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Corrigé bac SES 2026 Métropole jour 2 — EC partie 2 : Difficultés de recrutement et sources du chômage structurel

Sujet officiel du baccalauréat, spécialité sciences économiques et sociales, session 2026. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.

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Énoncé

Deuxième partie : Étude d'un document (6 points).

Les principales difficultés de recrutement envisagées par les employeurs (en %).

{\smallVous avez déclaré envisager des difficultés à l'embauche pour au moins l'un de vos projets de recrutements. Quels types de difficultés de recrutement pensez-vous rencontrer ? Plusieurs réponses possibles. Base : établissements potentiellement recruteurs, qui pensent rencontrer des difficultés d'embauche (2 140).}

Type de difficulté (en %)20152016201720182019202020212022202320242025
Profil inadéquat des candidats (manque d'expérience, de diplôme, de motivation, de compétences, de mobilité, absence de permis)81,781,981,377,676,576,975,271,479,176,479,3
Pénurie de candidats73,274,080,283,078,984,377,086,184,985,380,3
Nature du poste proposé (horaires de travail, conditions générales d'exercice du métier : pénibilité, salaire)51,653,952,550,635,437,432,133,237,035,734,7
Accès au lieu de travail (problème de transports)20,420,016,015,714,616,516,314,715,517,019,2
Déficit d'image (de l'entreprise, du secteur d'activité, du métier proposé)12,414,717,819,714,623,217,722,623,123,923,6
Les procédures internes de recrutement (décideur différent du recruteur, manque de temps consacré au recrutement, trop de démarches)32,629,313,812,37,014,413,811,615,811,415,3
Manque de moyens financiers----25,725,417,619,822,816,823,417,926,9
Autres types de difficultés2,30,80,40,30,80,22,10,10,80,00,0

{ Source : d'après France Travail, Enquête Besoins en Main-d'œuvre 2025, 2025.}

Questions :

  1. À l'aide des données du document et d'un calcul simple, vous caractériserez l'évolution du type de difficulté « pénurie de candidats » entre 2015 et 2025. (2 points)
  1. À l'aide du document et de vos connaissances, vous présenterez deux sources différentes de chômage structurel. (4 points)

Corrigé

Le document est un tableau tiré de l'enquête Besoins en main-d'œuvre (BMO) de France Travail, publiée en 2025. Il donne, pour chaque année de 2015 à 2025, la part (en %) des établissements qui pensent rencontrer des difficultés d'embauche et qui citent chaque type de difficulté ; plusieurs réponses étant possibles, les colonnes ne totalisent pas 100. Il ne décrit pas le chômage mais son envers : les difficultés des employeurs à pourvoir leurs postes.

Question 1. En 2015, selon France Travail, 73,2 % des établissements qui pensaient rencontrer des difficultés d'embauche citaient la pénurie de candidats ; en 2025, ils sont 80,3 %. Écart en points : points de pourcentage. Taux de variation : , soit un coefficient multiplicateur d'environ 1,10. Lecture : entre 2015 et 2025, la part des établissements en difficulté de recrutement qui invoquent une pénurie de candidats a augmenté de 7,1 points de pourcentage, soit une hausse d'environ 10 % en dix ans.

Cette évolution mérite d'être caractérisée plus finement. La hausse est tendancielle mais irrégulière : la part dépasse 80 % dès 2017 (80,2 %), culmine à 86,1 % en 2022, reste proche de 85 % en 2023 et 2024 (84,9 % et 85,3 %), avec des reculs ponctuels (78,9 % en 2019, 77,0 % en 2021) et un repli en 2025 (80,3 %, soit points par rapport à 2024). Surtout, la pénurie de candidats a changé de rang : en 2015, elle venait derrière le profil inadéquat des candidats (81,7 %, soit 8,5 points de plus), alors que depuis 2018 elle est chaque année la difficulté la plus citée, jusqu'à 14,7 points devant le profil inadéquat en 2022 () ; en 2025, les deux motifs sont presque à égalité (80,3 % contre 79,3 %). Le manque de candidats est ainsi devenu la première difficulté de recrutement en France, alors même que le taux de chômage restait supérieur à 7 %.

