Corrigé bac SES 2026 Métropole jour 1 — Dissertation : Comment les questions environnementales peuvent-elles devenir un problème public ?
Sujet officiel du baccalauréat, spécialité sciences économiques et sociales, session 2026. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.
Énoncé
Consigne officielle. Il est demandé au candidat :
- de répondre à la question posée par le sujet ;
- de construire une argumentation à partir d'une problématique qu'il devra élaborer ;
- de mobiliser des connaissances et des informations pertinentes pour traiter le sujet, notamment celles figurant dans le dossier ;
- de rédiger, en utilisant le vocabulaire économique et social spécifique approprié à la question et en organisant le développement sous la forme d'un plan cohérent qui ménage l'équilibre des parties.
Il sera tenu compte, dans la notation, de la clarté de l'expression et du soin apporté à la présentation. Ce sujet comporte quatre documents.
Sujet. Comment les questions environnementales peuvent-elles devenir un problème public ?
Document 1. Nombre de publications scientifiques de 15 pays sur la protection de l'environnement.
| Nombre de publications | Évolution entre 2010 et 2020 | ||
|---|---|---|---|
| 2010 | 2020 | (coefficient multiplicateur) | |
| Chine | 10 709 | 62 918 | 5,9 |
| États-Unis | 14 976 | 24 783 | 1,7 |
| Inde | 2 501 | 13 577 | 5,4 |
| Royaume-Uni | 3 680 | 7 933 | 2,2 |
| Allemagne | 3 361 | 7 131 | 2,1 |
| Italie | 2 249 | 6 691 | 3,0 |
| Corée du Sud | 2 041 | 6 520 | 3,2 |
| Espagne | 2 644 | 6 486 | 2,5 |
| Brésil | 1 681 | 6 294 | 3,7 |
| Iran | 858 | 6 022 | 7,0 |
| Australie | 2 271 | 5 756 | 2,5 |
| Canada | 2 632 | 5 433 | 2,1 |
| France | 2 545 | 4 724 | 1,9 |
| Japon | 2 834 | 4 472 | 1,6 |
| Taïwan | 1 732 | 2 352 | 1,5 |
| Total | 75 509 | 230 900 | 3,1 |
{ Source : d'après Ministère chargé de l'Enseignement supérieur et de la recherche, État de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation en France, n° 15, d'après Base OST (Observatoire des Sciences et Techniques), 2022.}
Document 2. Sondage : « Dans cette liste, quelle est la question qui vous paraît la plus importante aujourd'hui pour la France ? (Une seule réponse possible) »
| En % | 2013 | 2014 | 2015 | 2016 | 2017 | 2018 | 2019 | 2020 | 2021 | 2022 | 2023 | 2024 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| La hausse des prix | 10 | 9 | 6 | 5 | 6 | 8 | 12 | 7 | 8 | 38 | 28 | 26 |
| L'immigration | 3 | 10 | 16 | 15 | 14 | 19 | 14 | 9 | 14 | 9 | 13 | 15 |
| L'environnement / La transition écologique | 7 | 2 | 4 | 5 | 6 | 8 | 16 | 10 | 13 | 10 | 12 | 9 |
| La sécurité des biens et des personnes | 5 | 4 | 5 | 12 | 9 | 8 | 8 | 5 | 11 | 5 | 12 | 9 |
| Les inégalités | 10 | 7 | 7 | 8 | 9 | 10 | 10 | 8 | 7 | 7 | 6 | 7 |
| L'emploi | 37 | 35 | 37 | 30 | 29 | 22 | 16 | 19 | 12 | 7 | 5 | 5 |
{ Source : d'après ADEME (Agence De l'Environnement et de la Maîtrise de l'Énergie), Les Représentations sociales du changement climatique, 25e vague du baromètre, 2024.}
Document 3. Investissements des entreprises pour protéger l'environnement en 2023 (graphique à barres, en millions d'euros ; valeurs lues sur le graphique, arrondies à 5 millions près ; pour les énergies renouvelables, valeurs données par la note de lecture du sujet).
