Corrigé bac SES 2026 Métropole jour 2 — EC partie 3 : Le revenu et le diplôme ne sont pas les seuls facteurs qui structurent l'espace social
Sujet officiel du baccalauréat, spécialité sciences économiques et sociales, session 2026. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.
Travailler ce sujet sur Adloun Sujet officiel (PDF) Corrigé complet (PDF)
Énoncé
Troisième partie : Raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire (10 points). Cette partie comporte trois documents.
Sujet : À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que le revenu et le diplôme ne sont pas les seuls facteurs qui structurent et hiérarchisent l'espace social.
Document 1. Écarts de salaires selon le sexe et le niveau de rémunération (salaires nets mensuels en euros du secteur privé en équivalent temps plein).
| Ensemble | Hommes | Femmes | |
|---|---|---|---|
| 10 % des salariés gagnent moins de… | 1 512 | 1 539 | 1 487 |
| 20 %… | 1 671 | 1 716 | 1 622 |
| 30 %… | 1 871 | 1 881 | 1 751 |
| 40 %… | 1 988 | 2 062 | 1 896 |
| 50 %… | 2 183 | 2 275 | 2 069 |
| 60 %… | 2 432 | 2 544 | 2 285 |
| 70 %… | 2 769 | 2 909 | 2 583 |
| 80 %… | 3 281 | 3 475 | 3 025 |
| 10 % des salariés gagnent plus de… | 4 302 | 4 607 | 3 875 |
| 5 %… | 5 562 | 6 017 | 4 903 |
| 1 %… | 10 222 | 11 431 | 8 392 |
| Rapport entre les 10 % les mieux payés et les 10 % les moins bien payés | 2,8 | 3,0 | 2,6 |
| Écart entre les 10 % les mieux payés et les 10 % les moins bien payés (en euros) | 2 790 | 3 068 | 2 388 |
| Rapport entre le 1 % le mieux payé et les 10 % les moins bien payés | 6,98 | 7,4 | 5,6 |
| Écart entre le 1 % le mieux payé et les 10 % les moins bien payés (en euros) | 8 710 | 9 892 | 6 905 |
{ Lecture : les 10 % des salariés les moins bien payés perçoivent un salaire mensuel net inférieur ou égal à 1 512 euros, en équivalent temps plein. Source : d'après l'INSEE, INSEE Références, 2023.}
Document 2. Dans l'ensemble, l'élévation du niveau de formation entraîne l'amélioration des débouchés sur le marché du travail et l'augmentation de la rémunération. Conjuguée à d'autres retombées sociales, la perspective de percevoir une rémunération plus élevée et de la voir de surcroît augmenter au fil du temps est un aiguillon (1) important qui incite à poursuivre ses études. L'avantage salarial associé à des niveaux de formation plus élevés peut toutefois varier selon l'âge, la filière et le domaine d'études. Le temps de travail est, au-delà du niveau de formation, un autre facteur déterminant de la rémunération (les travailleurs à temps partiel gagnent moins non seulement en valeur absolue, mais également en valeur relative). Les plus qualifiés qui travaillent plus sont plus susceptibles de gagner davantage. Toutefois, la rémunération varie toujours selon le sexe indépendamment de l'âge, du niveau de formation et de la filière dans tous les pays. D'autres facteurs interviennent dans la rémunération et contribuent aux différences dans la répartition des travailleurs entre les catégories de rémunération : la demande de compétences sur le marché du travail, l'offre de main-d'œuvre aux divers niveaux de formation, la législation sur le salaire minimum et le droit du travail et les structures et les usages professionnels (dont la puissance des syndicats, le champ d'application des conventions collectives et la qualité des conditions de travail).
{ Source : OCDE, Regards sur l'éducation, 2023. (1) Aiguillon : un stimulant, un encouragement.}
Document 3. Répartition des ménages par statut d'occupation selon la composition du ménage au 1<sup>er</sup> janvier 2020, en %.
| Composition du ménage | Propriétaire | Locataire ou | Logé | Ensemble |
|---|---|---|---|---|
| sous-locataire | gratuitement | |||
| Personne seule | 45,4 | 51,8 | 2,8 | 100,0 |
| Couple sans enfant | 74,6 | 24,0 | 1,4 | 100,0 |
| Couple avec enfants | 67,8 | 30,4 | 1,8 | 100,0 |
| Famille monoparentale | 37,9 | 60,2 | 2,0 | 100,0 |
| Autre type de ménage | 31,8 | 64,4 | 3,7 | 100,0 |
| Ensemble | 57,6 | 40,2 | 2,1 | 100,0 |
{ Lecture : au 1<sup>er</sup> janvier 2020, 45,4 % des ménages constitués d'une personne seule sont propriétaires de leur résidence principale. Champ : France métropolitaine. Source : INSEE, Recensement de la population, 2020.}
Corrigé
Introduction.
