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Corrigé bac SES 2026 Asie jour 2 — EC partie 2 : Le progrès technique endogène : R&D et éducation

Sujet officiel du baccalauréat, spécialité sciences économiques et sociales, session 2026. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.

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Énoncé

Deuxième partie : Étude d'un document (6 points).

Taux de croissance du PIB par tête, dépenses en R&D (1) et dépenses publiques d'éducation dans plusieurs pays européens en 2023.

PaysTaux de croissanceDépenses de R&DDépenses publiques
du PIB réel par têteen % du PIBconsacrées à l'éducation
en %, 20232022en % du PIB, 2022
Danemark1,82,95,87
France0,62,25,33
Hongrie1,43,39
Pologne0,51,54,31

{ Source : d'après EUROSTAT, 2023. (1) R&D : Recherche et Développement.}

Questions :

  1. À l'aide des données du document et d'un calcul simple, vous comparerez la part des dépenses dans la R&D et l'éducation du Danemark et de la Hongrie. (2 points)
  1. À l'aide du document et de vos connaissances, vous montrerez le caractère endogène du progrès technique. (4 points)

Corrigé

Le document est un tableau statistique établi d'après Eurostat. Il rapproche, pour quatre pays de l'Union européenne, trois indicateurs : le taux de croissance du PIB réel par tête en 2023 (en %), la part des dépenses de recherche et développement dans le PIB en 2022 et la part des dépenses publiques d'éducation dans le PIB la même année. Les deux dernières colonnes mesurent donc un effort d'investissement rapporté à la richesse produite, ce qui rend les pays comparables quelle que soit leur taille.

Question 1. En 2022, selon Eurostat, le Danemark consacrait 2,9 % de son PIB aux dépenses de recherche et développement et 5,87 % aux dépenses publiques d'éducation, contre respectivement 1,4 % et 3,39 % pour la Hongrie.

Pour la R&D, l'écart est de point de PIB, et le rapport de : le Danemark consacre à la recherche une part de sa richesse un peu plus de deux fois supérieure à celle de la Hongrie, soit environ 107 % de plus. Pour l'éducation, l'écart est de points de PIB et le rapport de : l'effort danois est environ 1,7 fois plus élevé, soit 73 % de plus. En cumulant les deux postes, le Danemark y consacre de son PIB, contre pour la Hongrie, soit 3,98 points de PIB de plus et un effort global environ 1,8 fois supérieur.

L'écart est donc net dans les deux domaines, mais il est plus marqué pour la recherche (rapport de 2,1) que pour l'éducation (rapport de 1,7) : c'est sur l'investissement dans la connaissance nouvelle que la distance est la plus grande. Ces deux pays occupent d'ailleurs les positions extrêmes du tableau, y compris pour la croissance : 1,8 % de croissance du PIB par tête au Danemark en 2023 contre en Hongrie, soit un écart de 2,6 points de pourcentage.

Question 2. Le progrès technique désigne l'ensemble des innovations qui améliorent l'efficacité de la combinaison productive : il se mesure par la productivité globale des facteurs (PGF), c'est-à-dire la part de la croissance qui ne s'explique pas par l'augmentation des quantités de travail et de capital. Dire qu'il est endogène, c'est dire qu'il n'est pas une donnée extérieure, une « manne tombée du ciel », mais le produit de décisions d'investissement prises par les entreprises et par les pouvoirs publics : telle est la thèse des théories de la croissance endogène (Paul Romer, Robert Lucas, années 1980). Le document en éclaire deux formes.

Premier mécanisme : l'accumulation de capital technologique par la recherche et développement. Les innovations de produit et de procédé ne tombent pas du ciel : elles résultent de dépenses de R&D, de laboratoires, de chercheurs, protégés par des brevets qui garantissent à l'innovateur de récupérer les fruits de son investissement. Or la connaissance produite est non rivale : une fois découverte, elle peut être utilisée par tous, ce qui engendre des externalités positives et empêche les rendements de décroître. La croissance peut alors s'entretenir elle-même : elle dégage les ressources qui financent la recherche suivante. Le document est cohérent avec ce mécanisme : le classement des quatre pays selon l'effort de R&D en 2022 — Danemark (2,9 %), France (2,2 %), Pologne (1,5 %), Hongrie (1,4 %) — est exactement celui de leur croissance du PIB par tête en 2023 — 1,8 %, 0,6 %, 0,5 % et .

Second mécanisme : l'accumulation de capital humain par l'éducation. Le progrès technique suppose une main-d'œuvre capable de le produire, mais aussi de l'absorber : sans ingénieurs, sans techniciens, sans salariés formés, une technologie nouvelle ne se diffuse pas. L'éducation élève la qualification, donc la productivité du travail, et rend le pays capable d'innover comme d'adopter les innovations venues d'ailleurs. Là encore, parce que les bénéfices de la formation débordent largement celui qui la reçoit, l'investissement privé serait insuffisant : l'intervention publique se justifie, et le document mesure précisément la dépense publique d'éducation. Le classement est le même : 5,87 % du PIB au Danemark, 5,33 % en France, 4,31 % en Pologne, 3,39 % en Hongrie. Le Danemark cumule ainsi les deux formes de capital et affiche la seule croissance nettement positive ; la Hongrie, la plus faible sur les deux postes, est le seul pays dont le PIB par tête recule en 2023.

À ces deux formes s'ajoutent le capital public (infrastructures, recherche fondamentale) et les institutions — droits de propriété stables, brevets, crédit d'impôt recherche — qui créent les incitations à innover. Le progrès technique apparaît ainsi comme le résultat d'un choix collectif : un pays qui investit davantage dans ses écoles et ses laboratoires se donne les moyens d'une croissance durable, et cette croissance finance à son tour de nouveaux investissements.

Une réserve s'impose toutefois. Le document ne compare que quatre pays, sur une seule année, et une corrélation n'est pas une causalité : l'effort de R&D et d'éducation agit sur le long terme, alors que la croissance de 2023 dépend aussi de la conjoncture (choc énergétique, inflation, politique monétaire restrictive). Le tableau ne mesure d'ailleurs que la dépense publique d'éducation et ignore le niveau de développement initial de chaque pays. Il illustre donc le caractère endogène du progrès technique ; il ne le démontre pas à lui seul.

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