Corrigé bac SES 2026 Métropole jour 1 — EC partie 3 : La productivité des firmes sous-tend la compétitivité d'un pays
Sujet officiel du baccalauréat, spécialité sciences économiques et sociales, session 2026. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.
Énoncé
Troisième partie : Raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire (10 points). Il est demandé au candidat de traiter le sujet : en développant un raisonnement ; en exploitant les documents du dossier ; en faisant appel à ses connaissances personnelles ; en composant une introduction, un développement, une conclusion. Cette partie comporte trois documents.
Sujet : À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que la productivité des firmes sous-tend la compétitivité d'un pays, c'est-à-dire son aptitude à exporter.
Document 1. Secteurs industriels avec l'excédent commercial le plus élevé en France sur un an (septembre 2023 – août 2024), en milliards d'euros (graphique à barres ; valeurs inscrites sur le graphique).
| Secteur | Importations | Exportations |
|---|---|---|
| Industrie aéronautique & spatiale | 27,7 | 57,1 |
| Chimie, parfums & cosmétiques | 55,4 | 75,4 |
| Produits agricoles & agroalimentaires | 75,5 | 82,0 |
{ Source : Tristan GAUDIAUT, « Les fleurons de l'industrie française à l'export », www.statista.com, 24 octobre 2024.}
Document 2.
Aequs Aerospace France1 monte en capacité en se dotant d'une nouvelle machine d'usinage cinq axes à très haute vitesse. Un investissement de 2 millions d'euros pour ce sous-traitant aéronautique de Cholet (Maine-et-Loire). « C'est la première machine neuve que nous achetons depuis sept ans. Elle répond à un impératif de productivité demandé par notre principal client. Sans cet investissement, nous perdions le marché », explique Olivier de Rohan-Chabot, directeur de l'usine choletaise. Le nouvel équipement doit en effet usiner 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 des pièces de fonderie en aluminium destinées à la fabrication de trains d'atterrissage, pour le compte de Safran Landing Systems2.
La filiale française du groupe indien Aequs Aerospace est en effet active dans l'usinage de pièces aéronautiques complexes et à forte valeur ajoutée pour les programmes neufs des avionneurs et pour la fourniture de pièces de rechange à destination des compagnies aériennes. Elle produit ainsi des éléments de trains d'atterrissage et des composants moteur équipant l'Airbus A320, l'ATR 72 pour les trains d'atterrissage, ou encore le Falcon 7X de Dassault, ainsi que certains programmes militaires. « Les commandes d'avions neufs explosant, nous enregistrons une croissance de 20 % depuis la sortie de crise du Covid. Cette tendance devrait se maintenir au cours des trois prochaines années », indique le directeur d'Aequs Aerospace France.
Depuis 2022, cette entreprise de 70 salariés a en effet vu son chiffre d'affaires passer de 6,5 à 11 millions d'euros sur son dernier exercice clôt en mars 2025. Olivier de Rohan-Chabot table ainsi sur un atterrissage à 15 millions d'euros pour l'exercice 2025-2026. « […], nous prenons de nouveaux marchés notamment dans les pièces de prototypage. Un domaine très spécifique qui nous permet de nous positionner auprès de nos clients en vue de l'adoption en série des prochaines motorisations », ajoute le dirigeant. En conséquence, Aequs Aerospace a créé dix postes ces deux dernières années à Cholet.
{ Source : d'après Cédric MENUET, « Aequs Aerospace France augmente ses capacités de production en Maine-et-Loire », wwww.lesechos.fr, 16 mai 2025.
1 : Aequs Aerospace France : filiale du groupe indien Aequs Aerospace.
2 : Safran Landing Systems : entreprise française, filiale du groupe Safran, spécialisée dans le domaine aéronautique.}
Document 3. Évolution du salaire moyen par tête (en indice), et croissance de la productivité globale des facteurs (en indice) dans quelques pays, 2000-2022.
