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Corrigé bac SES 2026 Asie jour 2 — Dissertation : Politiques économiques dans la zone euro et politique de la concurrence

Sujet officiel du baccalauréat, spécialité sciences économiques et sociales, session 2026. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.

Sujet officiel (PDF)

Énoncé

Dissertation s'appuyant sur un dossier documentaire. Il est demandé au candidat : de répondre à la question posée par le sujet ; de construire une argumentation à partir d'une problématique qu'il devra élaborer ; de mobiliser des connaissances et des informations pertinentes pour traiter le sujet, notamment celles figurant dans le dossier ; de rédiger, en utilisant le vocabulaire économique et social spécifique approprié à la question et en organisant le développement sous la forme d'un plan cohérent qui ménage l'équilibre des parties. Il sera tenu compte, dans la notation, de la clarté de l'expression et du soin apporté à la présentation. Ce sujet comporte quatre documents.

Les politiques économiques menées dans la zone euro se limitent-elles à la politique de la concurrence ?

Document 1. Bruxelles (1) a autorisé la fusion entre les constructeurs pour former le quatrième groupe automobile mondial, sous réserve d'engagements des deux entreprises pour préserver la concurrence dans les petits utilitaires.

À condition de respecter une série d'engagements proposés par les deux groupes, la Commission européenne a autorisé lundi 21 décembre le projet de fusion à 30 milliards d'euros de Fiat Chrysler Automobiles (FCA) et PSA (Peugeot, Citroën) (2), destiné à créer le quatrième constructeur automobile mondial. […]

« Nous sommes en mesure d'autoriser la concentration entre Fiat Chrysler et Peugeot SA car leurs engagements faciliteront l'entrée et l'expansion sur le marché des camionnettes utilitaires légères », a précisé dans un communiqué Margrethe Vestager, la vice-présidente de la Commission européenne chargée de la concurrence. « Sur les autres marchés où les deux constructeurs automobiles exercent actuellement leurs activités, la concurrence restera soutenue après la concentration », a-t-elle ajouté. […]

La fusion entre les deux groupes, réalisée entièrement en actions, permettra de réunir des marques telles que Fiat, Jeep, Dodge, Ram et Maserati avec celles de Peugeot, Opel et DS, tout en visant des réductions de coûts annuelles de 5 milliards d'euros, sans fermeture d'usines.

{ Source : « La Commission européenne donne son feu vert sous condition à la fusion de PSA et Fiat Chrysler », Le Monde, 21 décembre 2020. (1) Bruxelles signifie ici la Commission européenne. (2) Le groupe automobile multinational né de cette fusion a adopté le nom de Stellantis en 2021.}

Document 2. Taux d'intérêt de la Banque Centrale Européenne entre 2000 et 2025 (en %). Le document est une courbe en escalier, sans étiquette de valeur ; l'axe des abscisses est gradué de 2005 à 2025 et l'axe des ordonnées de 0,0 à 4,5 %. Le tracé ne commence pas en 2000, malgré le titre, mais vers 2002--2003. Les valeurs ci-dessous sont lues sur le graphique et arrondies au quart de point.

Phase lue sur la courbeTaux (en %)
Début du tracé (vers 2002--2003)environ 3,25 puis 2,75 et 2,50
De mi-2003 à la fin de 20052,00 (palier de deux ans et demi)
De 2006 à mi-2007, par paliers successifsde 2,25 à 4,00
Mi-2008, point haut de la périodeenviron 4,25
Fin 2008 – mi-2009, chute rapidede 4,25 à 1,00
De mi-2009 à mi-20111,00
Mi-2011, brève remontéeenviron 1,50
De fin 2011 à 2015, baisse par paliersde 1,25 à environ 0,05
De 2016 à mi-20220,00
De mi-2022 à l'automne 2023, hausse rapidede 0,00 à 4,50
De l'automne 2023 à mi-20244,50 (point haut du graphique)
De mi-2024 à mi-2025, baisse par paliersde 4,50 à environ 2,15

{ Source : Banque Centrale Européenne, 2025.}

Document 3. Ratios de finances publiques de la France en % du PIB.

Ratio de finances publiques20192021202220232024
Capacité () ou besoin () de financement
des administrations publiques (1)
Dette publique97,9112,7111,4109,8113,2

{ Lecture : en 2024, le besoin de financement (ou déficit) des administrations publiques représente 5,8 % du PIB. Source : d'après Insee Première, mai 2025. (1) Capacité ou besoin de financement des administrations publiques : excédent ou déficit public.}

Document 4. Nombre de décisions en matière d'ententes et d'abus de position dominante dans l'Union européenne au cours de la période 2010--2019 (diagramme en barres ; valeurs lues sur le graphique, graduation entière de 0 à 18).

Année2010201120122013201420152016201720182019
Décisions158101216710111415

{ Source : Contrôle des concentrations dans l'UE et procédures antitrust de la Commission : la surveillance des marchés doit être renforcée, Cour des comptes européenne, 2020.}

Corrigé

Analyse du sujet.

