Corrigé bac SES 2026 Asie jour 1 — EC partie 3 : Chômage conjoncturel et soutien de la demande
Sujet officiel du baccalauréat, spécialité sciences économiques et sociales, session 2026. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.
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Énoncé
Troisième partie : Raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire (10 points). Il est demandé au candidat de traiter le sujet : en développant un raisonnement ; en exploitant les documents du dossier ; en faisant appel à ses connaissances personnelles ; en composant une introduction, un développement, une conclusion. Cette partie comporte trois documents.
Sujet : À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que lorsque le chômage est conjoncturel, les politiques macroéconomiques de soutien de la demande globale permettent de lutter contre.
Document 1.
La « sous-utilisation des capacités de production » désigne la quantité de ressources inutilisées dans l'économie. Pour les économistes, une machine non utilisée dans une usine ou une personne au chômage constituent des capacités productives inutilisées.
Cette sous-utilisation des capacités productives est généralement due à une demande insuffisante par rapport à la capacité de production de l'économie. Les économistes s'attachent donc à en suivre l'évolution, car ils y voient un indicateur essentiel de l'état de l'économie. L'existence d'importantes capacités inutilisées dans l'économie signifie généralement qu'un grand nombre de personnes sont à la recherche d'un emploi. […] La banque centrale peut […] envisager de stimuler l'économie, par exemple en réduisant les taux d'intérêt.
{ Source : Banque centrale européenne, 2018.}
Document 2. Évolution du taux de croissance du PIB et du taux de chômage de 1975 à 2024 (en %). Le sujet présente un graphique annuel : des barres pour le taux de croissance du PIB (axe de gauche) et une courbe pour le taux de chômage (axe de droite). Les valeurs ci-dessous sont lues sur le graphique pour quelques années charnières, arrondies au demi-point le plus proche (au dixième pour la récession de 2009). L'axe de droite, celui du chômage, est gradué de 0 % en bas à 11 % en haut.
| Année | 1975 | 1980 | 1985 | 1990 | 1993 | 1994 | 2000 | 2005 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Taux de croissance du PIB | 1,5 | 1,5 | 3 | 2,5 | 4 | 2 | ||
| Taux de chômage | 3,5 | 5,5 | 9 | 8 | 10 | 10,5 | 8,5 | 9 |
| Année | 2008 | 2009 | 2010 | 2015 | 2019 | 2020 | 2021 | 2023 |
| Taux de croissance du PIB | 0,5 | 2 | 1 | 2 | 7 | 1,5 | ||
| Taux de chômage | 7,5 | 9 | 9,5 | 10,5 | 8,5 | 8 | 8 | 7,5 |
{ Champ : France, personnes actives.
Source : INSEE, 2024.}
Document 3. Plan de relance français en soutien à l'activité économique à la suite de la crise de 2008 (en milliards d'euros ; valeurs inscrites sur le graphique à barres du sujet).
| Poste du plan de relance | Montant (Md€) |
|---|---|
| Soutien financier aux entreprises | 11,6 |
| Investissements publics | 10,5 |
| Soutien financier aux secteurs les plus exposés à la crise (logement et automobile) | 2 |
| Mesures de soutien à l'emploi et aux revenus des ménages les plus modestes | 2 |
{ Source : Projet de loi de finances rectificative pour 2009, 2008.}
Corrigé
Introduction. En 2020, le produit intérieur brut de la France a reculé d'environ 7,5 %, la pire récession du demi-siècle, et pourtant le taux de chômage n'a pas augmenté (document 2) : cette anomalie apparente dit l'essentiel du sujet. Un individu est chômeur au sens du Bureau international du travail s'il est sans emploi, disponible et en recherche active ; le taux de chômage rapporte ces chômeurs à la population active. Le chômage a deux composantes. Le chômage structurel tient au fonctionnement même du marché du travail (défauts d'appariement entre offres et demandes d'emploi, asymétries d'information, effets ambivalents des institutions). Le chômage conjoncturel, ou keynésien, résulte au contraire d'une insuffisance de la demande globale, c'est-à-dire de la somme de la consommation, de l'investissement, des dépenses publiques et des exportations : faute de débouchés, les entreprises produisent moins et emploient moins. Les politiques macroéconomiques de soutien de la demande sont la relance budgétaire (dépenses publiques, baisses d'impôts, transferts) et la politique monétaire expansionniste (baisse des taux d'intérêt). Nous montrerons d'abord que le chômage conjoncturel provient bien d'un déficit de demande (I), puis que la relance budgétaire le combat efficacement (II), enfin que la politique monétaire la relaie (III).
