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Corrigé bac SES 2026 Amérique du Nord jour 1 — EC partie 2 : Coordination du policy mix en zone euro

Sujet officiel du baccalauréat, spécialité sciences économiques et sociales, session 2026. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.

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Énoncé

Deuxième partie : Étude d'un document (6 points). Il est demandé au candidat de répondre aux questions en mobilisant ses connaissances acquises dans le cadre du programme et en adoptant une démarche méthodologique rigoureuse, de collecte et de traitement de l'information.

Document. Principaux indicateurs conjoncturels de pays de la zone euro en 2024.

Taux deTaux de croissanceTauxSolde des finances
chômagedu PIB en volumed'inflationpubliques
(en % de la(en %)(en %)(en % du PIB)
population active)
Zone euro6,31,12,4
Allemagne3,42,5
Espagne11,43,32,9
France7,40,82,3
Italie6,50,61,1
Irlande4,39,21,3

{ Source : d'après Eurostat, 2024. Toutes les données portent sur l'année 2024.}

Questions :

  1. (2 points)

Corrigé

Question 1. Les trois indicateurs sont des taux exprimés en pourcentage ; on les compare donc par un écart en points de pourcentage et par un rapport (combien de fois l'un contient l'autre), et non par un taux de variation, qui n'aurait pas de sens entre deux pays.

Le chômage. En 2024, selon Eurostat, 7,4 % de la population active française était au chômage, contre 4,3 % en Irlande. Écart : points de pourcentage ; rapport : . Le chômage français est donc supérieur de plus de trois points et représente environ 1,7 fois le chômage irlandais. Rapportée à la zone euro (6,3 %), la France est au-dessus de point, l'Irlande au-dessous de points.

La croissance. En 2024, le PIB en volume de la France a augmenté de 0,8 % par rapport à 2023, contre 9,2 % en Irlande. Écart : points ; rapport : . La croissance irlandaise est donc plus de onze fois plus forte que la croissance française, et huit fois plus forte que celle de la zone euro (). Cette performance doit toutefois être interprétée avec prudence : le PIB irlandais est gonflé par l'activité comptable des firmes multinationales implantées dans le pays, de sorte qu'il mesure mal le revenu effectivement disponible pour les Irlandais.

L'inflation. En 2024, les prix à la consommation ont augmenté en moyenne de 2,3 % en France et de 1,3 % en Irlande. Écart : point ; rapport : . L'inflation française est donc presque deux fois plus élevée, mais les deux pays se situent au voisinage ou en dessous de la cible de 2 % de la BCE, alors que la moyenne de la zone euro atteint 2,4 %.

Synthèse. Les deux pays présentent en 2024 des situations conjoncturelles opposées : la France cumule un chômage élevé, une croissance atone et l'inflation la plus proche de la moyenne européenne ; l'Irlande associe un chômage faible, une croissance très vive et une inflation basse. Le contraste s'étend aux finances publiques, que le document permet de mentionner : un déficit de 5,8 % du PIB en France contre un excédent de 4,3 % en Irlande, soit points de PIB d'écart.

Question 2. Depuis 1999, les pays de la zone euro partagent une politique monétaire unique, conduite par la Banque centrale européenne avec pour objectif principal la stabilité des prix (une inflation de 2 % à moyen terme), tandis que la politique budgétaire — dépenses publiques, prélèvements, déficit — reste nationale, seulement encadrée par des règles communes. Le policy mix de la zone est donc la combinaison d'une décision centralisée et de vingt et une décisions décentralisées : la coordination en est le maillon fragile, et le document en montre deux raisons.

Première difficulté : un taux d'intérêt unique pour des conjonctures hétérogènes. La BCE fixe son taux directeur en fonction de la situation moyenne de la zone. Or le document montre à quel point cette moyenne recouvre des situations divergentes : en 2024, le taux de croissance va de en Allemagne, c'est-à-dire une récession, à en Irlande, soit points d'écart ; le taux de chômage va de 3,4 % en Allemagne à 11,4 % en Espagne, soit 8 points d'écart et un rapport de ; l'inflation va de 1,1 % en Italie à 2,9 % en Espagne, soit 1,8 point d'écart. Un même taux ne peut convenir à tous : calibré sur une inflation moyenne de 2,4 %, il est trop restrictif pour une Allemagne en récession ou une Italie dont les prix n'augmentent que de 1,1 %, et trop accommodant pour une Espagne à 2,9 % d'inflation ou une Irlande en forte expansion, qu'il risque d'alimenter en crédit bon marché. C'est le problème des chocs asymétriques : privé de l'ajustement par le taux de change, un pays touché seul ne dispose plus d'aucun instrument monétaire. Les années 2000 l'ont montré : des taux bas, adaptés à une Allemagne alors atone, ont nourri des bulles immobilières en Espagne et en Irlande, dont l'éclatement en 2008 s'est payé en chômage.

Seconde difficulté : des marges budgétaires nationales inverses des besoins. Puisque la politique monétaire ne peut être différenciée, l'ajustement devrait venir des budgets nationaux. Mais ceux-ci sont encadrés par le pacte de stabilité et de croissance (déficit inférieur à 3 % du PIB, dette inférieure à 60 %) et par le semestre européen, et surtout ils sont contraints par l'endettement hérité. Le document montre le paradoxe : la France, dont la croissance n'est que de 0,8 % et le chômage de 7,4 %, aurait besoin de soutenir sa demande, mais son déficit atteint 5,8 % du PIB, soit points au-delà du seuil, ce qui lui vaut une procédure pour déficit excessif et impose au contraire un ajustement ; l'Irlande, qui n'a aucun besoin de relance avec 9,2 % de croissance, dispose d'un excédent de 4,3 % du PIB, donc de toutes les marges. La politique budgétaire est ainsi procyclique là où elle devrait être contracyclique. S'y ajoutent des effets de débordement : une relance dans un pays profite aux autres par les importations, chacun est donc tenté de laisser son voisin relancer ; à l'inverse, un déficit excessif fait monter les taux d'emprunt de tous, ce qui justifie les règles communes mais entretient la défiance entre États.

Ces deux difficultés se combinent en un policy mix parfois incohérent. En 2022-2023, la BCE a relevé ses taux de 0 à 4 % pour ramener une inflation supérieure à 10 % vers sa cible, tandis que les États soutenaient le pouvoir d'achat par des boucliers tarifaires : les deux orientations se contrariaient. Il manque en effet à la zone un budget fédéral capable de transférer des ressources vers le pays touché (le budget de l'Union pèse environ 1 % du PIB) et une instance de décision budgétaire commune. La crise des dettes souveraines (2010-2015) l'a révélé, le Mécanisme européen de stabilité (2012) et l'emprunt commun NextGenerationEU (2020) ont commencé à y répondre, et la réforme des règles budgétaires de 2024 a introduit des trajectoires d'ajustement différenciées par pays : le débat sur un fédéralisme budgétaire reste ouvert.

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