Adloun

Corrigé bac SES 2026 Polynésie jour 1 — Dissertation : Les classes sociales sont-elles encore pertinentes ?

Sujet officiel du baccalauréat, spécialité sciences économiques et sociales, session 2026. Corrigé rédigé par Ibrahim Alame.

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Énoncé

Consigne officielle. Il est demandé au candidat :

Il sera tenu compte, dans la notation, de la clarté de l'expression et du soin apporté à la présentation. Ce sujet comporte quatre documents.

Sujet. L'analyse en termes de classes sociales reste-elle [sic] pertinente pour rendre compte de la société française ?

Document 1. Taux de départ en vacances en fonction du niveau de vie<sup>1</sup> (en %).

Niveau de vie mensuelTaux de départ en vacances (en %)
19831993200320132023
Moins de 1 285 euros (bas revenus)4740373942
De 1 285 à 1 840 euros (classes moyennes inférieures)5456544955
De 1 840 à 2 755 euros (classes moyennes supérieures)7167706671
Supérieurs à 2 755 euros (hauts revenus)7985808276

{ 1 : Niveau de vie mensuel pour une personne seule.

Source : Observatoire des inégalités, 2025.

Lecture : En 2023, 76 % des Français ayant un niveau de vie mensuel (revenu disponible pour une personne seule) supérieur à 2 755 euros sont partis en vacances.}

Document 2. Niveau d'études selon le milieu social de 2011 à 2013 et de 2021 à 2023 (part des personnes âgées de 25 à 29 ans détenant le diplôme, en % ; graphique en barres empilées, valeurs lues sur le graphique et arrondies au demi-point, sauf les totaux et les parts des grandes écoles, donnés par la note de lecture du sujet).

Employés,Cadres, prof.Ensemble
ouvriersintermédiaires
Diplôme détenu (en %)201120212011202120112021
-2013-2023-2013-2023-2013-2023
À partir de Bac+5 en université510,51626,51018,5
Diplômés des grandes écoles2,52,69,511,15,56,5
Jusqu'à Bac+4 en université8,51115,5181214,5
DUT/BTS, équivalents11,51114,51012,510,5
Paramédical et social2,513,5131
Ensemble du supérieur303659674351

{ Champ : France métropolitaine en 2011-2013 ; France métropolitaine et Départements et Régions d'Outre-Mer hors Mayotte en 2021-2023. Le second groupe réunit les enfants de cadres, de professions intermédiaires (dont enseignants) ou d'indépendants.

Source : Insee (enquête Emploi), traitements MENESR-DEPP.

Lecture : En moyenne sur 2021, 2022 et 2023, 36 % des enfants d'employés et ouvriers âgés de 25 à 29 ans déclarent détenir un diplôme d'enseignement supérieur, contre 67 % des enfants de cadres, de professions intermédiaires ou d'indépendants. 2,6 % des premiers déclarent détenir un diplôme d'une grande école contre 11,1 % des seconds.}

Document 3. Part des femmes parmi les élus locaux en 2024 en France (en % ; graphique à barres, valeurs lues sur le graphique et arrondies au point).

ÉchelonMandat ou fonctionPart des femmes (en %)
RégionsConseillères régionalesenviron 49
Présidentes de conseil régionalenviron 36
DépartementsConseillères départementalesenviron 50
Présidentes de conseil départementalenviron 21
CommunesConseillères municipalesenviron 42
Mairesenviron 21
ParlementSénatricesenviron 36
Députéesenviron 36

{ Source : Ministère de l'Intérieur, 2024.}

Document 4.

« Je gagne 1 636 euros net par mois, et environ 1 700 euros quand je fais des heures supplémentaires. Je travaille quarante heures dans une librairie indépendante à Paris, où j'ai effectué mon apprentissage […] Avant ça, j'ai fait une école de théâtre, et pas mal de petits boulots. […]

Je n'ai pas trop été encouragée à suivre une voie artistique. Ma mère était très réticente à cette idée. Elle a toujours aimé que je fasse du théâtre comme loisir. Mais, dès que c'est devenu un projet professionnel, elle a été inquiète. […] Ma mère, vendeuse dans une boucherie après être passée par d'autres métiers (comme de la vente par téléphone), nous a élevées seule, moi et ma petite sœur. Je ne sais pas du tout combien elle gagne. On ne parle pas d'argent chez moi, c'est archi tabou. […] Alors, elle imaginait pour moi un secteur plus stable que la scène.

