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Conversion de puissance : rail de Laplace et induction

Cours complet · électricité (PTSI), chapitre 9 · CPGE PTSI (1re année)

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Induction (chapitre 8) et force de Laplace (chapitre 7) sont les deux faces d'un même couplage électromécanique : c'est lui qui permet de convertir de l'énergie mécanique en énergie électrique (alternateur, freinage) et réciproquement (moteur). Le modèle d'étude est le rail de Laplace : une barre qui glisse sur deux rails dans un champ magnétique. Ce dernier chapitre en fait le bilan énergétique et décrit le freinage par induction.

9.1 Le rail de Laplace

Définition 9.1Dispositif

Deux rails parallèles distants de , dans un champ uniforme perpendiculaire à leur plan, sont reliés par une résistance . Une barre conductrice y glisse à la vitesse . Deux phénomènes couplés apparaissent :

  • induction : la barre en mouvement fait varier le flux, d'où une f.é.m. ;
  • force de Laplace : le courant induit dans la barre subit une force qui, par la loi de Lenz, s'oppose au mouvement.

Méthode : Les deux équations couplées

  • Équation électrique : la f.é.m. induite alimente le circuit, , soit .
  • Équation mécanique (PFD sur la barre, force appliquée ) :

9.2 Conversion de puissance

◆Théorème 9.2Bilan énergétique

La puissance de la force de Laplace est , exactement l'opposé de la puissance électrique fournie au circuit par la f.é.m. La puissance mécanique reçue de l'opérateur est convertie en puissance électrique, puis dissipée dans () :

Aucune énergie n'est créée : le couplage convertit.

ImportantDeux modes
  • Générateur : on pousse la barre () elle produit du courant (conversion mécanique électrique : alternateur).
  • Moteur : une source impose un courant la force de Laplace met la barre en mouvement (conversion électrique mécanique).

Capacité numérique : Vitesse limite d'une barre sous force constante

Sous une force appliquée constante, la barre atteint une vitesse limite (force de Laplace équilibrant la force appliquée). On l'intègre par la méthode d'Euler.


import numpy as np
import matplotlib.pyplot as plt

B, l, R, m, F = 0.5, 0.2, 1.0, 0.1, 0.3      # T, m, ohm, kg, N
vlim = F * R / (B * l)**2                     # vitesse limite
dt = 0.01
t = np.arange(0.0, 5.0, dt)
v = np.zeros_like(t)
for n in range(len(t) - 1):
    a = (F - (B * l)**2 * v[n] / R) / m       # PFD : F appliquee - F Laplace
    v[n+1] = v[n] + a * dt                     # Euler explicite
plt.plot(t, v); plt.axhline(vlim, linestyle="--")
plt.xlabel("t (s)"); plt.ylabel("v (m/s)"); plt.show()
print("vitesse limite :", round(vlim, 2), "m/s")

La vitesse croît puis sature : la force de Laplace (croissante avec ) finit par équilibrer la force appliquée.

9.3 Le freinage par induction

ImportantCourants de Foucault

Un conducteur massif se déplaçant dans un champ (ou soumis à un flux variable) est le siège de courants de Foucault (boucles de courant induites dans son volume). Par la loi de Lenz, ils s'opposent au mouvement : il en résulte une force de freinage, d'autant plus grande que la vitesse est élevée. Applications : ralentisseurs de poids lourds et de trains, amortissement des balances, et — par effet Joule associé — le chauffage par induction.

<i class="fa-solid fa-dumbbell mr-2" style="color:#2E7559"></i>9.4 Exercices résolus

Exercice 1 : F.é.m. du rail ()

Une barre de longueur se déplace à dans . Quelle f.é.m. induite ?

Démonstration

.

Exercice 2 : Courant induit ()

Le circuit est fermé sur . Quel courant circule ?

Démonstration

.

Exercice 3 : Force de Laplace ()

Calculer la force de Laplace sur la barre précédente et préciser son sens.

Démonstration

. Par la loi de Lenz, elle s'oppose au mouvement de la barre (force de freinage).

Exercice 4 : Équation mécanique ()

Écrire l'équation du mouvement d'une barre lâchée sans force appliquée (avec vitesse initiale ) et en déduire .

