Fonction d'onde et équation de Schrödinger
Cours complet · physique quantique (MPI), chapitre 1 · CPGE MPI (2e année)
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La mécanique classique décrit une particule ponctuelle par une trajectoire et une quantité de mouvement déterminées à chaque instant. Les expériences du début du XXe siècle (rayonnement du corps noir, effet photoélectrique, interférences électroniques) ont montré que cette description échoue à l'échelle atomique : la matière y manifeste un comportement à la fois corpusculaire et ondulatoire. La mécanique quantique répond à ce constat en abandonnant la notion de trajectoire au profit d'un objet nouveau, la fonction d'onde , dont l'évolution est régie par l'équation de Schrödinger.
Ce premier chapitre pose les fondements du formalisme, à une dimension d'espace : nature et interprétation probabiliste (Born) de la fonction d'onde, équation d'évolution et sa linéarité, puis recherche des états stationnaires par séparation des variables. Les applications physiques concrètes – particule libre, marche et barrière de potentiel, puits confinant – font l'objet des chapitres suivants. Toute discussion sur la mesure, le spin ou la dimension trois est hors programme.
1.1 Dualité onde-corpuscule
1.1.1 Les deux relations fondamentales
L'étude du corps noir puis de l'effet photoélectrique a conduit Planck et Einstein à attribuer au rayonnement électromagnétique une structure granulaire : la lumière de pulsation transporte son énergie par paquets, les photons, d'énergie . Réciproquement, de Broglie postula en 1924 qu'à toute particule matérielle est associée une onde.
À une particule d'énergie et de quantité de mouvement sont associées une pulsation et un vecteur d'onde tels que
où est la constante de Planck et la constante de Planck réduite. La longueur d'onde est la longueur d'onde de de Broglie de la particule.
Pour un électron () d'énergie cinétique , avec ,
comparable à la distance interatomique dans un cristal : d'où la possibilité de diffracter des électrons (Davisson-Germer, 1927). Pour une balle de tennis (, ), , totalement indécelable : le caractère ondulatoire de la matière n'est perceptible qu'à l'échelle microscopique.
1.1.2 L'expérience des fentes d'Young avec des particules
Lorsqu'on envoie des électrons un par un sur un dispositif à deux fentes, chaque particule laisse un impact ponctuel (aspect corpusculaire) sur le détecteur, mais la répartition statistique des impacts, après un grand nombre de particules, reconstitue une figure d'interférences (aspect ondulatoire). Aucune trajectoire ne peut être attribuée à la particule : c'est la manifestation la plus directe de la dualité, et elle impose de décrire la particule par une amplitude ondulatoire dont le module carré donne une probabilité.
1.2 Fonction d'onde et interprétation de Born
1.2.1 La fonction d'onde
L'état d'une particule quantique sans spin se déplaçant sur un axe est entièrement décrit, à chaque instant , par une fonction complexe de la position, la fonction d'onde
Elle joue le rôle d'amplitude de probabilité : elle n'est pas directement mesurable, mais son module carré possède un sens physique.
Le module carré de la fonction d'onde est la densité de probabilité de présence de la particule :
La probabilité de trouver, à l'instant , la particule dans l'intervalle vaut
La probabilité de la trouver dans un domaine est .
La densité s'exprime en (à une dimension) : étant sans dimension, a la dimension de .
1.2.2 Normalisation
La particule se trouve quelque part sur l'axe : la probabilité de la trouver sur tout entier vaut . Cette certitude impose une contrainte à la fonction d'onde.
Une fonction d'onde physiquement acceptable est normalisée :
Elle doit donc être de carré sommable ; en particulier lorsque . Une fonction d'onde connue à un facteur près se normalise en la multipliant par une constante (réelle positive, dite constante de normalisation) choisie pour satisfaire cette égalité.
L'équation de Schrödinger (§ 3) garantit que si est normalisée à un instant, elle le reste à tout instant ultérieur : . La probabilité totale se conserve, ce qui est indispensable à l'interprétation de Born.
