Calcul algébrique et trigonométrie
Cours complet · mathématiques (PCSI), chapitre 2 · CPGE PCSI (1re année)
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<i class="fa-solid fa-compass mr-2" style="color:#9A563B"></i>2.1 Introduction et motivation
Ce chapitre est une « boîte à outils » : il rassemble les techniques de calcul qui serviront dans tous les chapitres suivants, en mathématiques comme en physique ou en informatique. Quatre savoir-faire y sont développés : la manipulation des sommes et des produits (jusqu'à la formule du binôme), la résolution de petits systèmes linéaires par l'algorithme du pivot, le maniement rigoureux des inégalités, et enfin la trigonométrie, dont le cercle trigonométrique est l'outil central.
Aucun de ces thèmes n'est difficile isolément ; c'est leur maîtrise rapide et sûre qui fait la différence, en colle comme en concours.
2.2 Sommes et produits
2.2.1 Notations et
Soit une famille finie de nombres réels (ou complexes) indexée par un ensemble fini . On note :
Lorsque avec , on écrit :
Conventions pour l'ensemble vide. Si (par exemple avec ) :
Ces conventions rendent les formules générales valables sans cas particulier : est neutre pour l'addition, pour la multiplication.
Dans la pratique, on a parfaitement le droit de présenter un calcul avec des points de suspension : . Le symbole n'est qu'une écriture compacte et non ambiguë de la même chose.
2.2.2 Règles de calcul
Pour toutes familles , et tout scalaire :
- Linéarité : et .
- Relation de Chasles : pour tout tel que .
- Indice muet : : le nom de l'indice n'a aucune importance.
La somme d'un produit n'est pas le produit des sommes : en général . De même, ne peut sortir de la somme que s'il ne dépend pas de l'indice de sommation.
2.2.3 Changements d'indice et regroupements
Pour tout entier (décalage) :
et pour le renversement de l'ordre de sommation :
En posant : .
Pour calculer , on regroupe les termes deux par deux : pour , , d'où . On peut aussi séparer indices pairs et impairs :
2.2.4 Sommes télescopiques
Soit une suite. Pour tous entiers :
Démonstration
En écrivant la somme avec des points de suspension, tous les termes intermédiaires s'éliminent deux à deux :
Le cas multiplicatif est identique, les quotients intermédiaires se simplifiant en cascade.
.
.
2.2.5 Sommes usuelles
Pour tout et tout réel :
(Pour , la somme géométrique vaut évidemment .)
Démonstration (Démonstration pour (méthode de Gauss))
Notons . En écrivant la même somme dans l'ordre inverse et en ajoutant terme à terme :
d'où .
Démonstration (Démonstration pour (par récurrence))
- Initialisation : pour , la somme vaut et la formule donne .
- Hérédité : si la formule est vraie au rang , alors
car : c'est la formule au rang .
Démonstration (Démonstration pour la somme géométrique)
Notons . Alors , et par différence presque tous les termes s'éliminent :
Comme , on peut diviser par .
On retiendra aussi : la somme des cubes est le carré de la somme des entiers. Elle se démontre par récurrence, ou par télescopage en sommant l'identité .
2.2.6 Factorisation de
Pour tous réels (ou complexes) et tout entier :
Démonstration
Développons le membre de droite :
Le changement d'indice dans la première somme la transforme en : les deux sommes coïncident alors sur les indices , et il ne reste que .
Avec : — on retrouve la somme géométrique. Avec : .
2.2.7 Sommes doubles
Soit une famille de réels indexée par les couples avec et . La somme de la famille se calcule « ligne par ligne » ou « colonne par colonne » :
Si (variables séparées), la somme double se factorise :
.
Lorsque le domaine d'indices est le triangle , on peut sommer dans les deux ordres :
Calculons . À fixé, , donc :
Quand on intervertit deux sommes sur un domaine triangulaire, les bornes changent : devient . Dessiner le domaine évite toute erreur.
2.2.8 Factorielle et coefficients binomiaux
Pour tout : et, pour , . On a la relation de récurrence .
Pour et :
se lit « parmi » : c'est le nombre de façons de choisir éléments dans un ensemble à éléments.
La convention hors de est précieuse : elle permet d'écrire des formules sommatoires sans se soucier des bornes exactes.
Pour et :
- Symétrie : .
- Valeurs particulières : , , .
- Absorption (formule du pion) : pour .
