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Corrigé bac SES 2025 Métropole jour 2 — EC partie 3 : Les avantages du protectionnisme

Sujet officiel du baccalauréat, spécialité sciences économiques et sociales, session 2025. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.

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Énoncé

Troisième partie : Raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire (10 points). Cette partie comporte trois documents.

Sujet : À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que le recours au protectionnisme peut présenter des avantages.

Document 1. […] Le retour du protectionnisme aux États-Unis initié par le président Donald Trump a mis également un coup d'arrêt à la globalisation. En 2018, Donald Trump avait activé divers tarifs douaniers pour donner une bouffée d'oxygène aux industries affaiblies par les importations provenant du reste du monde, tout en ciblant la Chine en priorité.

L'administration Biden a maintenu ces tarifs élevés et a mis un tour de vis agressif depuis 2022 avec la mise en place d'une politique industrielle à l'ancienne.

L'Inflation Reduction Act (1) (2022) est un méga-programme de subventions et exonérations fiscales, à hauteur de quasi 400 milliards de dollars sur 10 ans, pour les industries engagées dans la transition énergétique. Les subventions peuvent avoir un effet de levier puissant et attirer de nombreux investissements privés américains et internationaux dans ces secteurs. Le décret favorise les entreprises installées sur le territoire américain. Par exemple, l'achat d'une voiture électrique est éligible à une subvention de 7 500 dollars par ménage à condition que le véhicule soit fabriqué dans les pays de l'ALENA (2) (États-Unis, Canada, Mexique). Indépendamment de la moindre efficacité sur le climat d'une politique de subventions comparée à une taxe carbone, cette politique va réorienter des investissements vers les États-Unis au détriment notamment de l'Europe. Si une entreprise internationale souhaite développer une solution de production d'hydrogène vert, le programme américain va rendre le projet plus rentable s'il est lancé aux États-Unis comparé à l'Europe. C'est par exemple le cas de la société australienne Fortescue qui constate la perte de l'attractivité de l'Union européenne face aux aides américaines.

Le CHIPS and Science Act (3) (2022) est un programme de plus de 280 milliards de dollars, dont un peu plus de 50 milliards de dollars ciblent la construction d'une industrie de production de microprocesseurs avancés aux États-Unis. À ce jour, les composants avancés (circuits inférieurs à 10 nanomètres (4)) sont exclusivement produits en Asie (90 % à Taiwan et 10 % en Corée du Sud), alors que les États-Unis et l'Europe sont bien positionnés dans le design de ces composants. […]

{ Source : Marc Guyot et Radu Vranceanu, « L'UE à l'heure du choix face au retour du protectionnisme et du chacun pour soi », La Tribune, 13 février 2023. (1) Loi sur la réduction de l'inflation. (2) Accord de Libre-Échange Nord-Américain. (3) Loi sur les microprocesseurs et la science. (4) Nanomètre = 1 millionième de millimètre.}

Document 2. Part de la production mondiale de panneaux solaires (1) par pays ou grandes régions, données en % (diagramme circulaire ; valeurs imprimées sur le graphique).

Pays ou régionPart (en %)
Chine77,8
Vietnam6,4
Reste du monde4,2
Malaisie2,8
Corée du Sud1,9
États-Unis1,9
Inde1,9
Thaïlande1,2
Europe0,6
Taïwan0,5
Canada0,4
Singapour0,3
Japon0,1

{ Source : d'après Agence Internationale de l'Énergie, rapport Trends in photovoltaic applications (Les tendances dans l'utilisation du photovoltaïque), 2023. (1) La production de panneaux solaires est comptabilisée dans l'industrie. En Chine, elle a été fortement subventionnée par l'État.}

Document 3. Part des emplois par secteurs d'activité en France entre 1950 et 2020, en % du nombre total d'heures travaillées dans l'année (graphique à cinq courbes ; valeurs lues sur le graphique, arrondies à l'unité, sauf celles données par la note de lecture du sujet).

Secteur (en % des heures travaillées)1950197520002020
Agricultureenviron 35environ 15environ 6environ 4
Industrie (hors construction)20environ 23environ 1510
Constructionenviron 6environ 9environ 6environ 7
Tertiaire marchandenviron 26environ 34environ 47environ 51
Tertiaire non marchandenviron 12environ 19environ 26environ 27

{ Source : d'après EUROSTAT, 2024. Lecture : en 1950, 20 % des heures travaillées en France l'étaient dans l'industrie (hors construction), contre seulement 10 % en 2020.}

Corrigé

Introduction.

