Corrigé bac SES 2025 Métropole jour 1 — EC partie 3 : La transformation de la structure socioprofessionnelle en France depuis 1950
Sujet officiel du baccalauréat, spécialité sciences économiques et sociales, session 2025. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.
Énoncé
Troisième partie : Raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire (10 points). Il est demandé au candidat de traiter le sujet : en développant un raisonnement ; en exploitant les documents du dossier ; en faisant appel à ses connaissances personnelles ; en composant une introduction, un développement, une conclusion. Cette partie comporte trois documents.
Sujet : À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que la structure socioprofessionnelle en France s'est transformée depuis la seconde moitié du vingtième siècle.
Document 1. Catégorie socioprofessionnelle des personnes en emploi de 1982 à 2022 (graphique en courbes, en % ; valeurs lues sur le graphique, arrondies au demi-point).
| En % des personnes en emploi | 1982 | 1990 | 2002 | 2010 | 2022 |
|---|---|---|---|---|---|
| Agriculteurs | 7,5 | 6 | 3 | 2,5 | 1,5 |
| Artisans, commerçants et chefs d'entreprise | 8 | 7,5 | 5,5 | 6 | 7 |
| Cadres | 8 | 11 | 14,5 | 17 | 21,5 |
| Professions intermédiaires | 19 | 20 | 22 | 23,5 | 25 |
| Employés | 26,5 | 28 | 30 | 29,5 | 26 |
| Ouvriers | 30 | 26,5 | 24 | 21 | 19 |
{ La courbe des employés culmine un peu au-dessus de 30 % entre 2002 et 2008 ; celle des cadres dépasse celle des ouvriers vers 2020.
Champ : France hors Mayotte, personnes vivant en logement ordinaire, en emploi.
Source : INSEE, Enquêtes Emploi, 2023.}
Document 2. Élévation du niveau de diplôme des actifs entre 1994 et 2019 (en % ; graphique à barres, valeurs inscrites sur le graphique).
| Niveau de diplôme | 1994 | 2019 |
|---|---|---|
| Bac+3 et plus | 9 | 25 |
| Bac+2 | 9 | 16 |
| Bac | 12 | 21 |
| CAP ou équivalent | 32 | 23 |
| Aucun diplôme ou brevet des collèges | 38 | 15 |
{ Champ : ensemble des actifs occupés du secteur privé hors agriculture (hors salariés de l'État et des collectivités territoriales).
Source : CÉREQ (Centre d'Études et de REcherches sur les Qualifications, données INSEE), 2021.}
Document 3.
Depuis le début des années 1960, du nord au sud de l'Europe, on assiste à une croissance spectaculaire de l'activité féminine pendant que l'emploi masculin est frappé d'immobilisme ou de déclin. C'est dans ces années que démarre le mouvement de féminisation de la population active qui se poursuit aujourd'hui.
La constance de cette croissance constitue, en soi, un événement majeur : pour la première fois dans l'histoire du salariat, les femmes entrent massivement sur le marché du travail en période de chômage et de pénurie d'emploi. Un événement imprévu aussi : tout le monde s'attendait, il y a quarante ans, à ce que la crise chasse les femmes du monde du travail. Tous et toutes guettaient les signes avant-coureurs d'un inévitable « retour au foyer ». Les plus optimistes pensaient que, pour le moins, la crise casserait le mouvement d'ascension des taux d'activité féminine, les ferait stagner. En dépit de ces prévisions, l'activité féminine n'a cessé d'augmenter tout au long des années 1980 à 2016 : l'hypothèse d'un plafonnement de l'essor de l'activité féminine a été démentie. Les femmes ne fonctionnent pas – ne fonctionnent plus – comme une « armée de réserve », c'est-à-dire comme un volant de main-d'œuvre précaire appelé à travailler pendant les périodes d'expansion économique et de pénurie de main-d'œuvre, expulsées du marché du travail dans les moments de crise et de chômage.
{ Source : Margaret MARUANI, Travail et emploi des femmes, 2017.}
Corrigé
Introduction. En 1982, les ouvriers formaient le premier groupe des personnes en emploi en France, environ 30 %, et les cadres à peine 8 % ; en 2022, les cadres (environ 21,5 %) sont devenus plus nombreux que les ouvriers (environ 19 %) (document 1). La structure socioprofessionnelle désigne la répartition de la population active entre les groupes de la nomenclature des professions et catégories socioprofessionnelles (PCS) de l'INSEE, créée en 1954 et refondue en 1982 puis en 2020, qui classe les actifs selon la profession, le statut (salarié ou indépendant) et la qualification en six groupes : agriculteurs exploitants ; artisans, commerçants et chefs d'entreprise ; cadres et professions intellectuelles supérieures ; professions intermédiaires ; employés ; ouvriers. Dire qu'elle s'est transformée depuis la seconde moitié du XXe siècle, c'est montrer que le poids de ces groupes, et leur composition, ne sont plus ceux de la France des années 1950, paysanne et ouvrière, où les femmes restaient largement au foyer. Nous montrerons que la salarisation et la tertiarisation ont fait reculer les indépendants et les ouvriers au profit des emplois de services (I), que l'élévation du niveau de qualification a fait grossir les cadres et les professions intermédiaires (II), et que la féminisation de la population active a changé la composition des groupes sans effacer les inégalités (III).
I. Salarisation et tertiarisation : le déclin des indépendants et des ouvriers, l'essor des emplois de services. Affirmation : la France est passée d'une société paysanne et industrielle à une société de salariés des services. Explication : la salarisation désigne la hausse de la part des salariés parmi les actifs, sous l'effet du déclin des agriculteurs et des petits indépendants, absorbés par les grandes entreprises, la grande distribution et les administrations ; la tertiarisation désigne le déplacement de l'emploi de l'agriculture et de l'industrie vers les services, sous l'effet des gains de productivité agricoles et industriels, de la désindustrialisation et de la hausse de la demande de services (santé, éducation, commerce, loisirs). Le groupe ouvrier, figure centrale du salariat des Trente Glorieuses, en est la première victime ; le groupe des employés, qui concentre les emplois d'exécution du tertiaire, en est le premier bénéficiaire. Illustration : document 1 : selon l'INSEE, la part des agriculteurs dans l'emploi est passée d'environ 7,5 % en 1982 à environ 1,5 % en 2022, soit une division par cinq ; celle des artisans, commerçants et chefs d'entreprise d'environ 8 à 7 % : les deux groupes d'indépendants, qui pesaient ensemble environ 15,5 % des emplois en 1982, n'en représentent plus qu'environ 8,5 %, et le cours rappelle que près de 88 % des actifs occupés sont aujourd'hui salariés. Les ouvriers reculent d'environ 30 % des emplois en 1982 à environ 19 % en 2022, soit points et une baisse relative de plus du tiers () ; ils représentaient encore 37 % des actifs en 1975. À l'inverse, les employés, partis d'environ 26,5 % en 1982, culminent un peu au-dessus de 30 % entre 2002 et 2008 avant de revenir à environ 26 % en 2022, et plus de trois emplois sur quatre relèvent désormais des services. La légère remontée des artisans, commerçants et chefs d'entreprise depuis la fin des années 2000 (d'environ 5,5 à 7 %) tient au statut de micro-entrepreneur et aux plateformes, sans renverser la tendance.
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