Adloun

Corrigé bac SES 2026 Amérique du Nord jour 1 — Dissertation : Les sources de la croissance économique

Sujet officiel du baccalauréat, spécialité sciences économiques et sociales, session 2026. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.

Sujet officiel (PDF)

Énoncé

Consigne officielle. Il est demandé au candidat :

Il sera tenu compte, dans la notation, de la clarté de l'expression et du soin apporté à la présentation. Ce sujet comporte quatre documents.

Sujet. Quelles sont les sources de la croissance économique ?

Document 1. Taux de croissance annuel (en %) et contributions des facteurs à la croissance économique (en points de %), en France, de 1992 à 2022 (graphique à barres et courbe ; valeurs lues sur le graphique, arrondies au dixième de point).

1992199720022007201220172022
Contribution du facteur capital1,10,90,90,80,60,70,8
Contribution du facteur travail0,52,20,00,13,2
Contribution de la PGF1,10,91,51,5
Taux de croissance annuel (en %)1,52,51,12,50,22,12,7

{ Source : d'après l'OCDE, 2025.

Lecture : les trois premières lignes sont exprimées en points de pourcentage et leur somme restitue le taux de croissance à la précision de lecture près (environ point).}

Document 2. Évolution de la productivité globale des facteurs de production entre 1985 et 2022, base 100 en 2015 (graphique en courbes ; valeurs lues sur le graphique, arrondies).

Indice de PGF198519952000200520152022
États-Unis77828895100105
Allemagne75889395,5100104
France82919610010097
Italie93,5105107,5104,5100102,5
Suède81,583,589,597100102,5

{ Points remarquables lus sur le graphique : la courbe française culmine à environ 101 en 2006 puis décroît ; la courbe italienne culmine à environ 107,5 en 2000 et retombe à environ 99 en 2009 ; la courbe des États-Unis atteint environ 106 en 2021.

Réserves de lecture : en 1985, les courbes de la France et de la Suède se superposent autour de 82 ; surtout, les deux courbes en tirets ne se distinguent que par la légende (tirets courts : Allemagne ; tirets longs : Suède), et la valeur 103 en 2020 donnée par la note de lecture ci-dessous correspond sur le graphique à la courbe en tirets courts. Le tableau ci-dessus suit la légende : si ces deux courbes étaient interverties, seules leurs étiquettes changeraient, non la démonstration, qui repose sur des écarts et des tendances.

Source : d'après les données de l'OCDE, 2025.

Lecture : en 2020, l'indice de la productivité globale des facteurs de production de la Suède est de 103 pour une base 100 en 2015.}

Document 3. Dépenses publiques d'éducation en % du PIB, de 2016 à 2022.

2016201720182019202020212022
France5,425,455,415,355,665,425,33
Allemagne4,54,514,584,75,125,014,79
Italie3,824,044,264,14,444,224,07
Suède7,067,067,187,067,347,056,86

{ Source : d'après Eurostat, 2025.}

Document 4.

En 2019-2023, avec 5,3 % des demandes de brevets à l'OEB1, la France est au 6ème rang, derrière les États-Unis, l'Allemagne, le Japon, la Chine et la Corée du Sud. Ses demandes de brevets se concentrent dans des technologies relatives aux transports et moteurs, pompes et turbines. Les États-Unis, premier déposant, ont un profil orienté vers les technologies de la santé, tandis que la Chine est concentrée sur les technologies de l'électronique. La France est le 3ème pays pour la part de demandes déposées par des institutions de recherche publique, représentant 17 % de ses dépôts. Pour la période 2019-2023, le nombre moyen annuel de demandes de brevets publiées à l'Office européen des brevets (OEB) dépasse 175 000 contre près de 135 000 en 2011-2014 (). Entre ces deux périodes, la part de la France passe de 6,5 % à 5,3 %, soit une baisse de 1,2 point. La part des demandes des États-Unis augmente légèrement, tandis que celle de l'Allemagne diminue de 17,0 % à 13,1 %, ainsi que celle du Japon de 15,7 % à 12,3 %. À l'inverse, la Chine triple sa part de demandes de brevets, de 2,4 % à 9,1 %. La Corée du Sud progresse également mais dans une moindre mesure, passant de 3,9 % à 5,4 %. Durant la période, la Chine devient ainsi le 4ème pays déposant et la Corée du Sud le 5ème.

{ Source : « La position technologique de la France à travers les brevets déposés à l'Office Européen des Brevets », Ministère de la Recherche et de l'enseignement supérieur, 2024.