I. Le chômage conjoncturel est un chômage de demande : c'est ce diagnostic qui rend la relance pertinente. Affirmation : quand la demande adressée aux entreprises fléchit, le chômage augmente indépendamment du coût du travail ou des institutions. Explication : lorsque les carnets de commandes se vident, les entreprises écoulent leurs stocks, cessent d'embaucher, ne renouvellent pas les contrats courts, recourent au chômage partiel puis licencient ; machines et travailleurs deviennent des capacités inutilisées. Le document 1 le formule exactement ainsi : « une machine non utilisée dans une usine ou une personne au chômage constituent des capacités productives inutilisées », et cette sous-utilisation est « généralement due à une demande insuffisante par rapport à la capacité de production de l'économie » ; c'est pourquoi d'importantes capacités inutilisées signifient qu'« un grand nombre de personnes sont à la recherche d'un emploi ». Illustration : document 2 : la corrélation entre les deux courbes est nette. Après la crise financière, la croissance tombe de 0,5 % en 2008 à en 2009 et le taux de chômage passe d'environ 7,5 % à environ 9 % en un an, puis 9,5 % en 2010, soit points de plus en deux ans. De même, la récession de 1993 (environ ) porte le chômage à environ 10 %, puis 10,5 % en 1994. Symétriquement, la forte croissance de la fin des années 1990 (environ 4 % en 2000) le ramène d'environ 10,5 % à environ 8,5 %. Le chômage varie donc avec l'activité : sa composante conjoncturelle est massive, et elle appelle une action sur la demande.
II. La relance budgétaire soutient la demande globale et remet au travail les capacités inutilisées. Affirmation : en dépensant ce que le secteur privé ne dépense plus, l'État recrée les débouchés qui manquent et enraye la spirale récessive. Explication : le mécanisme est celui du multiplicateur keynésien : une dépense publique supplémentaire distribue des revenus aux entreprises et aux ménages, qui en dépensent une partie, laquelle distribue à son tour des revenus ; la production augmente donc plus que la dépense initiale. Les capacités sous-utilisées permettent d'y répondre par des volumes et non par des prix : tant que des machines sont à l'arrêt et des travailleurs au chômage, la relance crée de l'emploi sans créer d'inflation. Les transferts vers les ménages modestes ont le multiplicateur le plus élevé, puisque leur propension à consommer est la plus forte. Illustration : document 3 : en réponse à la crise de 2008, la France engage un plan de relance de milliards d'euros, de l'ordre de 1,3 % d'un PIB alors proche de 2 000 milliards. Il agit sur plusieurs composantes de la demande globale : 11,6 milliards de soutien financier aux entreprises (soit 44 % du plan) pour soulager leur trésorerie et soutenir l'investissement, 10,5 milliards d'investissements publics (40 %) qui sont une demande immédiate adressée au bâtiment et aux travaux publics, 2 milliards pour les secteurs les plus exposés, logement et automobile, et 2 milliards pour l'emploi et les revenus des ménages les plus modestes. On peut d'ailleurs objecter que cette dernière composante, la plus efficace au sens du multiplicateur, ne représente que du plan. Document 2 : après en 2009, la croissance revient à environ 2 % dès 2010. La démonstration la plus nette est toutefois celle de 2020 : le PIB chute d'environ 7,5 %, trois fois plus qu'en 2009, et pourtant le taux de chômage ne monte pas : il recule même d'environ 8,5 % en 2019 à environ 8 % en 2020 comme en 2021, parce que le soutien a été immédiat et massif – activité partielle prise en charge par l'État, fonds de solidarité, prêts garantis, plan France Relance de 100 milliards d'euros ; la croissance rebondit d'environ 7 % en 2021 et le chômage revient autour de 7,5 % en 2023, son niveau d'avant la crise de 2008. La comparaison de 2009 et de 2020 est donc décisive : à choc plus violent, chômage moindre, parce que la demande a été soutenue plus vite et plus fort.