En 2018, les États-Unis, longtemps champions du libre-échange, relèvent leurs droits de douane ; en 2022, ils y ajoutent près de 400 milliards de dollars de subventions réservées aux productions installées sur leur sol (document 1). Le protectionnisme désigne l'ensemble des mesures par lesquelles un État protège ses producteurs de la concurrence étrangère : droits de douane (tarifs), quotas, mais aussi barrières non tarifaires comme les normes, les subventions ou la préférence nationale dans les achats publics. Il s'oppose au libre-échange, politique de suppression des obstacles aux échanges que l'OMC organise depuis 1995 et que la théorie des avantages comparatifs de Ricardo justifie par les gains de la spécialisation. Ces gains sont pourtant des gains moyens, et l'échange se déroule entre États inégalement armés : le recours au protectionnisme peut alors présenter des avantages. Nous montrerons qu'il permet de faire naître des industries et de rattraper un retard (I), qu'il protège les emplois et les territoires des perdants de la mondialisation (II), et qu'il garantit la souveraineté face à des dépendances et à une concurrence déloyale (III).

I. Protéger une industrie naissante lui permet de devenir compétitive.

Affirmation : une industrie nouvelle ne peut affronter, dès ses débuts, des concurrents étrangers déjà installés ; une protection temporaire lui donne le temps d'acquérir un avantage comparatif. Explication : selon Friedrich List (XIX<sup>e</sup> siècle), les concurrents établis bénéficient d'économies d'échelle et d'un apprentissage qui abaissent leurs coûts ; une industrie naissante, exposée trop tôt au libre-échange, disparaît avant d'avoir atteint la taille qui la rendrait rentable. Des droits de douane ou des subventions lui procurent un marché intérieur protégé et des capitaux, le temps de descendre sa courbe de coûts ; une fois compétitive, la protection peut être levée et l'industrie exporte. L'avantage comparatif n'est donc pas seulement hérité des dotations factorielles, il se construit. Illustration : document 2 : la Chine, dont la production de panneaux solaires « a été fortement subventionnée par l'État », assure 77,8 % de la production mondiale selon l'Agence internationale de l'énergie (2023), contre 1,9 % pour les États-Unis et 0,6 % pour l'Europe : elle produit environ 41 fois plus que les premiers () et environ 130 fois plus que la seconde (). Avec le Vietnam (6,4 %), la Malaisie (2,8 %) et la Thaïlande (1,2 %), où les fabricants chinois ont installé des usines, l'Asie du Sud-Est et la Chine réunissent 88,2 % de la production mondiale. Une politique industrielle protectrice a fait d'un secteur marginal au début des années 2000 un quasi-monopole mondial. Les États-Unis reprennent aujourd'hui la recette (document 1) : le CHIPS and Science Act (2022) consacre plus de 50 milliards de dollars à « la construction d'une industrie de production de microprocesseurs avancés aux États-Unis », industrie qu'ils ne possèdent pas, et l'Inflation Reduction Act réserve la subvention de 7 500 dollars à l'achat d'une voiture électrique aux véhicules fabriqués dans les pays de l'ALENA, ce qui attire les investissements : la société australienne Fortescue « constate la perte de l'attractivité de l'Union européenne face aux aides américaines ». Connaissance : la Corée du Sud a protégé et subventionné son automobile et son électronique dans les années 1960--1980 avant d'en faire des champions exportateurs.

II. Protéger les emplois et les territoires des perdants de la mondialisation.

Affirmation : le protectionnisme préserve les emplois et le tissu social des secteurs et des régions concurrencés par les importations. Explication : les gains du commerce international sont des gains moyens : l'ouverture fait des gagnants (consommateurs, secteurs exportateurs, travailleurs qualifiés) et des perdants, les travailleurs peu qualifiés des industries concurrencées par les pays à bas salaires. Ces perdants sont concentrés dans des bassins d'emploi où les emplois détruits ne sont pas remplacés : David Autor, David Dorn et Gordon Hanson estiment que le « choc chinois » explique environ un quart du recul de l'emploi manufacturier américain entre 1990 et 2007, avec un chômage durable et une baisse des salaires dans les zones exposées. Des droits de douane freinent les importations, redonnent des débouchés aux producteurs nationaux et leur laissent le temps de se moderniser ou de se reconvertir ; ils évitent à la collectivité les coûts du chômage (indemnisation, transferts sociaux, déclin des territoires) que le libre-échange fait peser sur quelques-uns. Illustration : document 3 : en France, l'industrie hors construction occupait 20 % des heures travaillées en 1950 et encore environ 23 % vers 1975, contre 10 % en 2020, soit une part divisée par deux depuis 1950 et par plus de deux depuis le pic des années 1970 ; le recul s'est poursuivi après l'entrée de la Chine à l'OMC (environ 15 % en 2000, 10 % en 2020). Cette désindustrialisation tient aussi aux gains de productivité et à la tertiarisation (le tertiaire marchand passe d'environ 26 % à 51 % des heures), mais la concurrence des pays émergents en a accéléré la part la plus douloureuse, celle des fermetures d'usines dans les régions mono-industrielles. Document 1 : c'est précisément « pour donner une bouffée d'oxygène aux industries affaiblies par les importations provenant du reste du monde » que les États-Unis ont relevé leurs tarifs douaniers en 2018, en ciblant la Chine ; le fait que l'administration Biden les ait maintenus montre que la protection des emplois industriels fait consensus au-delà des clivages politiques, et l'Inflation Reduction Act, en favorisant « les entreprises installées sur le territoire américain », vise à faire revenir les emplois industriels.

