Corrigé bac SES 2024 Métropole jour 2 — EC partie 1 : Deux canaux de transmission d'une crise financière à l'économie réelle
Sujet officiel du baccalauréat, spécialité sciences économiques et sociales, session 2024. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.
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Énoncé
Épreuve composée. Cette épreuve comprend trois parties. Partie 1 — Mobilisation des connaissances : il est demandé au candidat de répondre à la question en faisant appel à ses connaissances acquises dans le cadre du programme. Partie 2 — Étude d'un document : il est demandé aux candidats de répondre aux questions en mobilisant ses connaissances acquises dans le cadre du programme et en adoptant une démarche méthodologique rigoureuse, de collecte et de traitement de l'information. Partie 3 — Raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire : il est demandé au candidat de traiter le sujet en développant un raisonnement, en exploitant les documents du dossier, en faisant appel à ses connaissances personnelles, en composant une introduction, un développement, une conclusion. Il sera tenu compte, dans la notation, de la clarté de l'expression et du soin apporté à la présentation.
Première partie : Mobilisation des connaissances (4 points).
Présentez deux canaux de transmission d'une crise financière à l'économie réelle.
Corrigé
Une crise financière est un effondrement brutal des prix d'actifs (actions, immobilier, obligations) et/ou des défaillances d'institutions financières, en premier lieu des banques, qui désorganisent le financement de l'économie ; elle naît le plus souvent de l'éclatement d'une bulle spéculative. L'économie réelle désigne, par opposition à la sphère financière, la production de biens et de services, l'investissement, la consommation et l'emploi. Un canal de transmission est le mécanisme par lequel le choc financier atteint ces grandeurs réelles : nous en présentons deux, l'effondrement du crédit et les effets de richesse négatifs.
**Premier canal : l'effondrement du crédit (credit crunch). Les banques touchées par la crise subissent des pertes sur les actifs qu'elles détiennent (titres dépréciés, crédits non remboursés), ce qui réduit leurs fonds propres ; par ailleurs, ne sachant plus quelles banques sont solvables, elles cessent de se prêter entre elles sur le marché interbancaire. Pour reconstituer leurs marges de sécurité, elles rationnent le crédit** : elles durcissent leurs conditions et refusent des prêts qu'elles auraient accordés auparavant. Or les entreprises financent par le crédit leurs investissements et leur trésorerie, et les ménages leurs achats de logements et de biens durables. Privés de crédit, les uns reportent ou annulent leurs projets, les autres réduisent leur consommation : la demande globale recule, la production et l'emploi suivent. Ainsi, après la faillite de Lehman Brothers, le 15 septembre 2008, le marché interbancaire s'est paralysé et les banques centrales ont dû prêter massivement aux banques en tant que prêteur en dernier ressort ; le commerce mondial a chuté de 12 % en 2009 et le PIB français a reculé de 2,9 %. En 1929--1933, la faillite de milliers de banques américaines avait de même asséché le crédit, et la production industrielle des États-Unis a été divisée par deux.
Deuxième canal : les effets de richesse négatifs. Un effet de richesse désigne l'influence de la valeur du patrimoine des ménages sur leur consommation. Lorsque les prix des actifs s'effondrent, les ménages qui détiennent des actions ou un logement voient la valeur de leur patrimoine diminuer : ils se sentent plus pauvres, alors même que leur revenu courant n'a pas encore changé. Ceux qui s'étaient endettés en comptant sur la valeur de leur bien doivent en outre se désendetter. Ils augmentent donc leur épargne pour reconstituer leur patrimoine et réduisent leur consommation, ce qui pèse à son tour sur la demande adressée aux entreprises, donc sur la production et l'emploi. Entre 2006 et 2009, les prix immobiliers américains ont chuté d'environ un tiers et l'indice Dow Jones a perdu 54 % entre le 9 octobre 2007 et le 9 mars 2009 ; le patrimoine net des ménages américains a reculé d'environ un cinquième et leur taux d'épargne a bondi, aggravant la récession.
Ces deux canaux se renforcent mutuellement, et la déflation par la dette (Irving Fisher, 1933) les boucle : pour se désendetter, les agents vendent leurs actifs, ce qui fait encore baisser les prix et alourdit le poids réel des dettes restantes. Une crise née sur les marchés financiers devient ainsi une récession de l'économie réelle.
Attendu du barème. Deux canaux distincts, chacun défini, expliqué par un enchaînement causal complet (choc financier, comportement des banques ou des ménages, demande, production et emploi) et illustré par un exemple daté ; l'effondrement de la confiance est accepté comme troisième canal. Une description de la crise sans mécanisme de transmission ne dépasse pas la moitié des points.