Pour ne pas faire peser mes choix sur elle, j'ai passé une année après le bac à enchaîner les jobs et à mettre de l'argent de côté afin de financer mon école de théâtre privée, à 2 500 euros l'année. C'était important pour moi de la payer moi-même. […]

J'ai dû contracter un prêt de 5 000 euros pour pouvoir payer les courses et le loyer. Je commence depuis quelques semaines à le rembourser, et cela retire donc 86 euros par mois à mon salaire. À la fin, il ne me reste pas beaucoup pour vivre, mais on se débrouille ! […]

Je vis avec ma copine, également libraire, dans un appartement de 40 mètres carrés pour un peu moins de 1 000 euros par mois. […]

Pour le futur, moi et ma copine commençons à nous poser des questions sur le plan financier. On voudrait acheter un appartement, pour ne plus jeter des loyers par les fenêtres. Mais, aujourd'hui, on n'arrive pas à épargner. Tout part dans les frais quotidiens. Pour autant, je ne veux rien m'interdire. J'aspire toujours à pouvoir un jour me dégager du temps pour pratiquer le théâtre. Peut-être, dans quelques années, passer à un trois quarts temps, pour me consacrer au jeu le reste de la semaine ? C'est un peu utopique, mais il faut continuer de rêver. »

{ Source : Alice RAYBAUD, « Valentine, 26 ans, libraire, 1 600 euros par mois : ma mère nous a transmis une inquiétude liée à l'argent », www.lemonde.fr, le 12 mai 2025.}

Corrigé

Analyse du sujet.

Une classe sociale est un groupe social de grande taille, occupant une position hiérarchisée dans la structure sociale, dont les membres partagent des conditions d'existence, des pratiques et, éventuellement, une conscience commune. Raisonner « en termes de classes », c'est donc découper la société en groupes antagonistes ou nettement séparés, à la manière de Marx (la position dans les rapports de production oppose bourgeoisie et prolétariat ; une classe « en soi » devient classe « pour soi » quand elle prend conscience de ses intérêts et entre en lutte) plutôt qu'en termes de stratification continue et multidimensionnelle, à la manière de Weber (ordre économique des classes, ordre social des groupes de statut, ordre politique des partis). Le verbe « rester » impose une comparaison dans le temps : l'analyse en classes s'est imposée dans la société industrielle du milieu du XX<sup>e</sup> siècle ; la question est de savoir si la société salariale, tertiaire et diplômée d'aujourd'hui lui échappe. La question « reste-elle pertinente ? » — ainsi imprimée dans le sujet officiel, pour « reste-t-elle » — appelle un débat : il faut peser les deux réponses, non choisir d'emblée. Le sujet relève du chapitre « Comment est structurée la société française actuelle ? » (facteurs de structuration, évolutions depuis 1950, théories des classes, moyennisation contre retour des classes), avec l'appui du chapitre sur l'École (capital culturel, démocratisation) et de celui sur la mobilité sociale (reproduction). Notions attendues : structure sociale, espace social, PCS, classes sociales, stratification, distances inter-classes et intra-classes, moyennisation, rapports sociaux de genre, identification subjective, multiplicité des critères de différenciation. Le piège serait de réciter Marx et Weber sans jamais décrire la société française, ou de ne traiter qu'une face de la question.

Les documents. Document 1 : le taux de départ en vacances reste strictement ordonné par le niveau de vie à chacune des cinq dates ; en 2023, 42 % des personnes à bas revenus partent en vacances contre 76 % des hauts revenus. Document 2 : en 2021-2023, 36 % des enfants d'employés et d'ouvriers sont diplômés du supérieur contre 67 % des enfants de cadres, de professions intermédiaires ou d'indépendants, et 2,6 % contre 11,1 % pour les grandes écoles : l'école diffuse ses diplômes sans réduire l'écart. Document 3 : en 2024, les femmes forment environ la moitié des conseillers départementaux (50 %) et régionaux (49 %), mais seulement environ 21 % des maires et des présidents de conseil départemental : un rapport social de genre que la classe n'explique pas. Document 4 : Valentine, 26 ans, libraire à 1 636 euros net, fille d'une vendeuse qui l'a élevée seule, a financé seule son école de théâtre et rembourse un prêt de 5 000 euros ; elle ne se dit jamais d'une classe et raconte un parcours personnel.

