Corrigé bac SES 2025 Métropole jour 1 — EC partie 2 : Croissance du PIB et de la PGF (Allemagne, France, Japon)
Sujet officiel du baccalauréat, spécialité sciences économiques et sociales, session 2025. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.
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Énoncé
Deuxième partie : Étude d'un document (6 points). Il est demandé aux candidats de répondre aux questions en mobilisant ses connaissances acquises dans le cadre du programme et en adoptant une démarche méthodologique rigoureuse, de collecte et de traitement de l'information.
Document. Taux de croissance annuel du PIB et taux de croissance annuel de la PGF<sup>1</sup> (en %).
| Années | Allemagne | France | Japon | |||
|---|---|---|---|---|---|---|
| PIB | PGF | PIB | PGF | PIB | PGF | |
| 2010 | 4,18 | 2,42 | 2,00 | 0,90 | 4,10 | 3,28 |
| 2012 | 0,42 | 0,22 | 0,18 | 1,37 | 1,04 | |
| 2014 | 2,21 | 1,02 | 1,00 | 0,42 | 0,30 | |
| 2016 | 2,23 | 1,15 | 0,86 | 0,75 | 0,05 | |
| 2018 | 0,98 | 1,65 | 0,07 | 0,64 | 0,38 | |
| 2020 | ||||||
| 2022 | 1,81 | 0,48 | 2,57 | 0,95 | 0,67 |
{ Source : d'après l'OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économique), 2024.
1 : Taux de croissance annuel de la productivité globale des facteurs. Ce taux ne correspond pas à la contribution de la PGF à la croissance économique.}
Questions :
- À l'aide des données du document, vous comparerez l'évolution du PIB en France et en Allemagne, en 2020 et 2022. (2 points)
- À l'aide du document et de vos connaissances, vous montrerez que l'accroissement de la productivité globale des facteurs est source de la croissance économique. (4 points)
Corrigé
Question 1. Le document donne, selon l'OCDE, le taux de croissance annuel du PIB, c'est-à-dire la variation en pourcentage de la production d'une année sur l'autre. En 2020, année de la crise sanitaire, le PIB a reculé dans les deux pays, mais bien plus en France : il a diminué de 7,44 % par rapport à 2019, contre 3,83 % en Allemagne. Écart en points de pourcentage : points ; rapport des deux reculs : : la récession française a été près de deux fois plus profonde que la récession allemande. En 2022, année de reprise après la pandémie, le PIB a augmenté dans les deux pays, cette fois davantage en France : % contre % en Allemagne, soit point d'écart et un rythme fois plus rapide.
Lecture : dans les deux années, les PIB français et allemand évoluent dans le même sens, forte baisse en 2020, hausse en 2022, mais avec une amplitude différente : la France, plus touchée par les confinements (poids du tourisme, de l'aéronautique, des services), chute presque deux fois plus fort en 2020, puis rebondit plus vivement en 2022, en partie par effet de rattrapage, tandis que l'Allemagne, moins frappée en 2020, connaît une reprise plus molle en 2022, freinée par la crise énergétique. L'écart s'est donc inversé, mais le document ne donne pas 2021 : il ne permet pas de dire lequel des deux pays a, sur l'ensemble de la période, le mieux retrouvé son niveau de production de 2019.
Question 2. La croissance économique est l'augmentation soutenue de la production, mesurée par le taux de variation du PIB en volume. La comptabilité de la croissance la décompose en deux sources : l'augmentation des quantités de facteurs de production, travail et capital (croissance extensive), et l'augmentation de l'efficacité de leur combinaison, mesurée par la productivité globale des facteurs (PGF) : produire plus avec autant de travail et de capital (croissance intensive). La PGF est un « résidu », la part de la croissance qui ne s'explique pas par les quantités de facteurs ; elle reflète essentiellement le progrès technique (innovations de produit et de procédé, meilleure organisation du travail, diffusion du numérique). La note du document rappelle que le taux de croissance de la PGF n'est pas sa contribution à la croissance : il mesure de combien l'efficacité productive a progressé, non le nombre de points de croissance qu'elle apporte.
Premier mécanisme : à quantités de facteurs données, un accroissement de la PGF se traduit directement par un surcroît de production. Une innovation de procédé (un pétrin plus rapide, un logiciel de gestion des stocks) permet de produire davantage avec la même main-d'œuvre et les mêmes machines ; une innovation de produit crée de nouveaux marchés, selon le processus de destruction créatrice décrit par Joseph Schumpeter, qui détruit les activités obsolètes en créant des activités plus productives. Le document le montre : dans les trois pays, 2010, l'année où la PGF progresse le plus, est aussi celle de la plus forte croissance du PIB (la deuxième en France, derrière 2022, cas examiné plus bas). En 2010, selon l'OCDE, la PGF augmente de 2,42 % en Allemagne et le PIB de 4,18 % ; au Japon, la PGF gagne 3,28 % et le PIB 4,10 % ; en France, la PGF ne croît que de 0,90 % et le PIB de 2,00 %. En Allemagne encore, les deux bonnes années 2014 et 2016 (PIB à % et %) sont celles où la PGF croît de plus de 1 % (1,02 et 1,15), tandis que l'année 2018, où la PGF stagne ( %), voit la croissance retomber à 0,98 %. Au Japon, la faible croissance de 2014 (0,30 %) coïncide avec un recul de la PGF ( %). La corrélation est nette, même si, en 2020, la chute simultanée du PIB et de la PGF ( % en France) reflète surtout la sous-utilisation des facteurs pendant les confinements, les entreprises ayant conservé leurs salariés grâce au chômage partiel alors que la production s'effondrait : le résidu enregistre alors la crise, non un recul du progrès technique.
Second mécanisme : la PGF est la seule source d'une croissance durable. Robert Solow a montré que l'accumulation du capital se heurte aux rendements décroissants : à technologie donnée, chaque machine supplémentaire ajoutée à un même nombre de travailleurs rapporte moins que la précédente, si bien que la croissance extensive s'essouffle. Seul le progrès technique, en élevant l'efficacité de tous les facteurs, permet une hausse continue de la production par tête. Les théories de la croissance endogène (Romer, Lucas) ajoutent que ce progrès technique résulte d'investissements en capital humain (éducation), technologique (recherche-développement, brevets) et public (infrastructures), qui produisent des externalités positives et s'auto-entretiennent. Le cours l'illustre pour la France : pendant les Trente Glorieuses, la PGF expliquait à elle seule plus de la moitié d'une croissance de 5 % par an ; sur 2000--2025, sa contribution est tombée à 0,4 point sur 1,4 % de croissance, et ce ralentissement de la PGF est au cœur du débat sur la « stagnation séculaire ».
Le document invite toutefois à une nuance : la PGF n'est pas la seule source de la croissance. En France, en 2022, le PIB augmente de 2,57 % alors que la PGF recule de 1,57 % : cette croissance provient de l'accumulation de facteurs, en particulier d'un fort accroissement de l'emploi, et non de gains d'efficacité ; de même, le PIB allemand croît de 0,98 % en 2018 avec une PGF quasi stable. Une croissance sans PGF est possible à court terme, par mobilisation de travail ou de capital supplémentaires ; mais elle se heurte aux rendements décroissants et à la limite des ressources disponibles. À long terme, c'est bien l'accroissement de la productivité globale des facteurs, c'est-à-dire le progrès technique, qui est la source décisive de la croissance économique.