1 : OEB : l'Office européen des brevets examine les demandes de brevets et permet de protéger les inventions dans 46 pays européens grâce à une seule demande.}

Corrigé

Analyse du sujet.

La croissance économique est l'augmentation soutenue, sur longue période, de la production d'une économie, mesurée par le taux de variation du PIB en volume, c'est-à-dire corrigé de l'inflation. Chercher ses sources, c'est identifier ce qui, mécaniquement puis économiquement, explique cette augmentation : d'un côté l'augmentation des quantités de facteurs de production utilisées, travail et capital (croissance dite extensive) ; de l'autre l'amélioration de l'efficacité avec laquelle ces facteurs sont combinés, mesurée par la productivité globale des facteurs (PGF) et qui reflète le progrès technique (croissance intensive). Le sujet commence par « quelles » et non par « dans quelle mesure » : il n'appelle pas un débat pour ou contre, mais un inventaire hiérarchisé et expliqué, où chaque source est reliée à un mécanisme et où l'on montre laquelle est décisive à long terme. Il relève tout entier du chapitre « Quels sont les sources et les défis de la croissance économique ? », dont il faut mobiliser les notions : facteurs de production, PGF, progrès technique, rendements décroissants, croissance endogène (capital physique, humain, technologique, public), externalités positives, institutions et droits de propriété, innovation et destruction créatrice. Le piège serait de basculer sur les défis de la croissance (soutenabilité, inégalités), qui sont hors du sujet.

Les documents. Document 1 : la décomposition de la croissance française sur sept années montre une contribution du capital modeste mais toujours positive (entre 0,6 et 1,1 point), une contribution du travail très variable et parfois négative ( point en 2002, points en 2022), et une PGF qui bascule d'un régime positif à un régime négatif. Document 2 : sur trente-sept ans, la PGF progresse fortement aux États-Unis et en Allemagne, stagne en Italie, et recule en France depuis le milieu des années 2000. Document 3 : les dépenses publiques d'éducation, c'est-à-dire l'investissement en capital humain, vont du simple (4,07 % du PIB en Italie en 2022) au presque double (6,86 % en Suède). Document 4 : la France ne représente plus que 5,3 % des demandes de brevets à l'OEB en 2019-2023, au 6e rang, tandis que la Chine passe de 2,4 % à 9,1 % : le capital technologique se déplace.

Problématique.

Par quels mécanismes l'accumulation des facteurs de production, le progrès technique et les institutions engendrent-ils la croissance économique, et pourquoi la productivité globale des facteurs, alimentée par l'investissement en capital humain et technologique, en constitue-t-elle la source décisive sur longue période ?

Plan détaillé.

I. La croissance provient d'abord de l'accumulation des facteurs de production, mais cette source est instable et bornée.

I.A. Le facteur travail : une contribution réelle mais dictée par la conjoncture de l'emploi. Affirmation : produire davantage suppose d'abord davantage d'heures travaillées. Explication : la contribution du travail dépend de la population active (démographie, immigration, âge de départ à la retraite), du taux d'emploi et de la durée du travail ; comme l'emploi suit l'activité avec retard, cette contribution est procyclique et peut devenir négative lorsque l'économie détruit des emplois. Illustration : document 1 : en 2022, le facteur travail contribue pour environ points à la croissance française, soit davantage que la croissance elle-même (environ 2,7 %) : c'est le rebond de l'emploi après la crise sanitaire, porté par l'apprentissage. À l'inverse, il retranche environ 1,3 point en 2002 et 0,6 point en 1992, deux années de ralentissement. Sur les sept années observées, il est donc la contribution la plus volatile : de à points, soit une amplitude de points.

I.B. Le facteur capital : la contribution la plus régulière, mais qui s'érode. Affirmation : l'investissement des entreprises et des administrations accroît le stock de machines, de bâtiments et d'infrastructures, donc la capacité de production. Explication : chaque euro investi augmente le capital par travailleur et donc la production possible ; mais à technologie donnée, l'accumulation se heurte aux rendements décroissants : la dixième machine rapporte moins que la première, si bien que l'accumulation seule ne peut entretenir indéfiniment la croissance par tête. Illustration : document 1 : la contribution du capital est positive les sept années, mais comprise dans une fourchette étroite, d'environ 1,1 point en 1992 à environ 0,8 point en 2022, avec un minimum d'environ 0,6 point en 2012 : elle perd environ 0,3 point en trente ans. Connaissance : le cours retient, pour une croissance française de 5,1 % par an en 1950-1975, une contribution du capital de 1,6 point, contre 0,6 point pour une croissance de 1,4 % en 2000-2025.

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