Démonstration

, EDO du premier ordre de constante de temps . Donc : la barre ralentit exponentiellement (freinage par induction).

Exercice 5 : Vitesse limite ()

Sous une force constante (, , ), quelle est la vitesse limite ?

Démonstration

En régime permanent : , d'où .

Exercice 6 : Bilan énergétique ()

Pour la barre en régime permanent (vitesse limite), montrer que toute la puissance fournie par l'opérateur est dissipée dans .

Démonstration

À vitesse constante, la puissance de l'opérateur ; la puissance électrique avec , soit . Or , donc : toute la puissance mécanique est convertie puis dissipée par effet Joule.

Exercice 7 : Freinage par induction ()

Pourquoi un disque métallique tournant entre les pôles d'un aimant est-il freiné ?

Démonstration

Le mouvement du disque dans le champ fait varier le flux à travers ses portions : des courants de Foucault y sont induits. Par Lenz, ils s'opposent au mouvement : il en résulte une force de freinage (proportionnelle à la vitesse). C'est le principe des ralentisseurs électromagnétiques.

Exercice 8 : Moteur ou générateur ()

Distinguer, sur le rail de Laplace, le fonctionnement en moteur et en générateur, et préciser le sens des conversions.

Démonstration

Générateur : un opérateur pousse la barre (, mécanique fournie) ; la f.é.m. induite débite un courant et fournit de la puissance électrique (conversion mécanique électrique). Moteur : une source de tension impose un courant dans la barre ; la force de Laplace la met en mouvement (conversion électrique mécanique). Le même dispositif est réversible, comme tout convertisseur électromécanique.

9.5 Synthèse du chapitre

À retenir
  • Rail de Laplace : f.é.m. induite ; courant ; force de Laplace (s'oppose au mouvement, Lenz).
  • Équation mécanique : ; vitesse limite .
  • Conversion : ; mécanique électrique Joule (réversible : générateur / moteur).
  • Freinage par induction : courants de Foucault force de freinage (ralentisseurs, amortissement).

9.6 Exercices d'entraînement

9.7 Problèmes contextualisés

La conversion électromécanique fait tourner notre monde : éoliennes, freinage régénératif, ralentisseurs, dynamos, moteurs, compteurs.

Exemple 9.11L'éolienne ()

Une éolienne convertit l'énergie du vent en électricité : le vent fait tourner les pales, qui entraînent un alternateur.

  • Identifier le sens de la conversion d'énergie.
  • En reprenant le rail de Laplace en mode générateur, expliquer pourquoi extraire de l'électricité « freine » le rotor.
  • Si on débranche la charge (), que devient le courant, et la force de freinage ? Que risque alors l'éolienne par grand vent ?
Démonstration

1. Conversion mécanique électrique (le vent fournit la puissance mécanique, l'alternateur la convertit en puissance électrique).

2. Le courant débité crée (Laplace/Lenz) un couple résistant qui s'oppose à la rotation : produire de l'électricité prélève de l'énergie mécanique sur le rotor, donc le freine.

3. Sans charge, donc la force de freinage électromagnétique disparaît : plus rien ne s'oppose au vent, le rotor peut s'emballer (survitesse) et se détruire. D'où les freins et la mise en drapeau des pales.

Exemple 9.12Le freinage régénératif ()

Dans une voiture électrique, lors du freinage, le moteur fonctionne en générateur et recharge la batterie. Une voiture de roule à .

  • Calculer son énergie cinétique.
  • Où part cette énergie avec un frein classique (à disque) ? avec le freinage régénératif ?
  • Pourquoi ne peut-on pas récupérer de cette énergie ?
Démonstration

1. ; ().

2. Frein classique : dissipée en chaleur dans les disques (perdue). Régénératif : convertie en énergie électrique stockée dans la batterie (récupérée).

3. Les conversions (Joule dans les résistances, pertes mécaniques, rendement du moteur-générateur) dissipent une partie : le rendement de récupération est inférieur à .

Exemple 9.13Le ralentisseur de poids lourd ()

Les camions et autocars possèdent un ralentisseur électromagnétique (Telma) agissant sur l'arbre de transmission par courants de Foucault.