Pour tous :
Démonstration
Pour , réduisons au dénominateur commun :
(Les cas hors bornes sont immédiats grâce à la convention.)
La relation de Pascal permet de construire le triangle de Pascal ligne par ligne, chaque coefficient étant la somme des deux situés au-dessus de lui :
| : | 1 | |||||
|---|---|---|---|---|---|---|
| : | 1 | 1 | ||||
| : | 1 | 2 | 1 | |||
| : | 1 | 3 | 3 | 1 | ||
| : | 1 | 4 | 6 | 4 | 1 | |
| : | 1 | 5 | 10 | 10 | 5 | 1 |
2.2.9 Formule du binôme
Pour tous réels et tout :
Démonstration
Par récurrence sur .
- Initialisation : pour , les deux membres valent .
- Hérédité : supposons la formule vraie au rang . Alors
Le changement d'indice dans la première somme donne
et la relation de Pascal transforme le crochet en : c'est la formule au rang .
- Avec : .
- Avec , et : .
- : c'est la forme la plus utilisée en pratique.
Pour tous :
Démonstration (Idée de démonstration)
On identifie le coefficient de dans les deux membres de l'identité , le membre de gauche étant développé comme produit de deux sommes.
2.3 Systèmes linéaires et algorithme du pivot
2.3.1 Systèmes linéaires
Un système linéaire de équations à inconnues (avec ici ) s'écrit :
où les coefficients et les seconds membres sont des réels donnés. Résoudre le système, c'est décrire l'ensemble de tous les -uplets vérifiant simultanément les équations.
2.3.2 Interprétation géométrique
- Dans , chaque équation (avec ) est l'équation d'une droite : résoudre un système , c'est chercher l'intersection de deux droites. Trois situations : droites sécantes (solution unique), confondues (une infinité de solutions), strictement parallèles (aucune solution).
- Dans , chaque équation est l'équation d'un plan : un système décrit l'intersection de trois plans, qui peut être un point, une droite, un plan, ou l'ensemble vide.
2.3.3 Opérations élémentaires
On appelle opérations élémentaires sur les équations (lignes) d'un système :
- l'échange de deux lignes : ;
- la multiplication d'une ligne par un réel non nul : () ;
- l'ajout à une ligne d'un multiple d'une autre : .
Chaque opération élémentaire transforme un système en un système équivalent : les deux systèmes ont exactement le même ensemble de solutions. En effet, chaque opération est réversible (, ).
avec est interdit : on effacerait une équation, et l'opération ne serait plus réversible. De même, on ne remplace jamais par une combinaison qui ne contient pas .
2.3.4 L'algorithme du pivot
La méthode du pivot consiste à utiliser les opérations élémentaires pour rendre le système triangulaire : on choisit une équation où le coefficient d'une inconnue (le pivot) est non nul, et on élimine cette inconnue de toutes les autres équations ; on recommence avec le sous-système restant, puis on remonte les équations de bas en haut.
Résolvons :
Pivot de : et donnent
De : . En reportant dans : , donc , puis . L'unique solution est : les trois plans se coupent en un point.
Pour le système
les opérations et donnent les deux équations et , incompatibles : le système n'a aucune solution.
Pour le système
l'opération donne , soit . En reportant : . Les solutions forment la droite de : infinité de solutions paramétrée par .
2.4 Inégalités
2.4.1 La relation d'ordre sur
Soient des réels.
- Addition : si , alors . Si et , alors .
- Multiplication par un réel positif : si et , alors .
- Multiplication par un réel négatif : si et , alors : le sens de l'inégalité change.
- Produit d'inégalités positives : si et , alors .
- Passage à l'inverse : si , alors (l'inverse renverse l'ordre sur les réels strictement positifs).
On ne soustrait pas et on ne divise pas des inégalités membre à membre ! De et , on ne peut rien dire de et . En cas de doute, on se ramène toujours à des additions et des multiplications.
2.4.2 Intervalles de
Une partie de est un intervalle si, dès qu'elle contient deux réels, elle contient tous les réels intermédiaires : pour tous et tout tel que , on a .
Les intervalles de sont, pour :
| Notation | Définition | Type |
|---|---|---|
| segment (fermé borné) | ||
| ouvert borné | ||
| et | mixtes | semi-ouverts |
| et | , | demi-droites |
| et | , | demi-droites |
| tout entier |
2.4.3 Techniques de majoration et de minoration
Pour tout :
en majorant chaque terme par le plus grand d'entre eux.
