Corrigé bac SES 2026 Asie jour 1 — EC partie 1 : Innovation et destruction créatrice
Sujet officiel du baccalauréat, spécialité sciences économiques et sociales, session 2026. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.
Travailler ce sujet sur Adloun Sujet officiel (PDF) Corrigé complet (PDF)
Énoncé
Épreuve composée. Cette épreuve comprend trois parties :
- Partie 1 – Mobilisation des connaissances : il est demandé au candidat de répondre à la question en faisant appel à ses connaissances acquises dans le cadre du programme.
- Partie 2 – Étude d'un document : il est demandé au candidat de répondre aux questions en mobilisant ses connaissances acquises dans le cadre du programme et en adoptant une démarche méthodologique rigoureuse, de collecte et de traitement de l'information.
- Partie 3 – Raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire : il est demandé au candidat de traiter le sujet en développant un raisonnement ; en exploitant les documents du dossier ; en faisant appel à ses connaissances personnelles ; en composant une introduction, un développement, une conclusion.
Il sera tenu compte, dans la notation, de la clarté de l'expression et du soin apporté à la présentation.
Première partie : Mobilisation des connaissances (4 points). Vous montrerez que l'innovation s'accompagne d'un processus de destruction créatrice.
Corrigé
L'innovation est l'application économique d'une invention : pour Joseph Schumpeter, elle prend cinq formes – nouveau produit, nouveau procédé de production, nouveau marché, nouvelle organisation, nouvelle source de matières premières. Elle est la principale source du progrès technique, donc de la hausse de la productivité globale des facteurs et de la croissance. Mais elle ne s'ajoute pas simplement à l'économie existante : elle la transforme en détruisant une partie de ce qui la composait. C'est ce que Schumpeter appelle la destruction créatrice : les innovations créent de nouvelles activités, de nouvelles entreprises et de nouveaux emplois en détruisant les activités, les entreprises et les emplois devenus obsolètes.
Le mécanisme s'enchaîne en trois temps. D'abord, l'entrepreneur qui innove obtient un avantage sur ses concurrents et une rente temporaire, que les droits de propriété (le brevet, monopole d'environ vingt ans) protègent et qui récompense la prise de risque. Ensuite, cette rente attire les imitateurs : l'innovation se diffuse, les prix baissent, la nouvelle activité grandit et embauche. Enfin, et dans le même mouvement, les produits et les procédés anciens perdent leurs débouchés : les capitaux investis dans les équipements dépassés sont dévalorisés, des entreprises disparaissent, et avec elles des emplois et des qualifications dont l'expérience accumulée ne vaut plus rien. Création et destruction ne sont donc pas deux phénomènes distincts que l'on pourrait dissocier : ce sont les deux faces du même processus, et l'on ne peut pas garder l'une en refusant l'autre. Le solde est globalement positif – la production totale et le niveau de vie augmentent – mais ceux qui perdent ne sont pas ceux qui gagnent.
Les exemples abondent. L'automobile a emporté la diligence et les métiers du cheval ; la photographie numérique a détruit la photographie argentique, et avec elle le géant Kodak, qui comptait plus de 140 000 salariés à la fin des années 1980 et a déposé son bilan en 2012, tandis que se développaient les smartphones et les plateformes de partage d'images ; le streaming a fait disparaître le DVD et les magasins de location de vidéos, en même temps qu'il créait des emplois dans les services numériques. Le même processus déplace la structure des qualifications : le progrès technique, biaisé en faveur des qualifiés, accroît la demande de travail très qualifié et détruit les emplois routiniers moyennement qualifiés, ce qui polarise le marché du travail et creuse les inégalités salariales.
C'est pourquoi la destruction créatrice appelle des politiques d'accompagnement – formation, reconversion, indemnisation du chômage – qui ne freinent pas l'innovation mais en répartissent autrement le coût social.
Attendu du barème. Définir l'innovation et la destruction créatrice en citant Schumpeter ; expliquer le mécanisme dans les deux sens (création d'activités et d'emplois et destruction simultanée des activités obsolètes, dévalorisation du capital et des qualifications, solde positif pour la croissance mais perdants et gagnants différents) ; illustrer par au moins un exemple précis et daté (Kodak, le DVD et le streaming, la diligence et l'automobile). Le hors-sujet fréquent consiste à ne traiter que la création d'emplois, ou à confondre invention et innovation.