III. Garantir la souveraineté : sécuriser les approvisionnements et répondre à

la concurrence déloyale.

Affirmation : certains biens sont trop stratégiques pour dépendre entièrement de l'étranger, et certaines concurrences trop faussées pour être subies. Explication : la défense, la santé, l'énergie ou les semi-conducteurs sont des secteurs dont la rupture d'approvisionnement paralyserait le pays ; la pandémie de 2020 a révélé la dépendance de l'Europe pour les masques et les principes actifs des médicaments. Dépendre d'un fournisseur unique, surtout situé dans une zone de tension géopolitique, est une vulnérabilité que le protectionnisme réduit en réservant une part de la production nationale, quitte à payer plus cher. Par ailleurs, quand un concurrent vend en dessous de ses coûts (dumping), notamment grâce à des subventions massives de son État, ou grâce à des normes sociales et environnementales moins exigeantes, la concurrence n'est plus loyale : des droits antidumping ou compensateurs, autorisés par l'OMC, rétablissent l'égalité des conditions, et un ajustement carbone aux frontières évite que l'effort climatique national soit contourné par des importations polluantes. Illustration : document 1 : les microprocesseurs avancés « sont exclusivement produits en Asie (90 % à Taiwan et 10 % en Corée du Sud) », alors que les États-Unis et l'Europe n'en maîtrisent que le design : une crise dans le détroit de Taïwan priverait l'Occident de composants indispensables à l'automobile, à l'armement et au numérique, ce qui justifie les 50 milliards de dollars du CHIPS Act. Document 2 : l'Europe ne produit que 0,6 % des panneaux solaires mondiaux, la Chine 77,8 % : la transition énergétique européenne dépend à près de 80 % d'un seul fournisseur, dont la domination a été acquise par des subventions publiques ; c'est pourquoi l'Union européenne a ouvert des enquêtes antisubventions (panneaux solaires, éoliennes, véhicules électriques) et imposé en octobre 2024 des droits compensateurs pouvant atteindre 35,3 % sur les voitures électriques chinoises. Connaissance : le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières de l'Union européenne (2026) fait payer aux importations d'acier, de ciment ou d'engrais le prix du carbone acquitté par les producteurs européens.

Conclusion.

Le recours au protectionnisme peut présenter trois avantages : il permet de faire naître des industries et de construire un avantage comparatif, comme la Chine l'a fait pour le solaire (77,8 % de la production mondiale) et comme les États-Unis tentent de le faire pour les microprocesseurs ; il protège les emplois et les territoires des perdants de la mondialisation, dans une France où l'industrie ne représente plus que 10 % des heures travaillées contre 20 % en 1950 ; il garantit la souveraineté face aux dépendances (100 % des composants avancés produits en Asie) et à la concurrence subventionnée. Ces avantages ne vont pas sans coûts, que le dossier laisse entrevoir : hausse des prix pour les consommateurs et les industries utilisatrices, représailles et guerres commerciales, rentes accordées à des producteurs qui ne sont plus incités à progresser, et « moindre efficacité sur le climat » des subventions par rapport à une taxe carbone (document 1). C'est pourquoi le débat contemporain porte moins sur le choix entre ouverture et fermeture que sur des protections ciblées, temporaires et coordonnées : le protectionnisme présente des avantages quand il est un instrument, non quand il devient une doctrine.

Ce que le correcteur attend.

Une démonstration en paragraphes AEI qui distingue des avantages de nature différente (industrie naissante et rattrapage, emplois et territoires, souveraineté et concurrence déloyale) et mobilise chaque document avec sa donnée : document 2 (77,8 % contre 0,6 %), document 1 (tarifs de 2018, 400 milliards de l'IRA, 50 milliards du CHIPS Act, 90 % à Taïwan), document 3 (industrie de 20 % à 10 % des heures travaillées). Notions : protectionnisme, droits de douane, barrières non tarifaires, subventions, industrie naissante, avantage comparatif, gains moyens et effets redistributifs, dumping. Pièges : réciter les coûts du protectionnisme alors que le sujet demande ses avantages (une nuance en conclusion suffit), lire le document 3 comme une preuve directe du commerce sans mentionner productivité et tertiarisation, oublier que les subventions sont une forme de protectionnisme.

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