La fonction d'onde et la fonction (avec réel constant) ont même densité : elles décrivent le même état physique. Une phase globale est sans signification ; seules les différences de phase, responsables des interférences, sont observables.
1.2.3 Valeurs moyennes
La fonction d'onde étant probabiliste, une mesure de position ne fournit pas un résultat certain mais une distribution. On lui associe des grandeurs moyennes.
Pour une fonction d'onde normalisée, la position moyenne et sa variance sont
où . L'écart-type mesure l'étalement spatial du paquet, c'est-à-dire l'incertitude sur la position.
En formalisme quantique, une observable est représentée par un opérateur agissant sur : la position par la multiplication , la quantité de mouvement par . Une valeur moyenne s'écrit . Ce point de vue, hors programme, éclaire la structure de l'équation de Schrödinger ci-dessous : on y reconnaît .
1.3 L'équation de Schrödinger
1.3.1 Énoncé
L'évolution de la fonction d'onde est postulée : elle obéit à une équation aux dérivées partielles, linéaire, du premier ordre en temps et du second ordre en espace, établie par Schrödinger en 1926. On l'admet.
Pour une particule de masse soumise à une énergie potentielle , la fonction d'onde vérifie
Le terme est associé à l'énergie cinétique, le terme à l'énergie potentielle.
On peut l'écrire , où est l'opérateur hamiltonien (énergie totale). La comparaison avec et les substitutions , fournissent un moyen mnémotechnique de retrouver l'équation.
La présence explicite de impose que soit complexe : ce n'est pas ici une commodité de calcul (comme la notation complexe en électrocinétique) mais une nécessité. On ne peut pas remplacer par sa partie réelle.
1.3.2 Terme cinétique : justification sur l'onde plane
Démonstration (Identification du terme d'énergie cinétique)
Pour une particule libre (), essayons l'onde plane , qui combine les relations de de Broglie () et de Planck-Einstein (). On calcule
L'équation de Schrödinger redonne l'énergie cinétique classique : le terme est bien le terme cinétique.
1.3.3 Linéarité et principe de superposition
L'équation de Schrödinger est linéaire et homogène. Par conséquent, si et en sont deux solutions, toute combinaison
en est encore une. Une particule peut donc se trouver dans une superposition d'états.
La densité de présence d'une superposition n'est pas la somme des densités :
Le troisième terme, dit terme d'interférence, croise les deux composantes : c'est lui qui rend compte de la figure d'interférences des fentes d'Young et fait de la superposition un phénomène purement ondulatoire.
La combinaison n'est en général pas normalisée, même si et le sont : il faut réajuster le facteur global. Si de plus et sont orthogonales (, cas des états stationnaires distincts d'un même puits), alors suffit à normaliser.
1.4 États stationnaires
1.4.1 Séparation des variables
On s'intéresse désormais au cas fréquent d'un potentiel indépendant du temps , et l'on cherche des solutions particulières à variables séparées.
Méthode : Séparation des variables temps–espace
Pour un potentiel stationnaire, on cherche une solution de la forme produit
On reporte dans l'équation de Schrödinger, on divise par , et l'on constate que chaque membre ne dépend que d'une seule variable : ils sont donc égaux à une même constante, homogène à une énergie, notée .
Démonstration (Obtention de l'équation stationnaire)
En injectant dans :
On divise par :
Une fonction de seul égale à une fonction de seul est nécessairement constante ; notons-la . On obtient d'une part , d'où
et d'autre part l'équation portant sur .
Un état stationnaire d'énergie est une fonction d'onde de la forme
dans laquelle la partie spatiale est solution de l'équation de Schrödinger stationnaire (ou indépendante du temps)
est une fonction propre de l'hamiltonien et l'énergie propre associée. La condition de carré sommable () ne sélectionne, dans de nombreux cas, qu'un ensemble discret de valeurs de : c'est l'origine de la quantification.
