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Corrigé bac SES 2024 Métropole jour 2 — EC partie 2 : Bénévolat selon le diplôme et engagement politique

Sujet officiel du baccalauréat, spécialité sciences économiques et sociales, session 2024. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.

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Énoncé

Deuxième partie : Étude d'un document (6 points).

Proportion de bénévoles en associations selon le niveau de diplôme (données en %).

201920222023
Diplôme supérieur312729
Bac + 2292424
Niveau Bac211722
CAP, BEP (1)181517
Pas de diplôme, CEP, BEPC (2)151516
Ensemble242023

{ Source : d'après Recherches et Solidarités, « Les Français et le bénévolat », 02/03/2023. Lecture : en 2023 la proportion de bénévoles parmi les diplômés du supérieur est de 29 %. (1) CAP : Certificat d'Aptitude Professionnelle, BEP : Brevet d'Études Professionnelles. (2) CEP : Certificat d'Études Primaires ; BEPC : Brevet d'Études du Premier Cycle, examen que l'on passait en fin de classe de troisième, ancêtre du DNB.}

Questions :

  1. Comparez l'engagement bénévole selon le niveau de diplôme en 2023. (2 points)
  1. À l'aide du document et de vos connaissances montrez que l'engagement politique dépend de variables sociodémographiques. (4 points)

Corrigé

Le document est un tableau publié par l'association Recherches et Solidarités dans son enquête « Les Français et le bénévolat » (mars 2023). Il donne, pour trois années (2019, 2022 et 2023), la proportion (en %) de personnes qui déclarent être bénévoles dans une association, selon leur niveau de diplôme, du diplôme du supérieur à l'absence de diplôme. Le bénévolat associatif est l'une des formes de l'engagement politique au sens large retenu par le programme, aux côtés du vote, du militantisme, de la consommation engagée et de l'action protestataire.

Question 1. En 2023, selon Recherches et Solidarités, la proportion de bénévoles croît régulièrement avec le niveau de diplôme : 16 % des personnes sans diplôme ou titulaires du seul CEP ou BEPC sont bénévoles dans une association, 17 % des titulaires d'un CAP ou d'un BEP, 22 % des bacheliers, 24 % des diplômés à bac + 2 et 29 % des diplômés du supérieur. Écart entre les deux extrêmes : points de pourcentage ; rapport : : un diplômé du supérieur est près de deux fois plus souvent bénévole qu'une personne sans diplôme. La hiérarchie est stricte, aucun niveau ne dérogeant à l'ordre des diplômes, et elle se lit aussi par rapport à la moyenne : les diplômés du supérieur (29 %, soit 6 points au-dessus des 23 % de l'ensemble) et les bac + 2 (24 %) sont au-dessus de la moyenne, tandis que les bacheliers (22 %), les titulaires d'un CAP ou d'un BEP (17 %, soit 6 points au-dessous) et les non-diplômés (16 %) sont au-dessous. Les deux marches les plus hautes se situent entre le CAP-BEP et le bac ( points) et entre bac + 2 et le diplôme du supérieur ( points), alors que l'écart entre non-diplômés et CAP-BEP n'est que d'un point. Le bénévolat est donc d'autant plus fréquent que l'on est diplômé, avec un clivage net entre les diplômés du supérieur et les autres.

Question 2. L'engagement politique désigne l'ensemble des activités par lesquelles les citoyens participent à la vie politique : vote, militantisme dans un parti ou un syndicat, engagement associatif, consommation engagée, protestation. Les variables sociodémographiques sont les caractéristiques sociales (diplôme, catégorie socioprofessionnelle) et démographiques (âge, sexe) des individus. Montrer que l'engagement en dépend, c'est montrer qu'il n'est pas également réparti dans la population, mais socialement situé. Le document le prouve pour le diplôme ; le cours l'établit aussi pour l'âge et le sexe.

L'engagement croît avec le diplôme et la position sociale. Le diplôme donne le sentiment de compétence politique, c'est-à-dire de se sentir autorisé à avoir une opinion sur les affaires publiques et capable de la traduire en acte ; Daniel Gaxie parle d'un « cens caché » (Le Cens caché, 1978), une exclusion sans interdiction formelle des moins dotés en capital culturel. Les diplômés disposent en outre des ressources que réclame l'engagement, aisance à l'oral et à l'écrit, information, réseaux, et occupent des positions professionnelles qui laissent du temps et valorisent la prise de responsabilités. Le document en donne la mesure pour le bénévolat : en 2023, 29 % des diplômés du supérieur sont bénévoles contre 16 % des non-diplômés, soit 13 points d'écart. Cette hiérarchie est stable dans le temps : elle était de points en 2019 et de points en 2022, et l'ordre des niveaux de diplôme est conservé à chaque date (à une égalité près en 2022, non-diplômés et titulaires d'un CAP ou d'un BEP étant tous deux à 15 %). Le recul général du bénévolat en 2022 ( points pour l'ensemble), lié à la crise sanitaire, puis sa reprise en 2023 (23 %) n'ont pas effacé le gradient. Le vote obéit à la même logique : au premier tour de l'élection présidentielle de 2022, environ 34 % des inscrits sans diplôme ou titulaires du seul brevet se sont abstenus, contre 19 % des diplômés du supérieur (ordres de grandeur du cours) ; l'abstention est d'abord populaire.

L'âge et la génération modifient l'intensité et les formes de l'engagement. La position dans le cycle de vie éloigne les jeunes du vote : études, mobilité résidentielle qui rend la mal-inscription fréquente, insertion professionnelle inachevée, moindre sentiment d'être concerné ; l'abstention des 18--24 ans dépasse d'environ 20 points celle des seniors, et le vote des jeunes est intermittent (Anne Muxel), selon l'enjeu perçu du scrutin. Mais les jeunes investissent d'autres répertoires, protestataires et numériques : les grèves scolaires pour le climat de 2018--2019 ont été portées par une jeunesse en partie sans droit de vote. À l'autre bout du cycle de vie, les retraités, qui disposent de temps, dominent la vie associative locale. L'âge ne détermine donc pas seulement si l'on s'engage, mais comment.

Le sexe oriente les formes de l'engagement. Une socialisation différenciée et un moindre temps disponible, les femmes assurant environ les deux tiers du travail domestique, les ont longtemps tenues à l'écart des organisations politiques. Elles ont rattrapé l'écart de participation électorale et dominent aujourd'hui l'engagement associatif de solidarité (aide aux personnes, santé, éducation), mais restent minoritaires aux positions dirigeantes des partis, des syndicats et des grandes associations. S'y ajoute la socialisation politique familiale : l'engagement se transmet, les enfants de familles politisées ou de traditions militantes s'engageant plus souvent que les autres.

Au total, le diplôme et la position sociale commandent l'intensité de l'engagement, l'âge et le sexe en orientent les formes : l'engagement politique est socialement situé, ce qui pose un problème démocratique, puisque les préférences des moins diplômés sont sous-représentées dans le vote comme dans la vie associative.

Attendu du barème. Question 1 : une lecture correcte des données (source, année, unité), un ou deux calculs (écart en points, rapport) et une phrase de comparaison qui dégage le gradient et le clivage supérieur/autres. Question 2 : la définition de l'engagement politique incluant le bénévolat, au moins deux variables distinctes dont le diplôme appuyé sur le document avec ses données, chaque variable expliquée par un mécanisme (compétence politique, cycle de vie, socialisation) et non seulement constatée.

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