Corrigé bac SES 2026 Asie jour 1 — EC partie 2 : Conditions de travail et post-taylorisme
Sujet officiel du baccalauréat, spécialité sciences économiques et sociales, session 2026. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.
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Énoncé
Deuxième partie : Étude d'un document (6 points). Il est demandé au candidat de répondre aux questions en mobilisant ses connaissances acquises dans le cadre du programme et en adoptant une démarche méthodologique rigoureuse, de collecte et de traitement de l'information.
Document. Conditions de travail des salariés en 1991, 2005 et 2019.
| Proportion de salariés déclarant (en %) | Avoir un rythme de travail imposé par une demande extérieure exigeant une réponse immédiate | Occuper régulièrement plusieurs postes | Appliquer strictement des consignes | |
|---|---|---|---|---|
| 1991 | Ouvriers | 25,7 | 5,2 | 52,8 |
| Ensemble | 45,8 | 5 | 41,7 | |
| 2005 | Ouvriers | 37,8 | 7,2 | 46,2 |
| Ensemble | 53,2 | 6,2 | 35,2 | |
| 2019 | Ouvriers | 41,5 | 13,4 | 44,9 |
| Ensemble | 55,3 | 10,5 | 34,4 |
{ Champ : ensemble des personnes salariées, France métropolitaine.
Source : d'après DARES, 2023.}
Questions :
- À l'aide des données du document et de calculs simples, vous comparerez les conditions de travail des ouvriers avec celles de l'ensemble des salariés en 1991. (2 points)
- À l'aide du document et de vos connaissances, vous présenterez les principales caractéristiques de l'organisation post-taylorienne du travail. (4 points)
Corrigé
Question 1. Le document, issu des enquêtes Conditions de travail de la DARES, mesure la proportion de salariés déclarant subir trois contraintes de travail ; il porte sur l'ensemble des personnes salariées de France métropolitaine. En 1991, 25,7 % des ouvriers déclaraient avoir un rythme de travail imposé par une demande extérieure exigeant une réponse immédiate, contre 45,8 % de l'ensemble des salariés.
Comparons les trois contraintes, en points de pourcentage puis en valeur relative.
- Rythme imposé par une demande extérieure immédiate : points ; : cette contrainte est près de deux fois moins fréquente chez les ouvriers que dans l'ensemble des salariés.
- Occuper régulièrement plusieurs postes : point ; : l'écart est négligeable, la polyvalence reste marginale pour tous, environ un salarié sur vingt.
- Appliquer strictement des consignes : points ; : la proportion est 1,3 fois plus élevée chez les ouvriers que dans l'ensemble des salariés, et elle y est même majoritaire (plus d'un ouvrier sur deux).
Lecture d'ensemble : en 1991, les ouvriers ne subissent pas plus de contraintes que les autres salariés, ils en subissent d'autres. Ils sont davantage soumis à la contrainte hiérarchique et prescriptive, héritée de la division verticale du travail du taylorisme (la conception est séparée de l'exécution, l'ouvrier applique des consignes qu'il n'a pas définies) : 52,8 % contre 41,7 %. Ils sont en revanche beaucoup moins exposés à la contrainte marchande, celle de la demande extérieure exigeant une réponse immédiate, qui pèse d'abord sur les salariés en contact avec le public ou le client (employés de commerce, de la banque, des services) : 25,7 % contre 45,8 %. Enfin, la polyvalence est alors presque inexistante, pour les ouvriers comme pour les autres : le travail demeure parcellisé.
Question 2. L'organisation post-taylorienne du travail désigne les formes d'organisation qui, depuis les années 1980, remettent en cause le modèle taylorien-fordiste : toyotisme (juste-à-temps, qualité totale, cercles de qualité), management par objectifs, organisation par projets et équipes transversales. Le document permet d'en saisir trois caractéristiques principales.
Première caractéristique : la recomposition des tâches et la polyvalence. Le taylorisme reposait sur une division horizontale poussée, chaque salarié répétant une tâche parcellisée et chronométrée. Le post-taylorisme recompose les tâches et fait tourner les salariés sur plusieurs postes, pour gagner en flexibilité et en qualité. Le document le confirme : la part des salariés occupant régulièrement plusieurs postes passe de 5 % en 1991 à 10,5 % en 2019, soit points et une multiplication par 2,1 ; chez les ouvriers, elle passe de 5,2 % à 13,4 %, soit points et une multiplication par 2,6 : c'est l'atelier industriel qui change le plus.
Deuxième caractéristique : le recul de la prescription et une autonomie accrue. La division verticale entre conception et exécution s'atténue : le salarié dispose d'une marge d'initiative sur les moyens d'atteindre des objectifs, participe à la résolution des incidents et devient responsable de la qualité. Le document : la part des salariés déclarant appliquer strictement des consignes recule de 41,7 % en 1991 à 34,4 % en 2019 ( points) ; chez les ouvriers, de 52,8 % à 44,9 % ( points).
Troisième caractéristique : le contrôle change de nature plus qu'il ne disparaît. L'autonomie est contrôlée : le chronomètre du contremaître est remplacé par la contrainte du flux tendu et du client, par les objectifs individualisés et le reporting. Le document le montre nettement : la part des salariés dont le rythme est imposé par une demande extérieure exigeant une réponse immédiate augmente de 45,8 % à 55,3 % ( points) ; chez les ouvriers, de 25,7 % à 41,5 %, soit points et une multiplication par 1,6. En 2019, la contrainte marchande l'emporte donc sur la contrainte hiérarchique pour l'ensemble des salariés (55,3 % contre 34,4 %) ; chez les ouvriers, en revanche, appliquer strictement des consignes reste la contrainte la plus fréquente (44,9 % contre 41,5 %) : les deux contraintes se cumulent plus qu'elles ne se remplacent. D'où l'intensification du travail et les risques psychosociaux qui accompagnent le post-taylorisme, et que le numérique (télétravail, management algorithmique) prolonge.
Nuance indispensable. Le taylorisme n'a pas disparu : en 2019, 44,9 % des ouvriers appliquent encore strictement des consignes, et il survit sous des formes nouvelles, du « taylorisme de service » des centres d'appels et de la restauration rapide au taylorisme numérique des entrepôts logistiques. Les organisations se sédimentent plus qu'elles ne se remplacent, et leurs effets sont socialement différenciés : tâches enrichies pour les plus qualifiés, intensification pour tous.