Une employée à temps partiel élevant seule ses enfants et un couple de retraités propriétaires de leur maison peuvent avoir le même diplôme et des revenus voisins : ils n'occupent pourtant pas la même position dans la société. L'espace social (Pierre Bourdieu) est une représentation de la société dans laquelle chaque individu occupe une position déterminée par une pluralité de facteurs ; dire que ces facteurs structurent l'espace social, c'est dire qu'ils répartissent la population en groupes différenciés, et qu'ils le hiérarchisent, c'est dire qu'ils ordonnent ces groupes du haut en bas de l'échelle sociale. Le revenu, ressource économique tirée du travail ou du patrimoine, et le diplôme, capital culturel certifié par l'école, sont deux facteurs majeurs de cette hiérarchie : comme le rappelle le document 2, « l'élévation du niveau de formation entraîne l'amélioration des débouchés sur le marché du travail et l'augmentation de la rémunération ». Mais ils n'épuisent pas la position sociale. Nous montrerons que le sexe hiérarchise l'espace social indépendamment du revenu et du diplôme (I), que la composition du ménage et la position dans le cycle de vie structurent les conditions d'existence et l'accès au patrimoine (II), et que d'autres facteurs encore, l'âge, le temps et le statut de travail, les institutions et le territoire, différencient les positions (III).
I. Le sexe hiérarchise l'espace social indépendamment du revenu et du diplôme.
Affirmation : les rapports sociaux de genre constituent un facteur de hiérarchisation propre, qui traverse tous les niveaux de revenu et de diplôme. Explication : à diplôme égal, les femmes n'occupent pas les mêmes emplois que les hommes (ségrégation professionnelle : concentration dans les métiers du soin, du commerce et du secrétariat, moins rémunérés), progressent moins dans les hiérarchies (plafond de verre) et assurent environ les deux tiers du travail domestique, ce qui pèse sur leur carrière et les conduit plus souvent au temps partiel (27 % des femmes en emploi contre 8 % des hommes). Il en résulte un écart de salaire d'environ 14 % en équivalent temps plein et de 22 % tous temps de travail confondus (cours). Illustration : le document 1 le confirme et le précise. Les salaires y sont calculés en équivalent temps plein : l'écart observé ne tient donc pas au temps partiel. Selon l'INSEE (2023), la moitié des salariées du secteur privé gagnent moins de 2 069 euros nets par mois, contre 2 275 euros pour la moitié des salariés hommes, soit 206 euros de moins (). Surtout, l'écart s'élargit à mesure que l'on monte dans la hiérarchie des salaires : il n'est que de 52 euros, environ 3 %, au seuil des 10 % les moins bien payés (1 487 contre 1 539 euros), mais de 732 euros, environ 16 %, au seuil des 10 % les mieux payés (3 875 contre 4 607 euros), et de 3 039 euros, environ 27 %, au seuil du 1 % le mieux payé (8 392 contre 11 431 euros). Le rapport entre les 10 % les mieux payés et les 10 % les moins bien payés est de 3,0 chez les hommes contre 2,6 chez les femmes : la distribution des salaires féminins est comprimée vers le bas, les très hauts salaires restant masculins. Le document 2 (OCDE, 2023) généralise le constat : « la rémunération varie toujours selon le sexe indépendamment de l'âge, du niveau de formation et de la filière dans tous les pays ». Le sexe hiérarchise donc l'espace social à revenu et à diplôme donnés, et d'autant plus fortement que la position est élevée.
II. La composition du ménage et la position dans le cycle de vie structurent
les conditions d'existence et l'accès au patrimoine.
Affirmation : un même revenu individuel ne procure pas la même position selon la configuration du ménage et l'âge. Explication : le niveau de vie se calcule à l'échelle du ménage : un salaire partagé entre un seul adulte et des enfants à charge fait moins vivre que deux salaires mis en commun. La position dans le cycle de vie compte aussi : le patrimoine, et d'abord le logement, s'accumule avec l'âge, à mesure que les enfants quittent le foyer et que les emprunts sont remboursés, et il constitue un capital économique distinct du revenu courant, qui protège (pas de loyer à payer) et se transmet. Ces facteurs se combinent : les familles monoparentales, composées à plus de 80 % d'une mère et de ses enfants, cumulent un seul revenu, souvent féminin et à temps partiel, et des charges ; selon l'INSEE (2021), 32 % des personnes vivant en famille monoparentale sont pauvres, contre 7 % de celles qui vivent en couple sans enfant (cours). Illustration : document 3 : au 1<sup>er</sup> janvier 2020, selon le recensement de l'INSEE, 74,6 % des couples sans enfant sont propriétaires de leur résidence principale en France métropolitaine, contre 37,9 % des familles monoparentales, soit un écart de 36,7 points et une part presque deux fois plus élevée () ; les personnes seules (45,4 %) et les couples avec enfants (67,8 %) occupent des positions intermédiaires, de part et d'autre de la moyenne (57,6 %). Symétriquement, 60,2 % des familles monoparentales sont locataires, contre 24,0 % des couples sans enfant, deux fois et demie moins. La composition du ménage hiérarchise ainsi l'accès à la propriété, donc au patrimoine, alors que le cours rappelle que les 10 % de ménages les mieux dotés détiennent près de la moitié du patrimoine total : elle place les uns du côté de l'accumulation et les autres du côté de la précarité résidentielle, indépendamment de leur diplôme.
