Corrigé bac SES 2026 Métropole jour 1 — EC partie 2 : Vote systématique par âge et diplôme (2002-2022)
Sujet officiel du baccalauréat, spécialité sciences économiques et sociales, session 2026. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.
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Énoncé
Deuxième partie : Étude d'un document (6 points). Il est demandé aux candidats de répondre aux questions en mobilisant ses connaissances acquises dans le cadre du programme et en adoptant une démarche méthodologique rigoureuse, de collecte et de traitement de l'information.
Document. Vote systématique<sup>1</sup> aux élections nationales de l'année en 2002, 2012 et 2022 par âge et diplôme (en % des inscrits).
| 2002 | 2012 | 2022 | |
|---|---|---|---|
| Ensemble de la population | 47,6 | 47,8 | 37 |
| Par âge | |||
| 18--29 ans | 31,4 | 26,8 | 17,3 |
| 30--64 ans | 49,1 | 50,1 | 37,2 |
| 65 ans et plus | 55,7 | 56,5 | 47,7 |
| Par diplôme | |||
| Aucun diplôme | 45,6 | 42,2 | 28,8 |
| Diplôme inférieur au baccalauréat | 51,8 | 49,2 | 38,1 |
| Baccalauréat | 52,2 | 46,9 | 33,3 |
| Diplôme de l'enseignement supérieur | 54,5 | 53,8 | 43,7 |
{ Champ : Personnes inscrites sur les listes électorales et résidant en France métropolitaine.
Source : D'après Élisabeth ALGAVA et Kilian BLOCH, « Vingt ans de participation électorale : en 2022, les écarts selon l'âge et le diplôme continuent de se creuser », Insee Première, n° 1929, 17/11/2022.
1 : Vote systématique : ont voté à tous les tours des élections nationales de cette année-là (présidentielles et législatives).}
Questions :
- À l'aide des données du document et d'un calcul simple, vous comparerez l'évolution du vote systématique des 18-29 ans à celle de l'ensemble de la population entre 2012 et
- (2 points)
- À l'aide du document et de vos connaissances vous montrerez que l'engagement politique dépend de variables sociodémographiques. (4 points)
Corrigé
Question 1. Le document mesure le vote systématique, c'est-à-dire la part des inscrits qui ont voté à tous les tours des élections présidentielle et législatives d'une même année. Entre 2012 et 2022, selon l'INSEE, le vote systématique des 18--29 ans est passé de 26,8 % à 17,3 % des inscrits, celui de l'ensemble de la population de 47,8 % à 37 %.
Écart en points de pourcentage : pour les 18--29 ans, points ; pour l'ensemble, points. Taux de variation : pour les 18--29 ans, ; pour l'ensemble, . Autrement dit, le vote systématique des jeunes a été multiplié par et celui de l'ensemble par .
Lecture : en points, le recul est comparable (un peu moins de 10 points chez les jeunes, près de 11 points dans l'ensemble), mais comme les 18--29 ans partaient d'un niveau bien plus bas, leur recul relatif est beaucoup plus fort : ils ont perdu plus d'un tiers de leurs votants systématiques quand l'ensemble de la population en perdait moins d'un quart. L'écart entre les deux se creuse donc en termes relatifs : en 2012, le vote systématique de l'ensemble représentait fois celui des jeunes ; en 2022, fois. C'est le sens du titre de l'étude : « les écarts selon l'âge […] continuent de se creuser ». En 2022, à peine plus d'un jeune inscrit sur six () a voté à tous les tours, contre plus d'un inscrit sur trois dans l'ensemble (37 %).
Question 2. L'engagement politique désigne l'ensemble des activités par lesquelles les citoyens participent à la vie politique : vote, militantisme dans un parti ou un syndicat, engagement associatif, consommation engagée, protestation. Il n'est pas également réparti : il dépend de variables sociodémographiques, c'est-à-dire de caractéristiques sociales des individus comme l'âge, le diplôme, la catégorie sociale ou le genre. Le document le montre pour le vote, forme conventionnelle par excellence, à travers deux variables ; les connaissances permettent d'en ajouter et d'expliquer.
Première variable : l'âge. Le document montre un écart massif et croissant. En 2022, 47,7 % des inscrits de 65 ans et plus ont voté systématiquement contre 17,3 % des 18--29 ans, soit points d'écart et un rapport de : les seniors votent près de trois fois plus souvent systématiquement que les jeunes ; cet écart n'était que de points en 2002. Le cours l'explique par un effet de cycle de vie : à vingt ans, on est étudiant ou en emploi instable, mobile donc souvent mal inscrit, sans impôts locaux ni enfants, et l'on se sent peu concerné par les enjeux ; l'insertion professionnelle, l'installation et la famille rapprochent ensuite du vote. S'y ajoute un effet de génération (Anne Muxel) : les cohortes récentes, socialisées dans la défiance envers les partis et l'affaiblissement du devoir civique, pratiquent un vote intermittent plutôt que systématique, et chaque génération vote un peu moins que la précédente au même âge. Mais l'âge modifie autant la forme de l'engagement que son intensité : les jeunes privilégient les répertoires protestataires et numériques, pétitions en ligne, boycott, grèves scolaires pour le climat de 2018--2019, tandis que les retraités dominent la vie associative locale.
Seconde variable : le diplôme. En 2022, 43,7 % des diplômés de l'enseignement supérieur ont voté systématiquement contre 28,8 % des personnes sans diplôme, soit points d'écart, une participation 1,5 fois plus fréquente ; l'écart était de points en 2002 et de 11,6 points en 2012 : il se creuse à chaque décennie, et la baisse touche d'abord les moins diplômés (les sans-diplôme perdent 13,4 points entre 2012 et 2022, les diplômés du supérieur 10,1). Le cours l'explique par la compétence politique : le diplôme, et le capital culturel qu'il atteste, donnent le sentiment d'être autorisé à avoir une opinion sur les affaires publiques et capable de la traduire en acte ; Daniel Gaxie parle d'un « cens caché » qui écarte du jeu politique les moins dotés sans interdiction formelle. Les diplômés disposent aussi de l'information et des ressources (aisance à l'écrit et à l'oral, réseaux) que réclament la pétition, la prise de parole en réunion ou le recours en justice : l'abstention, mais aussi la faible participation protestataire, sont d'abord populaires.
Les connaissances ajoutent d'autres variables que le document ne montre pas. Le genre : longtemps moins engagées dans les organisations politiques, héritage d'une socialisation différenciée et d'un moindre temps disponible, les femmes ont rattrapé l'écart de vote et dominent l'engagement associatif de solidarité, mais restent minoritaires aux positions dirigeantes des partis et des syndicats. La socialisation politique familiale, enfin, transmet l'engagement : les enfants de familles politisées ou de traditions militantes s'engagent plus souvent. L'engagement politique est donc socialement situé : le diplôme et la position sociale en commandent l'intensité, l'âge et le genre en orientent les formes.