| 2000 | 2005 | 2010 | 2015 | 2020 | 2022 | |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Allemagne | ||||||
| Salaire moyen par tête, indice base 100 en 2000 | 100 | 102 | 103 | 112 | 117 | 115 |
| Croissance de la productivité globale des facteurs, indice base 100 en 2000 | 100 | 103 | 103 | 108 | 111 | 112 |
| Espagne | ||||||
| Salaire moyen par tête, indice base 100 en 2000 | 100 | 99 | 108 | 104 | 102 | 100 |
| Croissance de la productivité globale des facteurs, indice base 100 en 2000 | 100 | 98 | 98 | 99 | 98 | 102 |
| États-Unis | ||||||
| Salaire moyen par tête, indice base 100 en 2000 | 100 | 105 | 110 | 115 | 127 | 127 |
| Croissance de la productivité globale des facteurs, indice base 100 en 2000 | 100 | 108 | 113 | 113 | 117 | 117 |
| France | ||||||
| Salaire moyen par tête, indice base 100 en 2000 | 100 | 107 | 114 | 118 | 116 | 121 |
| Croissance de la productivité globale des facteurs, indice base 100 en 2000 | 100 | 103 | 102 | 104 | 103 | 101 |
| Japon | ||||||
| Salaire moyen par tête, indice base 100 en 2000 | 100 | 101 | 99 | 97 | 100 | 100 |
| Croissance de la productivité globale des facteurs, indice base 100 en 2000 | 100 | 104 | 103 | 108 | 108 | 109 |
{ Source : d'après Un monde en mutation – Productivité, compétitivité et transition numérique, Rapport du Conseil National de Productivité, 14 avril 2025.}
Corrigé
Introduction. En un an, de septembre 2023 à août 2024, l'industrie aéronautique et spatiale française a exporté pour 57,1 milliards d'euros et dégagé l'excédent commercial le plus élevé de l'industrie française (document 1) : derrière Airbus, ce sont des centaines de sous-traitants dont la productivité conditionne cette réussite. La productivité d'une firme rapporte sa production aux facteurs qu'elle utilise : productivité du travail (production par heure travaillée) ou productivité globale des facteurs (PGF), c'est-à-dire l'efficacité de la combinaison du travail et du capital, qui reflète le progrès technique, l'innovation et l'organisation. La compétitivité d'un pays est son aptitude à vendre ses produits sur les marchés mondiaux, donc à exporter : elle est dite prix lorsqu'elle repose sur la capacité à vendre moins cher, et hors prix lorsqu'elle repose sur la qualité, l'innovation, l'image de marque ou les délais. Dire que la productivité des firmes sous-tend la compétitivité, c'est affirmer qu'elle en est le fondement : un pays n'exporte que ce que ses entreprises produisent efficacement. Nous montrerons que les gains de productivité abaissent les coûts unitaires et fondent la compétitivité-prix (I), qu'ils passent par l'investissement et l'innovation qui fondent la compétitivité hors prix (II), et qu'ils se traduisent, à l'échelle du pays, par des excédents concentrés dans les secteurs les plus productifs (III).
I. Les gains de productivité abaissent les coûts unitaires et fondent la compétitivité-prix. Affirmation : à salaire donné, une firme plus productive produit chaque unité à moindre coût, ce qui lui permet de vendre moins cher ou de dégager des marges. Explication : le coût salarial unitaire est le rapport du salaire à la productivité ; si la productivité augmente plus vite que les salaires, ce coût baisse, la firme peut réduire ses prix à l'exportation sans sacrifier sa marge, et le pays gagne des parts de marché ; si au contraire les salaires progressent sans gains de productivité, les coûts unitaires s'alourdissent et la compétitivité-prix s'érode, ce qu'aucune dévaluation ne peut plus corriger dans la zone euro. La productivité, et non le seul niveau des salaires, est donc la variable décisive. Illustration : document 3 : entre 2000 et 2022, selon le Conseil national de productivité, la PGF de l'Allemagne a progressé de 12 % (indice 112) et le salaire moyen par tête de 15 % (indice 115) : les salaires ont suivi la productivité, le rapport des deux indices, , indique des coûts unitaires quasiment stables. Le document mesure la PGF et non la productivité du travail (qui dépend aussi de l'équipement par tête) : ce rapport n'est donc qu'une approximation du coût salarial unitaire, mais il en donne le sens. En France, la PGF n'a gagné que 1 % (indice
- alors que le salaire moyen a augmenté de 21 % (indice 121) : le rapport traduit une hausse d'environ 20 % du coût du travail par unité d'efficacité, soit un écart de points contre 3 points en Allemagne. Au Japon, à l'inverse, la PGF a gagné 9 % pour un salaire stable (indice 100). Cette divergence de productivité éclaire le déficit récurrent des échanges de biens de la France, environ 100 milliards d'euros en 2023 selon les Douanes, face à l'excédent allemand.
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