| Domaine | Investissements | Études en prévision |
|---|---|---|
| (millions d'euros) | d'un investissement | |
| Économie d'énergie | environ 660 | environ 70 |
| Énergies renouvelables | environ 560 | 40 |
| Protection de l'air et du climat | environ 295 | environ 40 |
| Eaux usées | environ 270 | environ 20 |
| Sites, paysages et biodiversité | environ 175 | environ 10 |
| Meilleure gestion de l'eau | environ 145 | environ 25 |
| Sols, eaux souterraines et de surface | environ 135 | environ 10 |
| Déchets (recyclage) | environ 120 | environ 10 |
| Déchets (hors recyclage) | environ 115 | environ 15 |
| Bruit et vibrations | environ 65 | moins de 5 |
| Récupération et stockage du carbone | environ 15 | moins de 5 |
| Autres domaines | environ 60 | environ 45 |
{ Champ : France, industries extractive et manufacturière (y compris artisanat commercial) et énergie ; établissements de 20 salariés ou plus.
Source : INSEE, Investissements des entreprises pour protéger l'environnement, 2025.
Lecture : En 2023, en matière d'énergies renouvelables, les entreprises ici analysées ont investi environ 560 millions d'euros, et prévoient d'investir 40 millions d'euros à l'avenir.}
Document 4.
Il est assez rare de voir sur une même scène un chef d'entreprise du CAC 40 et un pirate. Ce 23 juin, sur les quais de Seine à Paris, dans un lieu à mi-chemin entre péniche et bar branché, Alexandre Ricard, le PDG du groupe Pernod Ricard, et Paul Watson posent ensemble pour la postérité.
Dans le milieu de la protection des océans, Paul Watson est une star. Un militant écologiste connu pour ses faits d'armes – le fameux sauvetage de bébés phoques avec Brigitte Bardot sur la banquise en 1977, quelques baleiniers coulés depuis –, exilé en France sous le coup de deux mandats d'arrêt internationaux. Barbe blanche et chemise ouverte sur tee-shirt pour l'un, costume sérieux et sourire mesuré pour l'autre. Inutile de préciser qui porte quoi.
Tous deux sont venus soutenir le lancement de Take OFF (Take Ocean For Future), une opération menée par l'Institut océanographique Paul-Ricard pour lever des fonds et mettre la recherche au cœur de la protection de l'océan. « Je suis très à l'aise avec ce mélange des genres, précise Patricia Ricard, la présidente de l'institut. Parce que chacun peut attirer l'attention avec ses méthodes. » […]
Watson a […] rappelé que « si l'océan meurt, nous mourrons aussi ». Alexandre Ricard a, lui, endossé son costume rassurant de « plus jeune chef d'entreprise du CAC 40 », dont le groupe finance déjà à 75 % l'action de l'institut. « Il faut que notre action sorte du petit monde de la mer. Il y a urgence », souligne sa cousine Patricia Ricard, aux manettes depuis dix ans. Pour elle, le déclic a eu lieu avec la COP 21 en France : « On a pensé que tout ce qu'on disait et faisait depuis des années dans notre coin pouvait avoir un écho. Et quand Alexandre prend la parole, il est plus facilement entendu par ses pairs, il touche un public plus large que le nôtre. » […]
Et le PDG du numéro deux mondial dans le secteur des vins et spiritueux d'expliquer avec pédagogie qu'« en Australie les vendanges ont, en dix ans, été déplacées de janvier à mars pour cause de dérèglement climatique ». Or, pour un bon champagne, il faut du raisin de qualité. Pour une bonne vodka, un climat adapté aux champs. Surtout, « il ne faut pas oublier que le pastis est constitué en majorité d'eau ». Un pirate est un pirate, un patron est un patron.
{ Source : Lisa VIGNOLI, « Paul Watson l'écolo et Alexandre Ricard le patron unis pour protéger l'océan », Le Monde, 30 juin 2016.}
Corrigé
Analyse du sujet.