Question 2. Le chômage structurel est la composante durable du chômage, liée au fonctionnement même du marché du travail : il subsiste quand la conjoncture est bonne, à la différence du chômage conjoncturel, dû à une insuffisance de la demande globale. Le paradoxe que décrit le document, des employeurs qui ne trouvent pas de candidats dans un pays qui compte plus de deux millions de chômeurs au sens du BIT, en révèle deux sources distinctes.

Première source : les problèmes d'appariement entre offres et demandes de travail. À tout moment coexistent des chômeurs et des emplois vacants (300 000 à 400 000 en France) parce que les uns ne correspondent pas aux autres. Il y a d'abord une inadéquation des qualifications : les compétences des demandeurs d'emploi ne sont pas celles que réclament les entreprises (pénuries dans le bâtiment, la santé, le numérique). Le document le montre : en 2025, 79,3 % des établissements en difficulté citent le profil inadéquat des candidats, c'est-à-dire le manque d'expérience, de diplôme ou de compétences, un motif qui n'est jamais descendu sous 71,4 % (2022) en dix ans. Il y a ensuite une inadéquation géographique : les emplois ne sont pas là où sont les chômeurs, et la mobilité résidentielle est coûteuse. Le document l'illustre aussi : 19,2 % des établissements invoquent en 2025 l'accès au lieu de travail (problème de transports), son plus haut niveau depuis 2016 (20,0 %), et le profil inadéquat inclut le manque de mobilité et l'absence de permis. Enfin, la « pénurie de candidats » elle-même (80,3 % en 2025) traduit ce défaut de rencontre : les postes existent, mais les candidats ne se présentent pas. Sur la courbe de Beveridge, qui relie taux de chômage et taux d'emplois vacants, cette dégradation de l'appariement se lit comme un déplacement de la courbe vers l'extérieur : pour un même taux de chômage, davantage d'emplois restent vacants. Ce chômage appelle des politiques de formation (apprentissage, formation continue) et d'aide à la mobilité, non une relance de la demande.

Seconde source : les institutions du marché du travail et le coût du travail. Le salaire minimum, les cotisations sociales, la protection de l'emploi et l'assurance chômage protègent les salariés, mais elles ont des effets ambivalents sur l'emploi. D'un côté, si le coût du travail imposé par le SMIC et les cotisations dépasse la productivité des salariés les moins qualifiés, l'employeur renonce à embaucher : le document montre que 26,9 % des établissements en difficulté citent en 2025 le manque de moyens financiers, le plus haut niveau de la période, c'est-à-dire qu'ils ne peuvent pas payer le coût du recrutement ou d'un salaire attractif. De l'autre, l'indemnisation du chômage permet au demandeur d'emploi de refuser les postes dont les conditions lui paraissent insuffisantes : c'est un aléa moral qui relève le salaire en dessous duquel il n'accepte pas un emploi (son salaire de réservation) et allonge la durée du chômage. Le document l'éclaire : 34,7 % des établissements attribuent leurs difficultés à la nature du poste proposé (horaires, pénibilité, salaire), et 23,6 % à un déficit d'image du métier ou du secteur : des emplois restent vacants parce que leurs conditions découragent des candidats qui peuvent attendre mieux. Cette source de chômage est différente de la première : il ne s'agit plus d'une inadéquation des compétences ou des lieux, mais du niveau auquel les institutions fixent le prix et les conditions du travail. Son ampleur est débattue : un salaire minimum modéré a peu d'effet mesurable sur l'emploi (Card et Krueger), et l'indemnisation améliore aussi l'appariement en laissant le temps de chercher un emploi adapté. C'est pourquoi la France a choisi d'exonérer de cotisations les bas salaires depuis 1993 et de réformer à plusieurs reprises l'assurance chômage.

On pourrait ajouter une troisième source, les asymétries d'information : parce qu'il observe mal l'effort de ses salariés, l'employeur a intérêt à payer un salaire d'efficience supérieur au salaire d'équilibre (Shapiro et Stiglitz), ce qui entretient un chômage involontaire. Dans tous les cas, ce chômage structurel ne se combat pas par le soutien de la demande globale, mais par des politiques agissant sur le fonctionnement du marché du travail.

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