Problématique.

La société française, où les positions, les modes de vie et les destins restent fortement hiérarchisés, peut-elle encore être décrite comme une société de classes, alors que la moyennisation, la multiplication des critères de différenciation et l'affaiblissement de l'identification subjective ont brouillé les frontières entre les groupes ?

Plan détaillé.

I. L'analyse en termes de classes garde sa pertinence : la société française reste objectivement structurée, hiérarchisée et reproduite.

I.A. Des positions durablement hiérarchisées et des inégalités cumulatives. Affirmation : la place occupée sur le marché du travail commande l'ensemble des conditions d'existence. Explication : chez Marx, la classe se définit par la position dans les rapports de production (vendre sa force de travail ou détenir le capital) ; chez Weber, par les chances d'accès aux biens sur le marché ; dans les deux cas, la position professionnelle commande le revenu, et le revenu commande le logement, la santé, l'épargne. Les inégalités sont multiformes et cumulatives : chaque désavantage en entraîne un autre. Illustration : document 4 : Valentine gagne 1 636 euros net par mois, environ 1 700 avec les heures supplémentaires, pour quarante heures de travail hebdomadaires ; son loyer de « un peu moins de 1 000 euros » pour 40 mètres carrés partagés et le remboursement de 86 euros par mois d'un prêt de 5 000 euros contracté « pour payer les courses et le loyer » absorbent l'essentiel : « on n'arrive pas à épargner. Tout part dans les frais quotidiens ». Sa mère est vendeuse dans une boucherie et a élevé seule ses deux filles. Connaissances : le niveau de vie médian des cadres dépasse d'environ 75 % celui des ouvriers, l'espérance de vie à 35 ans d'un homme cadre excède de 6 ans celle d'un ouvrier, et les 10 % de ménages les mieux dotés détiennent près de la moitié du patrimoine.

I.B. Des conditions d'existence et des styles de vie qui séparent durablement les groupes. Affirmation : les pratiques ordinaires, et pas seulement les revenus, dessinent des mondes sociaux distincts et stables. Explication : pour Bourdieu, la position dans l'espace social dépend du volume et de la structure des capitaux (économique, culturel, social) et engendre des goûts et des pratiques distinctifs (La Distinction, 1979) : les vacances, loisir coûteux et signe extérieur d'appartenance, en sont un indicateur classique. Illustration : document 1 : en 2023, selon l'Observatoire des inégalités, 42 % des personnes disposant de moins de 1 285 euros de niveau de vie mensuel sont parties en vacances, contre 76 % de celles disposant de plus de 2 755 euros, soit un écart de points de pourcentage et un rapport de . Surtout, cet écart ne se comble pas : il était de points en 1983, il est de 34 points quarante ans plus tard, et l'ordre des quatre groupes est rigoureusement le même aux cinq dates. Les bas revenus ont même reculé de 47 à 42 % ( points).

I.C. Des classes qui se reproduisent d'une génération à l'autre. Affirmation : les positions ne se redistribuent pas à chaque génération, elles se transmettent. Explication : l'école, principal canal de mobilité, est aussi un puissant vecteur de reproduction sociale : le capital culturel hérité (langage, familiarité avec la culture scolaire, information sur les filières), le capital économique (financer des études longues) et les aspirations transmises orientent les parcours ; à quoi s'ajoute l'autocensure des familles modestes devant les filières longues ou risquées. Illustration : document 2 : en 2021-2023, 36 % des enfants d'employés et d'ouvriers âgés de 25 à 29 ans sont diplômés du supérieur contre 67 % des enfants de cadres, de professions intermédiaires ou d'indépendants, soit points d'écart ; et l'écart se creuse à mesure que le diplôme est sélectif : 2,6 % contre 11,1 % pour les grandes écoles, soit fois plus. Document 4 : la mère de Valentine, « très réticente » à la voie artistique, « imaginait pour [elle] un secteur plus stable que la scène » ; l'école de théâtre privée à 2 500 euros l'année a dû être financée par une année de « petits boulots ». Connaissances : selon les tables de mobilité, deux tiers à trois quarts des fils de cadres deviennent cadres ou professions intermédiaires.

II. Mais cette analyse ne suffit plus : la société française est brouillée par la moyennisation, traversée par d'autres clivages et peu consciente de ses classes.

