'environ 70 % celui des ouvriers, et le diplôme sépare des styles de vie inégalement légitimes, de 9 % à 52 % de visiteurs de musées entre non-diplômés et diplômés du supérieur. Ces écarts de revenu, de patrimoine et de capital culturel dessinent des classes dont les distances se sont rouvertes depuis les années 1980. Mais cette hiérarchie est traversée par d'autres facteurs : le sexe, qui hiérarchise les positions à l'intérieur de chaque groupe dès que des enfants sont présents (47,5 % de femmes actives contre 92,6 % d'hommes dans les familles nombreuses avec un enfant en bas âge) ; la composition du ménage et le cycle de vie, qui modulent les conditions d'existence ; le lieu de résidence, qui concentre les ressources dans les métropoles. Parce qu'ils se cumulent, ces facteurs font des inégalités un système et de la société un espace à plusieurs dimensions, non une simple échelle. Reste une question que la description laisse ouverte : ces groupes objectivement hiérarchisés se reconnaissent-ils comme tels ? La faiblesse de l'identification subjective aux classes et la vivacité des clivages révélés en 2018 par les Gilets jaunes suggèrent que la conscience des positions ne suit pas toujours leur structure.

Ce que le correcteur attend.

Notions incontournables : PCS, espace social et capitaux (Bourdieu), classes (Marx, Weber), rapports sociaux de genre, composition du ménage, cycle de vie, lieu de résidence, inégalités cumulatives. Chaque document doit être exploité avec ses données et des calculs (rapport cadres/ouvriers du document 1, écarts en points du document 2, gradients du document 3) et rattaché à un facteur nommé. Pièges : le plan-catalogue qui juxtapose les facteurs sans mécanisme ni articulation ; le glissement vers « peut-on encore parler de classes ? » (moyennisation contre retour des classes), hors-sujet s'il devient l'axe de la copie ; le document 2 réduit au taux d'activité d'ensemble alors que c'est la parentalité qui fait l'écart ; le document 3 lu comme un seul facteur (le diplôme) alors qu'il en croise cinq. Distinguer « structurer » et « hiérarchiser » (l'âge différencie plus qu'il n'ordonne) est ce qui sépare une bonne copie d'une excellente.

Poser une question au tuteur sur ce sujet