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Corrigé bac SES 2025 Métropole jour 2 — EC partie 2 : Émissions de gaz à effet de serre 1990-2021 et passager clandestin

Sujet officiel du baccalauréat, spécialité sciences économiques et sociales, session 2025. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.

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Énoncé

Deuxième partie : Étude d'un document (6 points).

Évolution des émissions de gaz à effet de serre dans le monde entre 1990 et 2021 (indice base 100 en 1990). Graphique à six courbes (États-Unis, UE à 27, France, Chine, Inde, Monde) ; valeurs lues sur le graphique, approximatives (à quelques points d'indice près).

Indice (base 100 en 1990)19902000200520102015201920202021
Chine100135215290330360365380
Inde100135150200240260255260
Monde100110130140150157153158
États-Unis1001151151081031009093
France1001001009486827377
UE à 2710092948780787072

{ Source : d'après le Ministère de la Transition Écologique, 2022.}

Questions :

  1. À l'aide des données du document, vous comparerez l'évolution des émissions de gaz à effet de serre en Chine et dans le monde entre 1990 et 2021. (2 points)
  1. À l'aide du document et de vos connaissances, vous montrerez que les négociations internationales liées à la préservation de l'environnement sont contraintes par des stratégies de passager clandestin. (4 points)

Corrigé

Le document est un graphique publié par le ministère de la Transition écologique en 2022. Il retrace, de 1990 à 2021, l'évolution des émissions de gaz à effet de serre de quatre pays (États-Unis, France, Chine, Inde), de l'Union européenne à 27 et du monde, sous forme d'indices base 100 en 1990 : chaque courbe mesure l'évolution des émissions d'une zone par rapport à son propre niveau de 1990, ce qui permet de comparer des rythmes, mais ne dit rien des niveaux absolus : un indice de 380 ne signifie pas que la Chine émet plus que le monde, mais que ses émissions ont été multipliées par 3,8.

Question 1. Entre 1990 et 2021, les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté en Chine comme dans le monde, mais à des rythmes sans commune mesure. Selon le ministère de la Transition écologique, l'indice des émissions chinoises atteint environ 380 en 2021 (base 100 en 1990) : les émissions de la Chine ont été multipliées par environ 3,8, soit une hausse de en trente et un ans. Dans le même temps, l'indice mondial atteint environ 158 : les émissions mondiales ont été multipliées par environ 1,6, soit une hausse d'environ . La hausse relative chinoise est donc près de cinq fois plus forte que la hausse mondiale (), et l'écart entre les deux indices atteint points en 2021. Les rythmes diffèrent aussi dans le temps : jusqu'au début des années 2000, les deux courbes progressent modérément (environ 135 pour la Chine et 110 pour le monde en 2000) ; puis les émissions chinoises décollent, passant d'environ 135 en 2000 à environ 330 en 2015 (plus qu'un doublement en quinze ans), quand le monde passe d'environ 110 à 150 ; enfin, après un palier chinois vers 2013--2016, la hausse reprend jusqu'à 380 en 2021, alors que l'indice mondial ne gagne que 8 points entre 2015 et 2021, avec un recul en 2020 (environ 153, année de la pandémie) que la Chine ne connaît pas. La Chine émettant aujourd'hui près d'un tiers du CO mondial, sa trajectoire explique une large part de la hausse mondiale, que la baisse des pays développés ne compense pas.

Question 2. Le climat est un bien commun mondial : nul ne peut être exclu des bienfaits d'une atmosphère stable (non-exclusion), mais les émissions de chacun dégradent ce que tous partagent (rivalité). Il en résulte, pour chaque État, une tentation de passager clandestin : le mécanisme, décrit par Mancur Olson (Logique de l'action collective, 1965) pour les individus et transposé aux nations, veut que chaque tonne de gaz à effet de serre évitée par un pays profite à la planète entière, alors que son coût (fermeture de centrales, taxe carbone, investissements) est supporté par lui seul. Un État rationnel a donc intérêt à laisser les autres fournir l'effort tout en profitant du résultat ; et si tous raisonnent ainsi, personne n'agit. Cette logique contraint les négociations internationales de trois façons.

D'abord, elle rend l'effort des uns vain sans l'effort des autres, ce qui décourage les pays vertueux. Le document le montre : entre 1990 et 2021, l'Union européenne à 27 a ramené son indice à environ 72 (une baisse d'environ 28 %) et la France à environ 77 (environ ), grâce à des instruments coûteux (marché européen des quotas depuis 2005, taxe carbone, normes) ; les États-Unis n'ont réduit leurs émissions que d'environ 7 % (indice environ 93). Or, dans le même temps, la Chine a multiplié les siennes par 3,8 et l'Inde par 2,6, si bien que les émissions mondiales ont augmenté de 58 %. Le bénéfice climatique de l'effort européen est partagé par tous, y compris par ceux qui n'ont rien fait, tandis que son coût économique (compétitivité, délocalisations, ce que l'on nomme les fuites de carbone) est supporté par les seuls Européens : chaque pays a intérêt à attendre que les autres commencent, et les négociations butent sur la question « qui paie en premier ? ».

Ensuite, elle a fait échouer la logique contraignante et n'a laissé subsister que des engagements volontaires. Le protocole de Kyoto (1997) imposait des objectifs contraignants aux seuls pays développés, au nom des « responsabilités communes mais différenciées » (Rio, 1992) : les États-Unis ne l'ont jamais ratifié, refusant un effort dont la Chine et l'Inde étaient exemptées, et le Canada s'en est retiré en 2011 ; le document confirme que les émissions américaines ont continué de croître jusqu'au milieu des années 2000 (indice environ 115 en 2005). L'accord de Paris (COP21, 2015, 195 parties) a rétabli l'universalité, mais au prix d'un abandon de la contrainte : l'objectif commun (réchauffement « nettement en dessous de 2 °C ») repose sur des contributions déterminées au niveau national, volontaires, sans aucune sanction ; en l'absence d'autorité mondiale capable de punir la défection, les États-Unis ont pu annoncer leur retrait en 2017, puis de nouveau en janvier 2025, sans autre conséquence que diplomatique. Le résultat est un accord au plus petit dénominateur commun : les engagements actuels conduisent à un réchauffement d'environ 2,5 à 3 °C, et le document montre qu'après Kyoto comme après Paris, l'indice mondial a continué de monter (environ 150 en 2015, 158 en 2021) : seules la crise de 2009 et la pandémie de 2020 l'ont fait reculer.

Enfin, le passager clandestin se nourrit des inégalités entre pays, chacun invoquant le critère qui le désigne comme non responsable. Les pays développés pointent les émissions totales et leur croissance : la Chine est le premier émetteur mondial (environ 31 % du CO fossile en 2022) et sa courbe domine le document. Les pays émergents répondent par les émissions par habitant (environ 8 tonnes de CO par Chinois et 2 par Indien, contre 15 par Américain) et par le stock accumulé depuis 1850, dû pour l'essentiel aux pays du Nord (États-Unis environ 25 %, Union européenne 17 %, Chine 14 %, Inde 3 %) ; ils conditionnent leur effort aux financements promis, dont les 100 milliards de dollars par an annoncés en 2009 pour 2020, réunis seulement en 2022. Chaque partie a ainsi de bonnes raisons de demander à l'autre de commencer, et les conférences des parties s'enlisent dans le partage de l'effort. C'est pour limiter cette défection que l'Union européenne met en place un mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (2026), qui fait payer aux importations le prix du carbone acquitté par les producteurs européens : à défaut d'un accord contraignant, on tente de rendre le passager clandestin payant.

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