II.A. La moyennisation et la massification ont brouillé les frontières : une stratification continue plutôt que deux classes antagonistes. Affirmation : entre le haut et le bas s'étend un large ensemble intermédiaire aux conditions proches, que le découpage en classes saisit mal. Explication : pour Henri Mendras, les Trente Glorieuses ont réduit les distances inter-classes (hausse générale du niveau de vie, consommation de masse, salarisation, protection sociale) et accru les distances intra-classes : la société prend la forme d'une « toupie » gonflée en son centre. La salarisation (près de 88 % des actifs occupés), la tertiarisation (plus de trois emplois sur quatre) et l'élévation des qualifications ont fait passer les ouvriers de 37 % des actifs en 1975 à 19 % aujourd'hui : le groupe qui incarnait la classe a été divisé par deux. Illustration : document 1 : les intitulés du document sont éloquents — l'Observatoire des inégalités range les Français en quatre tranches de niveau de vie, « bas revenus », « classes moyennes inférieures », « classes moyennes supérieures », « hauts revenus » : une gradation continue, à la manière de Weber, et non deux camps. Entre les classes moyennes supérieures (71 %) et les hauts revenus (76 %), l'écart n'est que de 5 points en 2023 ; et l'écart entre le haut et le bas, maximal en 1993 ( points), est retombé à 34 points. Document 2 : l'ensemble des diplômés du supérieur passe d'environ 43 % à environ 51 % d'une génération en dix ans, et les enfants d'employés et d'ouvriers gagnent 6 points (de 30 à 36 %) : le diplôme se diffuse partout, même si l'écart ne se referme pas.

II.B. D'autres rapports sociaux structurent la société, que la classe n'explique pas. Affirmation : le genre, l'âge, le territoire hiérarchisent l'espace social indépendamment de la position professionnelle. Explication : les rapports sociaux de genre — ségrégation professionnelle, temps partiel, partage inégal du travail domestique, plafond de verre — traversent toutes les classes et produisent des inégalités entre hommes et femmes d'un même milieu ; le lieu de résidence, l'âge et la composition du ménage font de même. Illustration : document 3 : en 2024, selon le ministère de l'Intérieur, les femmes forment environ la moitié des conseillers départementaux (50 %) et des conseillers régionaux (49 %), mais seulement environ 21 % des maires et 21 % des présidents de conseil départemental, soit un écart d'environ points entre le mandat de conseiller départemental et la présidence de l'exécutif du même échelon. Là où la loi impose la parité (scrutins de liste), elle est atteinte ; là où une personne seule est élue ou désignée (maire, président de conseil), le plafond de verre reparaît. Connaissances : 27 % des femmes en emploi travaillent à temps partiel contre 8 % des hommes, et l'écart de salaire est d'environ 14 % en équivalent temps plein.

II.C. Des classes « en soi » sans classe « pour soi » : l'identification subjective s'est affaiblie. Affirmation : les individus ne se pensent plus, et ne s'organisent plus, comme membres d'une classe. Explication : chez Marx, une classe n'est pleinement constituée que lorsqu'elle prend conscience de ses intérêts communs et entre en lutte ; l'individualisation des parcours, le déclin des organisations ouvrières et la diversité des situations à l'intérieur de chaque groupe ont défait cette conscience. Louis Chauvel peut ainsi décrire un « retour des classes » objectif — précarisation, concentration du patrimoine, ségrégation résidentielle et scolaire — sans conscience de classe : des classes « en soi » sans classe « pour soi ». Illustration : document 4 : Valentine ne se dit jamais ouvrière, employée ou membre des classes populaires ; elle raconte des choix personnels (« je ne veux rien m'interdire », « il faut continuer de rêver »), et son horizon est l'accession à la propriété, aspiration de classe moyenne ; la condition sociale se transmet d'ailleurs sur le mode du silence et de l'affect — « on ne parle pas d'argent chez moi, c'est archi tabou », « ma mère nous a transmis une inquiétude liée à l'argent » — et non sur celui de la conscience collective. Connaissances : un peu plus de la moitié seulement des Français déclarent appartenir à une classe sociale, le plus souvent « moyenne » ; le mouvement des Gilets jaunes (2018) a toutefois rappelé la vivacité des clivages sociaux et territoriaux.

Introduction rédigée.