III. L'âge, le temps et le statut de travail, les institutions et le territoire
différencient encore les positions.
Affirmation : la rémunération elle-même, et plus largement la position, dépendent de facteurs qui ne se réduisent ni au diplôme ni au revenu initial. Explication : comme l'avait vu Max Weber, la stratification est multidimensionnelle : la classe, définie par les chances d'accès aux biens sur le marché, coexiste avec le statut (prestige, mode de vie) et le pouvoir. La nomenclature des PCS elle-même ne classe pas seulement selon la qualification, mais selon le statut (salarié ou indépendant) et la profession ; le lieu de résidence commande l'accès à l'emploi, aux services et aux prix du logement, et la ségrégation résidentielle et scolaire sépare les groupes sociaux dans l'espace (Louis Chauvel) ; le capital social, réseau de relations mobilisables, ouvre les portes des stages et des emplois (Bourdieu). Illustration : document 2 : selon l'OCDE, « l'avantage salarial associé à des niveaux de formation plus élevés peut varier selon l'âge, la filière et le domaine d'études » ; le temps de travail est « un autre facteur déterminant » (les travailleurs à temps partiel gagnent moins en valeur absolue et en valeur relative) ; et la rémunération dépend de la demande de compétences, de l'offre de main-d'œuvre, de « la législation sur le salaire minimum et du droit du travail », de « la puissance des syndicats », du « champ d'application des conventions collectives » et « de la qualité des conditions de travail ». Autrement dit, à diplôme égal, la branche, la taille de l'entreprise, la convention collective et le rapport de force syndical fixent la place dans la hiérarchie des salaires. Le document 1 en donne l'ampleur : le rapport entre le 1 % le mieux payé et les 10 % les moins bien payés atteint 7,4 chez les hommes, alors que ces salariés ne diffèrent pas seulement par leur diplôme. Enfin, le mouvement des Gilets jaunes (2018) a rappelé que le territoire, périurbain et rural dépendant de la voiture contre centres des métropoles, hiérarchise des positions que la seule PCS ne distingue pas.
Conclusion.
Le revenu et le diplôme structurent puissamment l'espace social, mais ils ne sont pas seuls : le sexe creuse, à revenu et diplôme donnés, un écart de salaire qui va de 3 % en bas à 27 % au sommet de la hiérarchie ; la composition du ménage et le cycle de vie décident de l'accès à la propriété (74,6 % des couples sans enfant, 37,9 % des familles monoparentales) ; l'âge, le temps et le statut de travail, les institutions salariales et le territoire différencient encore les positions. Ces facteurs ne s'additionnent pas seulement, ils se cumulent : les inégalités sont multiformes et s'entretiennent mutuellement, comme le montre la mère isolée, employée à temps partiel et locataire. C'est pourquoi la société ne se décrit pas comme une simple échelle de revenus ou de diplômes, mais comme un espace à plusieurs dimensions, celui de Bourdieu, où le volume et la structure des capitaux, économique, culturel et social, se combinent avec le genre, l'âge et le lieu.
Ce que le correcteur attend.
Une démonstration en paragraphes AEI qui reconnaît le rôle du revenu et du diplôme puis établit chaque autre facteur avec ses données (document 1 : écart femmes/hommes croissant le long de la distribution, en équivalent temps plein ; document 3 : propriété selon la composition du ménage ; document 2 : âge, temps de travail, institutions). Notions : espace social, rapports sociaux de genre, composition du ménage, cycle de vie, patrimoine, lieu de résidence, inégalités cumulatives. Pièges : réduire le sujet aux salaires, oublier le document 3, lire le document 1 comme un effet du temps partiel. Remarque : le rapport « 6,98 » imprimé pour l'ensemble ne correspond pas aux seuils du tableau () ; les colonnes hommes et femmes (7,4 et 5,6) sont, elles, cohérentes avec leurs seuils, et c'est sur elles qu'il faut s'appuyer.