1.4.2 Le lien énergie – évolution temporelle
Dans un état stationnaire, toute la dépendance temporelle est portée par le facteur de phase de pulsation
On retrouve la relation de Planck-Einstein : l'énergie de la particule fixe la fréquence d'oscillation de sa fonction d'onde.
Pour un état stationnaire, la densité de présence
est indépendante du temps : d'où le nom. Il ne faut pas confondre avec l'onde stationnaire usuelle de la physique des ondes, qui possède des nœuds fixes où le champ s'annule à tout instant. Ici, oscille en tout point à la même pulsation , mais via une phase globale : aucun nœud temporel, et la distribution de probabilité est figée.
1.4.3 Superposition de deux états stationnaires
Un état stationnaire est un cas particulier ; l'état général est une superposition, qui évolue.
Soit une particule dans la superposition de deux états stationnaires d'énergies :
avec réelles, normalisées et orthogonales. La densité de présence
dépend du temps : cet état n'est pas stationnaire. La probabilité de présence, et la position moyenne , oscillent à la pulsation fixée par la différence des énergies. C'est le mécanisme des transitions et de l'émission d'un photon de pulsation .
1.5 Conditions aux limites et de raccordement
1.5.1 Continuité de et
L'équation stationnaire est du second ordre : sa résolution dans un potentiel constant par morceaux exige de raccorder les solutions aux frontières entre zones.
Aux frontières entre deux régions où prend des valeurs finies différentes, la fonction d'onde spatiale et sa dérivée première sont continues :
La continuité de assure celle de la densité de présence ; celle de assure celle du courant de probabilité. Ces conditions résultent du fait que reste borné lorsque est fini.
Là où le potentiel devient infini (mur impénétrable, parois d'un puits infini), la particule ne peut pénétrer : dans la région interdite. Seule la continuité de est alors imposée à la frontière ( s'y annule) ; la dérivée y présente en général une discontinuité.
Méthode : Résolution dans un potentiel constant par morceaux
Dans une zone où est constant, l'équation stationnaire s'écrit . On distingue :
- : avec ; solutions oscillantes (région classiquement permise).
- : avec ; solutions exponentielles (région classiquement interdite, onde évanescente).
On écrit la solution générale dans chaque zone, puis on impose : (i) le caractère borné/sommable de , (ii) la continuité de et aux frontières. Ces équations fournissent les constantes et, pour un état lié, la quantification des énergies.
Le schéma de la figure fig:zones résume la nature des solutions selon le signe de .
la fonction d'onde oscille ; où elle décroît exponentiellement (onde évanescente). Aux frontières à potentiel fini, et se raccordent continûment.</div>
1.6 Synthèse du chapitre
- Dualité : (Planck-Einstein), (de Broglie). notable seulement à l'échelle microscopique.
- Fonction d'onde : amplitude de probabilité. Densité de présence (), probabilité (Born).
- Normalisation : , conservée au cours du temps. Phase globale non observable ; valeurs moyennes .
- Équation de Schrödinger : . Linéaire superposition et interférences ; terme = énergie cinétique.
- État stationnaire ( indépendant du temps) : séparation des variables , avec (équation stationnaire, ). indépendante du temps ; .
- Stationnaire onde stationnaire : pas de nœuds temporels, distribution figée. Une superposition d'états d'énergies différentes évolue à .
- Raccordement : et continues (potentiel fini) ; et discontinue où .
<i class="fa-solid fa-dumbbell mr-2" style="color:#2E7559"></i>1.7 Exercices résolus
Une particule est décrite à par avec . Déterminer , puis la densité maximale de présence.
Démonstration
La condition de normalisation s'écrit
où l'on a utilisé . D'où . La densité est maximale en : , d'autant plus grande que le paquet est étroit.
Une fonction d'onde vaut (). Normaliser , puis calculer la probabilité de trouver la particule dans .
Démonstration
Par parité, , donc . Ensuite
La particule a environ de chances de se trouver à moins de de l'origine.