Valentine, 26 ans, libraire à Paris, gagne 1 636 euros net par mois, rembourse un prêt contracté pour payer ses courses et n'arrive pas à épargner ; fille d'une vendeuse qui l'a élevée seule, elle ne se dit pourtant d'aucune classe et raconte une trajectoire personnelle (document 4). Cette tension résume le sujet. Une classe sociale est un groupe de grande taille occupant une position hiérarchisée dans la structure sociale, dont les membres partagent des conditions d'existence et, selon Marx, des intérêts qui les opposent aux autres classes ; pour Weber au contraire, la classe n'est qu'une dimension, économique, d'une stratification qui comprend aussi le statut et le pouvoir. Analyser la société française « en termes de classes », c'est donc affirmer qu'elle se divise en groupes nettement séparés, hiérarchisés et éventuellement conscients d'eux-mêmes. Or la France des années 2020, salariale, tertiaire et diplômée, n'est plus la France industrielle des années 1950, où l'ouvrier était la figure centrale du salariat. La société française, où les positions, les modes de vie et les destins restent fortement hiérarchisés, peut-elle encore être décrite comme une société de classes, alors que la moyennisation, la multiplication des critères de différenciation et l'affaiblissement de l'identification subjective ont brouillé les frontières entre les groupes ? Nous montrerons d'abord que l'analyse en termes de classes garde sa pertinence, car la société française demeure objectivement structurée, hiérarchisée et reproduite (I), avant d'établir qu'elle ne suffit plus, parce que la moyennisation, la pluralité des rapports sociaux et l'effacement de la conscience de classe en limitent la portée (II).

Conclusion rédigée.

L'analyse en termes de classes sociales conserve une réelle pertinence descriptive : la société française reste ordonnée par une hiérarchie de positions aux inégalités cumulatives, les modes de vie y demeurent séparés — quarante ans après 1983, l'écart de départ en vacances entre bas et hauts revenus est passé de 32 à 34 points — et les positions s'y transmettent, puisque 36 % seulement des enfants d'employés et d'ouvriers sont diplômés du supérieur contre 67 % des enfants de cadres, et 2,6 % contre 11,1 % pour les grandes écoles. Mais elle ne suffit plus à rendre compte de cette société : la moyennisation a gonflé un vaste centre que les statisticiens eux-mêmes découpent en tranches de niveau de vie plutôt qu'en classes ; d'autres rapports sociaux, au premier rang desquels le genre, la hiérarchisent indépendamment de la profession, comme le montre le contraste entre 50 % de femmes parmi les conseillers départementaux et 21 % parmi les maires ; et les individus, à l'image de Valentine, vivent leur condition sur le mode du parcours personnel bien plus que de l'appartenance collective. L'analyse en termes de classes reste donc pertinente à condition d'être rénovée : pensée à la manière de Weber et de Bourdieu, comme un espace multidimensionnel où la classe se croise avec le genre, l'âge et le territoire, plutôt que comme l'affrontement de deux camps. Ouverture : si les classes existent « en soi » sans exister « pour soi », que deviennent les mobilisations sociales ? Le mouvement des Gilets jaunes, où le clivage territorial a compté autant que la profession, suggère que la conscience collective se recompose sur de nouvelles bases plutôt qu'elle ne disparaît.

Ce que le correcteur attend.

Les notions incontournables sont classe sociale (Marx : rapports de production, classe en soi et pour soi ; Weber : classes, statut, partis), structure sociale et espace social (Bourdieu, capitaux), distances inter-classes et intra-classes, moyennisation (Mendras) contre retour des classes (Chauvel), rapports sociaux de genre et identification subjective ; les grandes évolutions depuis 1950 (salarisation, tertiarisation, élévation des qualifications, féminisation) doivent être mobilisées, pas seulement citées. Le hors-sujet le plus fréquent consiste à réciter un cours sur les inégalités, ou à exposer Marx et Weber sans jamais décrire la société française d'aujourd'hui. Une copie qui répond « oui » ou « non » sans peser les deux faces de la question, ou qui oublie le document 3 parce que le genre semble étranger aux classes, plafonne à la moyenne : c'est précisément l'existence d'autres rapports sociaux qui limite la portée de l'analyse en classes. Chaque document doit être cité avec une donnée, les valeurs lues sur les graphiques l'étant avec prudence (« environ 21 % des maires »), et le document 4 doit être exploité comme un cas — la condition objective d'une libraire et l'absence de mots de classe pour la dire — et non paraphrasé.

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