Les questions environnementales recouvrent le dérèglement climatique, l'érosion de la biodiversité, les pollutions de l'air, de l'eau et des océans, l'épuisement des ressources : des questions qui portent sur des biens communs (nul n'en est exclu, mais l'usage de chacun dégrade ce que tous partagent) et sur des externalités négatives que le marché seul ne corrige pas. Un problème public n'est pas un fait physique : une situation, même grave, ne le devient qu'au terme d'un travail social de construction par lequel elle est identifiée et mesurée, cadrée (récits, images, responsables désignés), portée par des mobilisations et enfin inscrite à l'agenda des pouvoirs publics, qui la reconnaissent comme relevant de leur action. Le sujet demande comment : il attend les mécanismes et les acteurs de cette construction, non un débat pour ou contre ; le verbe « peuvent » invite toutefois à montrer que cette construction n'est ni automatique ni acquise (concurrence avec d'autres problèmes, reculs). Il relève du chapitre « Quelle action publique pour l'environnement ? » (construction des problèmes publics, pluralité des acteurs, échelles, instruments), avec l'appui du chapitre sur l'engagement politique (paradoxe de l'action collective, répertoires d'action, nouveaux mouvements sociaux, structure des opportunités politiques). Notions attendues : problème public, mise à l'agenda, acteurs (pouvoirs publics, ONG, experts, entreprises, citoyens), bien commun, échelles, instruments.
Les documents. Document 1 : les publications scientifiques sur la protection de l'environnement ont été multipliées par 3,1 dans quinze pays entre 2010 et 2020 (de 75 509 à 230 900), par 5,9 en Chine et par 1,9 en France : la connaissance du problème est produite massivement et mondialement. Document 2 : dans le baromètre de l'ADEME, l'environnement n'arrive en tête des préoccupations des Français qu'une seule fois, en 2019, à égalité avec l'emploi (16 %) : de 2 % en 2014 il monte à 16 % en 2019, puis retombe à 9 % en 2024, tandis que la hausse des prix bondit à 38 % en 2022 : l'attention de l'opinion est variable et concurrencée. Document 3 : en 2023, les établissements industriels de 20 salariés ou plus ont investi plus de 2,5 milliards d'euros pour l'environnement, dont environ 660 millions dans l'économie d'énergie et 560 millions dans les énergies renouvelables : les entreprises ont intégré la contrainte. Document 4 : en 2016, un militant écologiste et un PDG du CAC 40 s'allient pour « lever des fonds » et « attirer l'attention », chacun avec ses méthodes ; la COP 21 a été « le déclic » qui a donné un écho à leur action.
Problématique.
Par quels mécanismes – production de connaissances, cadrage et mobilisation, médiatisation et saisie d'opportunités politiques – et par l'action de quels acteurs une question environnementale, longtemps confinée aux laboratoires et aux militants, s'impose-t-elle comme relevant de l'action publique, et pourquoi cette reconnaissance reste-t-elle fragile et concurrencée ?
Plan détaillé.
I. Un travail de construction porté par une pluralité d'acteurs fait des questions environnementales des problèmes reconnus.
I.A. L'identification par les scientifiques et les experts. Affirmation : une question environnementale n'existe socialement que lorsqu'elle est mesurée, expliquée et attribuée à des causes. Explication : les scientifiques et les lanceurs d'alerte établissent l'existence du problème (température, disparition d'espèces, concentration de CO) ; les experts, en synthétisant ces travaux, cadrent les possibles et fournissent aux autres acteurs les chiffres et les seuils qu'ils reprendront : le GIEC, créé en 1988, publie des rapports depuis 1990 et a fourni la base scientifique des repères de 2 °C puis 1,5 °C que les négociations ont adoptés (accord de Paris, 2015 ; rapport spécial du GIEC sur le 1,5 °C, 2018). Illustration : document 1 : dans quinze pays, les publications sur la protection de l'environnement passent de 75 509 en 2010 à 230 900 en 2020, soit une multiplication par 3,1 ; la Chine, multipliée par 5,9 (de 10 709 à 62 918), représente du total en 2020 contre en 2010 ; la France double presque (de 2 545 à 4 724, coefficient 1,9). La production de connaissance est devenue mondiale et massive, ce qui rend le problème de plus en plus difficile à contester.
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