  • Sur quel phénomène repose ce freinage sans contact ?
  • Pourquoi est-il particulièrement utile dans les longues descentes ?
  • Pourquoi ne peut-il pas immobiliser le véhicule à l'arrêt ?
Démonstration

1. Sur les courants de Foucault induits dans un disque tournant dans un champ : par Lenz, ils créent un couple qui s'oppose à la rotation (freinage).

2. Il freine en continu sans s'user ni chauffer des plaquettes : dans une longue descente, les freins à friction surchaufferaient, alors que le ralentisseur dissipe l'énergie sans usure.

3. La force de freinage est proportionnelle à la vitesse : elle s'annule à l'arrêt. Il faut donc les freins classiques pour immobiliser le véhicule.

Exemple 9.14La lampe à dynamo manuelle ()

Une lampe « sans pile » s'allume quand on actionne une manivelle reliée à un petit générateur.

  • Quel phénomène produit l'électricité ?
  • Pourquoi sent-on une résistance d'autant plus forte que la lampe est puissante (ou qu'on tourne vite) ?
  • Que se passe-t-il si l'ampoule est grillée (circuit ouvert) ?
Démonstration

1. L'induction (Faraday) : la rotation fait varier le flux dans la bobine, créant une f.é.m. qui alimente l'ampoule.

2. Le courant débité crée un couple résistant (Lenz) : plus on prélève de puissance électrique (lampe puissante, rotation rapide), plus ce couple — donc l'effort — est grand. On « ressent » l'énergie qu'on fournit.

3. Circuit ouvert : , plus de couple résistant : la manivelle tourne librement (sans produire d'énergie utile).

Exemple 9.15La force contre-électromotrice d'un moteur ()

Un moteur en rotation est aussi le siège d'une induction : il développe une force contre-électromotrice (f.c.é.m.) qui s'oppose à la tension d'alimentation . Le courant vaut ( : résistance des enroulements).

  • Au démarrage (, donc ), que vaut le courant ? Commenter.
  • En régime établi, augmente avec : comment évolue le courant ?
  • Pourquoi un moteur « force »-t-il (gros courant) quand on bloque son axe ?
Démonstration

1. À : , donc , maximal (appel de courant au démarrage, souvent plusieurs fois le courant nominal).

2. Quand croît, croît, donc diminue : le moteur lancé consomme moins.

3. Axe bloqué : , , le courant remonte à (fort) ; le moteur surchauffe (effet Joule) et peut griller — d'où les protections thermiques.

Exemple 9.16Le compteur électrique à disque ()

Les anciens compteurs électriques comportent un disque d'aluminium qui tourne d'autant plus vite que la puissance consommée est grande.

  • Quel phénomène met le disque en rotation, et lequel le freine ?
  • Pourquoi sa vitesse de rotation est-elle (à l'équilibre) proportionnelle à la puissance ?
  • Comment compte-t-on alors l'énergie consommée ?
Démonstration

1. Des bobines (parcourues par le courant et soumises à la tension) créent un champ qui induit dans le disque un couple moteur ; un aimant permanent y induit des courants de Foucault freinants (proportionnels à la vitesse).

2. À l'équilibre, couple moteur ( puissance) couple de freinage ( vitesse) : la vitesse de rotation est donc proportionnelle à la puissance.

3. Le nombre de tours (vitesse intégrée dans le temps) est proportionnel à l'énergie ( puissance temps) : un compteur de tours affiche les .

Exemple 9.17Pourquoi feuilleter le fer (laminage) ()

Les noyaux des transformateurs et moteurs ne sont pas en fer massif mais en tôles minces isolées empilées.

  • Quel phénomène indésirable apparaît dans un noyau de fer massif soumis à un champ variable ?
  • En quoi le laminage (tôles isolées) le réduit-il ?
  • Quel est l'effet sur le rendement et l'échauffement ?
Démonstration

1. Le champ variable induit des courants de Foucault dans le volume du fer, qui dissipent de l'énergie par effet Joule (pertes « fer »).

2. Les tôles minces isolées découpent les boucles de courant : les courants de Foucault, confinés à de fines couches, sont fortement réduits.

3. Moins de pertes Joule meilleur rendement et moindre échauffement du transformateur (ou du moteur).

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