Une politique économique est l'ensemble des interventions des pouvoirs publics destinées à orienter l'activité économique vers des objectifs : croissance, plein emploi, stabilité des prix, équilibre des comptes publics et extérieurs. On distingue les politiques conjoncturelles, qui agissent à court terme sur la demande globale (politique monétaire, politique budgétaire), et les politiques structurelles, qui modifient durablement le fonctionnement des marchés (concurrence, formation, innovation, industrie). La zone euro désigne les États qui ont adopté la monnaie unique : vingt pays en 2025, vingt et un depuis 2026. La politique de la concurrence en est l'une des composantes : conduite par la Commission européenne et par les autorités nationales, elle repose sur quatre modalités — interdiction des ententes (article 101 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne), répression des abus de position dominante (article 102), contrôle des concentrations (fusions et acquisitions notifiées avant leur réalisation) et contrôle des aides d'État (article 107) — au service du bon fonctionnement du marché unique et de la protection du consommateur.

« Se limitent-elles à » est une question fermée qui appelle une réponse en deux temps : oui, la politique de la concurrence est bien une politique économique européenne majeure, et il faut le montrer sérieusement avant de le nuancer ; non, elle n'épuise pas l'action économique menée dans la zone euro, qui comporte au moins une politique monétaire unique et des politiques budgétaires nationales encadrées. Deux pièges : se contenter d'exposer la politique de la concurrence (hors-sujet par oubli de la seconde moitié de la question), ou l'expédier en trois lignes pour ne parler que de la BCE. Une remarque de vocabulaire mérite d'être faite : la politique de la concurrence est une politique de l'Union tout entière (vingt-sept États), tandis que la politique monétaire unique est propre à la zone euro ; le sujet invite donc précisément à mobiliser ce qui distingue la zone euro du reste du marché unique.

Le sujet relève du chapitre « Quelles politiques économiques dans le cadre européen ? » (intégration européenne, marché unique, euro, politique européenne de la concurrence, BCE, politiques budgétaires nationales, policy mix, pacte de stabilité et de croissance, semestre européen, hétérogénéité des conjonctures) et réactive le chapitre de Première sur les marchés imparfaitement concurrentiels (pouvoir de marché, monopole, oligopole, entente).

Les documents. Document 1 : la Commission autorise, le 21 décembre 2020, la fusion à 30 milliards d'euros entre FCA et PSA, sous réserve d'engagements protégeant la concurrence sur le marché des camionnettes utilitaires légères : le contrôle des concentrations en acte. Document 2 : le taux directeur de la BCE varie de 4,25 % en 2008 à 0,00 % de 2016 à mi-2022, puis remonte à 4,50 % à l'automne 2023 avant de redescendre vers 2,15 % en 2025 : la politique monétaire unique. Document 3 : le déficit public français passe de 2,4 % du PIB en 2019 à 6,6 % en 2021 puis 5,8 % en 2024, la dette de 97,9 % à 113,2 % du PIB : des politiques budgétaires nationales très actives, et très au-delà des seuils européens. Document 4 : la Commission rend entre 7 (2015) et 16 (2014) décisions par an en matière d'ententes et d'abus de position dominante, soit 118 décisions en dix ans : la police de la concurrence est réelle, mais d'ampleur modeste.

Problématique.

La politique de la concurrence, en garantissant le fonctionnement du marché unique, épuise-t-elle l'action économique menée dans la zone euro, ou n'est-elle qu'un volet structurel parmi d'autres, aux côtés d'une politique monétaire unique et de politiques budgétaires nationales dont la combinaison forme un policy mix original et inachevé ?

Plan détaillé.

I. La politique de la concurrence est bien une politique économique européenne majeure.

I.A. Le contrôle des concentrations façonne les structures de marché. Affirmation : l'Union exerce un contrôle ex ante sur les fusions, qui décide de la structure même des marchés européens. Explication : au-dessus de seuils de chiffre d'affaires, toute concentration doit être notifiée à la Commission, qui examine si elle « entraverait significativement » la concurrence ; elle peut autoriser, autoriser sous conditions (cessions d'actifs, engagements de comportement) ou interdire. La théorie du cours de Première l'explique : un monopole ou un oligopole concentré restreint la quantité pour vendre plus cher, au détriment du surplus du consommateur. Illustration : document 1 : la fusion FCA-PSA, opération à 30 milliards d'euros créant le quatrième constructeur automobile mondial, n'a été autorisée le 21 décembre 2020 que « sous réserve d'engagements » facilitant « l'entrée et l'expansion sur le marché des camionnettes utilitaires légères » ; la Commission a vérifié que « sur les autres marchés […] la concurrence restera soutenue ». Connaissance : la Commission a interdit en 2019 la fusion Siemens-Alstom dans le ferroviaire.

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