III. La politique monétaire relaie la relance budgétaire. Affirmation : la banque centrale peut, elle aussi, soutenir la demande globale, et le document 1 lui assigne explicitement ce rôle. Explication : en réduisant ses taux directeurs, elle abaisse le coût du crédit ; les entreprises investissent davantage, les ménages empruntent pour acheter un logement ou des biens durables, la consommation et l'investissement repartent, et la production comme l'emploi suivent. La baisse des taux déprécie en outre la monnaie, ce qui soutient les exportations. Le document 1 conclut précisément ainsi : comme d'importantes capacités inutilisées signalent un chômage élevé, « la banque centrale peut […] envisager de stimuler l'économie, par exemple en réduisant les taux d'intérêt ». Illustration : la Banque centrale européenne a ramené son principal taux directeur de 4,25 % à l'été 2008 à 1 % en mai 2009, puis à 0 % de 2016 à 2022, en y ajoutant des achats massifs de titres, et elle a lancé en mars 2020 un programme d'urgence face à la pandémie. Combinée à la relance budgétaire, cette politique forme un policy mix expansionniste qui explique la résistance de l'emploi en 2020-2021 (document 2).
Conclusion. Lorsque le chômage est conjoncturel, c'est-à-dire lorsqu'il vient d'une demande insuffisante qui laisse des capacités productives inutilisées (document 1), les politiques macroéconomiques de soutien de la demande globale sont bien le remède adapté : la relance budgétaire recrée directement les débouchés, comme le plan de 26,1 milliards d'euros de 2009 (document 3), et la politique monétaire abaisse le coût du crédit ; l'expérience de 2020, où une chute du PIB d'environ 7,5 % n'a pas fait monter le chômage, en fournit la démonstration la plus claire (document 2). Ces politiques ont toutefois des limites que le sujet n'interdit pas de rappeler : une relance isolée « fuit » en importations dans une économie ouverte, d'où l'intérêt d'une action coordonnée ; elle alourdit la dette publique ; elle devient inflationniste dès que les capacités sont saturées ; surtout, elle est inopérante contre le chômage structurel, qui appelle formation, amélioration de l'appariement et action sur le coût du travail. Le document 2 le montre en creux : après la crise de 2008, le chômage a mis quinze ans à revenir à son niveau d'avant-crise, environ 7,5 %, atteignant encore environ 10,5 % en 2015 et environ 8,5 % en 2019. Le bon remède suppose donc le bon diagnostic.
Ce que le correcteur attend. Définir le chômage conjoncturel et la demande globale, puis nommer les deux instruments (budgétaire et monétaire) sans les confondre : c'est l'erreur la plus fréquente. Exposer un mécanisme explicite dans les deux sens (la demande insuffisante crée le chômage, la relance recrée la demande et donc l'emploi, avec le multiplicateur et l'argument des capacités inutilisées). Mobiliser chaque document avec une donnée : la phrase du document 1 sur les capacités inutilisées, un couple croissance-chômage du document 2, le total et la composition du plan du document 3. La consigne étant « vous montrerez que », on démontre : les limites ne viennent qu'en conclusion, et un devoir qui traite les politiques structurelles au même rang que la relance est hors sujet.