Corrigé bac SES 2026 Amérique du Nord jour 2 — EC partie 2 : Contributions à la croissance : facteurs et PGF
Sujet officiel du baccalauréat, spécialité sciences économiques et sociales, session 2026. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.
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Énoncé
Deuxième partie : Étude d'un document (6 points).
Taux de croissance annuel du PIB (en %) et contributions à la croissance du PIB (en points de %) en France, aux États-Unis et au Japon de 2005 à 2019 (1).
| 2005 | 2015 | 2019 | ||
|---|---|---|---|---|
| Contribution du facteur travail | 0,6 | 0,2 | 1,1 | |
| France | Contribution du facteur capital | 0,7 | 0,6 | 0,7 |
| Productivité globale des facteurs | 0,4 | 0,3 | 0,0 | |
| Taux de croissance annuel du PIB | 1,9 | 1,1 | 2,0 | |
| Contribution du facteur travail | 1,0 | 1,5 | 0,8 | |
| États-Unis | Contribution du facteur capital | 1,0 | 0,7 | 0,8 |
| Productivité globale des facteurs | 1,4 | 0,8 | 0,8 | |
| Taux de croissance annuel du PIB | 3,5 | 2,9 | 2,6 | |
| Contribution du facteur travail | 0,2 | |||
| Japon | Contribution du facteur capital | 0,6 | 0,3 | 0,3 |
| Productivité globale des facteurs | 0,9 | 1,5 | 0,2 | |
| Taux de croissance annuel du PIB | 1,8 | 1,6 |
{ Source : d'après les données de l'OCDE, 2025. (1) La somme des contributions n'est pas toujours égale au taux de croissance annuel du PIB du fait des arrondis.}
Questions :
- À l'aide des données du document, vous comparerez le poids des différentes contributions à la croissance économique de la France et des États-Unis en 2019. (2 points)
- À l'aide des données du document et de vos connaissances, vous montrerez que l'accumulation des facteurs et l'accroissement de la productivité globale des facteurs sont des sources de la croissance économique. (4 points)
Corrigé
Le document est un tableau de l'OCDE (2025) qui décompose, pour trois années (2005, 2015,
- et trois pays, le taux de croissance annuel du PIB, exprimé en %, en trois contributions exprimées en points de pourcentage : celle du facteur travail, celle du facteur capital et celle de la productivité globale des facteurs (PGF). Une contribution mesure le nombre de points de croissance apportés par chaque source ; les trois s'additionnent pour reconstituer le taux de croissance, aux arrondis près, comme le précise la note du tableau. Les unités ne doivent donc pas être confondues : 2,0 est un taux, 1,1 est une part de ce taux.
Question 1. En 2019, selon l'OCDE, le PIB de la France a augmenté de 2,0 % et celui des États-Unis de 2,6 %, soit un écart de point de pourcentage en faveur des États-Unis. Mais l'origine de cette croissance diffère profondément.
En France, le facteur travail apporte 1,1 point, le capital 0,7 point et la PGF 0,0 point, soit 1,8 point de contributions au total. Le travail pèse donc à lui seul des contributions, le capital , et la PGF rien du tout. Rapportées au taux de croissance lui-même, ces contributions représentent et , le solde tenant aux arrondis. La croissance française de 2019 vient donc, aux arrondis près, de la seule accumulation des facteurs ( point sur 2,0) : c'est une croissance extensive.
Aux États-Unis, les trois contributions sont rigoureusement égales : 0,8 point chacune, soit 2,4 points de contributions, chacune pesant du total, ou environ 31 % du taux de croissance (). L'accumulation des facteurs y apporte point, soit 0,2 point de moins qu'en France, alors que la PGF y apporte 0,8 point contre 0,0 en France, soit un écart de 0,8 point.
Autrement dit, la France de 2019 accumule davantage de facteurs que les États-Unis, mais elle ne gagne rien en efficacité ; les États-Unis, eux, croissent plus vite en tirant un tiers de leur croissance de la PGF, donc du progrès technique. Tout l'écart de croissance entre les deux pays, et davantage, vient de là.
Question 2. La croissance économique est l'augmentation soutenue de la production, mesurée par le taux de variation du PIB en volume. Elle a deux sources, que la comptabilité de la croissance distingue précisément et que le document permet d'observer.
Première source : l'accumulation des facteurs de production. La production combine deux facteurs : le travail (nombre d'actifs occupés, heures travaillées) et le capital (machines, bâtiments, infrastructures). Augmenter la quantité de facteurs employés augmente mécaniquement la production : c'est la croissance extensive. Une population active plus nombreuse ou mieux employée fait croître la contribution du travail ; l'investissement des entreprises accroît le stock de capital. Le document le montre par les deux bouts. En France, en 2019, la contribution du travail atteint 1,1 point, contre 0,2 point en 2015 : la reprise de l'emploi explique à elle seule plus de la moitié du taux de croissance (). À l'inverse, au Japon, la contribution du travail est négative en 2015 ( point) et surtout en 2019 ( point), conséquence du vieillissement et du recul de la population active ; c'est ce qui fait basculer le pays en récession cette année-là (), alors même que le capital (0,3) et la PGF (0,2) contribuent positivement. Cette source a toutefois une limite de cours : les rendements décroissants. À technologie inchangée, chaque machine supplémentaire rapporte de moins en moins ; on observe d'ailleurs que la contribution du capital ne dépasse jamais 1,0 point dans le tableau et qu'entre 2005 et 2019 elle recule aux États-Unis (de 1,0 à 0,8 point) comme au Japon (de 0,6 à 0,3 point), sans jamais progresser en France (0,7 point en 2005 comme en 2019).
Seconde source : l'accroissement de la productivité globale des facteurs. La PGF est la part de la croissance qui ne s'explique pas par l'augmentation des quantités de travail et de capital : produire plus avec autant de facteurs. Elle mesure l'efficacité de la combinaison productive et reflète pour l'essentiel le progrès technique ; la croissance qu'elle porte est dite intensive, et elle seule peut être durable puisqu'elle échappe aux rendements décroissants. Les théories de la croissance endogène (Romer, Lucas) expliquent d'où elle vient : elle résulte d'investissements en capital physique, humain (éducation, santé), technologique (recherche-développement, brevets) et public (infrastructures, recherche fondamentale), qui produisent des externalités positives et s'auto-entretiennent ; les institutions, en particulier les droits de propriété et les brevets, créent l'incitation à innover, et l'innovation transforme l'économie par destruction créatrice (Schumpeter). Le document en donne la mesure : aux États-Unis, la PGF apporte 1,4 point sur les 3,5 % de croissance de 2005, soit environ 40 %, et 0,8 point en 2015 comme en 2019 ; au Japon en 2015, elle apporte 1,5 point alors que le travail retire 0,3 point, si bien que la croissance de 1,6 % y est presque entièrement intensive. À l'inverse, la PGF française s'effrite (0,4 en 2005, 0,3 en 2015, 0,0 en 2019) : c'est ce ralentissement, au cœur du débat sur la « stagnation séculaire », qui explique qu'en 2019 la France ait dû compter sur la seule accumulation pour croître.
Les deux sources ne sont donc pas indépendantes : l'accumulation donne la croissance de court terme, mais seule la PGF permet de croître sans mobiliser indéfiniment plus de facteurs. C'est pourquoi les politiques de croissance visent autant l'investissement que l'éducation, la recherche et la qualité des institutions.