Pour , encadrons . Le numérateur est compris entre et , le dénominateur entre et . Pour majorer un quotient positif, on majore le numérateur et on minore le dénominateur (et inversement pour minorer) :
Règle d'or du quotient. Pour majorer avec : majorer et minorer . Toute autre combinaison est fausse.
2.4.4 Tableaux de signes et inéquations
Pour résoudre une inéquation, on se ramène à comparer une expression à , on factorise, puis on dresse le tableau de signes des facteurs.
Résolvons . Les valeurs remarquables sont , et (valeur interdite).
| quotient |
L'ensemble des solutions est .
2.4.5 Valeur absolue
Pour : . Géométriquement, est la distance entre les points d'abscisses et sur la droite réelle.
Pour tous réels : , , , et :
Pour tous réels :
Démonstration
De et , on tire par addition , ce qui est exactement . Pour la seconde : donne ; en échangeant et , on obtient l'autre sens, d'où le résultat.
Pour et :
Sur la droite réelle : est à distance au plus du point .
: l'intervalle ouvert de centre et de rayon .
2.4.6 Parties majorées, minorées, bornées
Soit une partie non vide de .
- Un réel est un majorant de si . On dit alors que est majorée.
- Un réel est un minorant de si . On dit alors que est minorée.
- est bornée si elle est majorée et minorée.
- Si un majorant de appartient à , c'est le maximum de , noté ; de même pour le minimum . Lorsqu'ils existent, ils sont uniques.
est bornée : est son minimum (), mais n'a pas de maximum : est un majorant, mais , et aucun élément de ne majore tous les autres.
2.4.7 Partie entière
Pour tout réel , il existe un unique entier relatif tel que : c'est la partie entière de , notée .
Pour tout et tout :
, , mais (et non !) : la partie entière est l'entier immédiatement inférieur ou égal.
Pour les réels négatifs non entiers, la partie entière n'est pas la « troncature » : . C'est l'erreur la plus fréquente sur ce thème.
2.5 Trigonométrie
2.5.1 Le cercle trigonométrique
Le cercle trigonométrique est le cercle de centre et de rayon , orienté dans le sens direct (anti-horaire). À tout réel , on associe le point obtenu en « enroulant » la droite réelle sur le cercle à partir du point : on parcourt la longueur le long du cercle, dans le sens direct si . Les coordonnées de définissent le cosinus et le sinus :
Pour tout :
La première égalité n'est autre que le théorème de Pythagore appliqué au point du cercle unité.
2.5.2 Congruences modulo
Deux réels et sont congrus modulo , ce que l'on note , s'il existe tel que .
Un tour complet du cercle correspond à : deux réels congrus modulo définissent donc le même point du cercle, d'où :
Les fonctions cosinus et sinus sont -périodiques.
2.5.3 Angles associés
Pour tout réel :
| Angle | Cosinus | Sinus |
|---|---|---|
Inutile d'apprendre ce tableau par cœur : chaque ligne se retrouve en quelques secondes en plaçant les deux points sur le cercle trigonométrique et en comparant leurs coordonnées par symétrie (axe des abscisses pour , axe des ordonnées pour , centre pour , première bissectrice pour ).
Les quatre symétries du cercle : est le symétrique de par rapport à l'axe des abscisses, par rapport à l'axe des ordonnées, par rapport à l'origine, et par rapport à la première bissectrice (les coordonnées s'échangent).
2.5.4 Valeurs usuelles
| [2mm]
</td><td style="text-align:center;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top"></td><td style="text-align:center;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top"></td><td style="text-align:center;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top"></td><td style="text-align:center;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top"></td><td style="text-align:center;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top"></td></tr></table></div> Moyen mnémotechnique : la ligne des sinus s'écrit ; celle des cosinus est la même lue à l'envers. 2.5.5 Équations trigonométriquesProposition 2.49Équations fondamentales Pour :
Exemple 2.50Équation Résolvons . Comme :
Exemple 2.51Inéquation Résolvons sur . Sur le cercle, les points d'ordonnée correspondent à et ; l'ordonnée est au-dessus de strictement entre les deux. D'où :
Le cercle trigonométrique rend la lecture immédiate, là où un calcul aveugle ferait perdre des solutions. 2.5.6 Formules d'addition et de duplication◆Théorème 2.52Formules d'addition Pour tous réels :
|
| non définie |
Lorsque tous les termes sont définis :
Démonstration
En divisant numérateur et dénominateur par (non nul), on obtient la formule annoncée.