Retrouver la dimension de à une dimension d'espace, et le rôle du facteur dans l'équation de Schrödinger.
Démonstration
La probabilité est sans dimension, donc et . Dans l'équation, et . L'égalité des deux impose , soit une énergie un temps () : cohérent avec .
Montrer que est solution de l'équation de Schrödinger libre () et en déduire la relation entre et . Pourquoi cette fonction n'est-elle pas normalisable ?
Démonstration
On a et . En reportant dans :
Comme est constant sur , l'intégrale diverge : l'onde plane pure n'est pas de carré sommable et ne décrit pas une particule localisée (elle sert de brique élémentaire aux paquets d'ondes, étudiés au chapitre suivant).
On donne avec réelle. Vérifier que la densité de présence est indépendante du temps, et retrouver l'équation stationnaire à partir de l'équation complète (potentiel ).
Démonstration
: indépendant de . Ensuite , tandis que le second membre vaut . En simplifiant par : , l'équation de Schrödinger stationnaire.
Un électron dans un dispositif confinant occupe la superposition avec et . À quelle pulsation, puis fréquence, oscille la densité de présence ? Commenter.
Démonstration
La densité oscille à . Avec ,
Cette fréquence, dans le proche ultraviolet, est celle du photon émis lors de la transition : . La superposition n'est pas stationnaire, contrairement à chaque pris isolément.
Une particule évolue dans un potentiel nul pour et infini pour (mur en ). Quelle condition la fonction d'onde stationnaire doit-elle vérifier en ? La dérivée est-elle continue ?
Démonstration
La particule ne peut pénétrer dans la région où : pour . La continuité de impose . En revanche, comme le potentiel devient infini, la dérivée n'a pas à être continue : mais en général. Une solution du type pour satisfait automatiquement .
1.8 Exercices d'entraînement
- Longueur d'onde de de Broglie. Calculer pour (a) un électron d'énergie cinétique , (b) un neutron thermique ( à , ), (c) un grain de poussière (, ). Commenter l'observabilité des effets ondulatoires.
- Densité de présence exponentielle. Soit . Après normalisation (), déterminer (par symétrie) et la probabilité de présence dans .
- Dimension de . À trois dimensions, est une densité volumique de probabilité. Quelle est alors la dimension de ? Comparer au cas 1D.
- Phase globale. Montrer explicitement que et ( réel constant) conduisent à la même densité et aux mêmes valeurs moyennes . En quoi une différence de phase entre deux composantes est-elle, elle, observable ?
- Normalisation dépendante du temps. Vérifier que si est normalisée à , elle le reste à tout instant. Généraliser à une superposition de deux états stationnaires orthonormés.
- Terme cinétique. À partir de la correspondance , écrire l'opérateur énergie cinétique et vérifier qu'il coïncide avec le terme de l'équation de Schrödinger.
- Superposition et interférences. Soit avec normalisées et orthogonales. Montrer que est normalisée et exprimer le terme d'interférence dans .
- Séparation des variables. Reprendre la démarche de séparation pour un potentiel et justifier soigneusement pourquoi la constante de séparation est réelle (indication : conservation de la norme, ou caractère borné de ).
- Onde plane et état stationnaire. L'onde plane libre est-elle un état stationnaire ? Calculer ; discuter le sens du mot « stationnaire » dans ce cas particulier.
- Battement quantique. Pour la superposition , établir l'expression de donnée dans le cours et en déduire la période temporelle d'oscillation de la densité de présence en fonction de et .
- Raccordement. Dans un potentiel pour et pour , écrire la forme générale de dans chaque zone (oscillante / évanescente) et les deux équations de raccordement en . On ne demande pas de résoudre.
- Stationnaire vs onde stationnaire. Comparer, sur un tableau, l'onde stationnaire classique et l'état stationnaire quantique : dépendance temporelle du module carré, existence de nœuds, grandeur physique associée. Conclure sur l'origine du nom « stationnaire ».