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Le cycle cellulaire et la réplication de l'ADN

Cours complet · SVT (première), chapitre 1 · première, spécialité sciences de la vie et de la Terre

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Tout organisme vivant, de la bactérie à l'être humain, est constitué de cellules, et toute cellule provient de la division d'une cellule préexistante. Cette idée, formulée par Rudolf Virchow en 1858 sous la forme « omnis cellula e cellula » (toute cellule provient d'une cellule), pose une exigence fondamentale : lorsqu'une cellule se divise, chacune des deux cellules filles doit recevoir la même information génétique que la cellule mère. Comment une cellule parvient-elle à transmettre fidèlement, division après division, l'intégralité de son programme génétique ? La réponse tient en deux processus étroitement coordonnés : le cycle cellulaire, qui organise dans le temps la croissance et la division, et la réplication de l'ADN, qui produit une copie conforme de la molécule support de l'information héréditaire. Ce chapitre étudie le déroulement du cycle cellulaire, le mécanisme moléculaire de la réplication et l'expérience historique de Meselson et Stahl qui en a établi le modèle.

1.1 L'ADN, support de l'information génétique

1.1.1 Chromosomes, chromatides et gènes

L'information génétique d'une cellule est portée par l'ADN (acide désoxyribonucléique), une molécule constituée de deux brins complémentaires enroulés en double hélice. Chaque brin est une succession de nucléotides différant par leur base azotée : adénine (A), thymine (T), guanine (G) et cytosine (C). Les deux brins s'apparient selon une règle stricte de complémentarité : A face à T, G face à C.

Définition 1.1ADN, gène et chromosome

L'ADN est la molécule qui porte l'information génétique sous forme d'une séquence de nucléotides. Un gène est un segment d'ADN portant l'information nécessaire à un caractère héréditaire. Un chromosome est une molécule d'ADN associée à des protéines. Chaque chromosome peut exister sous forme d'une ou de deux chromatides : une chromatide correspond à une molécule d'ADN.

1.1.2 Caryotype et conservation entre cellules

L'ensemble des chromosomes d'une cellule, classés par paires et par taille, constitue le caryotype. Chez l'être humain, les cellules somatiques possèdent 46 chromosomes (23 paires) : on dit qu'elles sont diploïdes (2n = 46). Toutes les cellules d'un même organisme, issues par divisions successives d'une unique cellule-œuf, possèdent le même caryotype et la même information génétique. C'est précisément cette conservation que le cycle cellulaire doit garantir à chaque division.

◆Théorème 1.2Théorie cellulaire (Virchow, 1858)

Toute cellule provient de la division d'une cellule préexistante. La continuité du vivant repose donc sur une succession de divisions au cours desquelles l'information génétique est copiée puis répartie à l'identique.

1.2 Le cycle cellulaire

1.2.1 Interphase et mitose

Entre deux divisions, une cellule ne reste pas inactive : elle croît, exerce ses fonctions et prépare sa future division. Le cycle cellulaire est l'ensemble des étapes comprises entre la formation d'une cellule et sa propre division en deux cellules filles. Il se décompose en deux grandes phases : l'interphase (longue) et la mitose (courte).

Définition 1.3Le cycle cellulaire

Le cycle cellulaire comprend :

  • l'interphase, subdivisée en trois sous-phases :
  • G1 (gap 1) : croissance de la cellule, synthèse de protéines et d'organites ;
  • S (synthèse) : réplication de l'ADN — chaque chromosome passe de une à deux chromatides ;
  • G2 (gap 2) : poursuite de la croissance et préparation de la division ;
  • la mitose (phase M), au cours de laquelle les chromosomes sont répartis à l'identique dans les deux cellules filles, suivie de la cytocinèse (division du cytoplasme).

{Figure 1.1 — Le cycle cellulaire. Les points rouges indiquent deux points de contrôle majeurs.}

1.2.2 Les étapes de la mitose

La mitose est une division qui, à partir d'une cellule mère, produit deux cellules filles génétiquement identiques entre elles et à la cellule mère. Elle se déroule en quatre étapes continues.

◆Théorème 1.4Les quatre phases de la mitose
  • Prophase : les chromosomes (à deux chromatides) se condensent et deviennent visibles ; l'enveloppe nucléaire se désorganise.
  • Métaphase : les chromosomes s'alignent au centre de la cellule, formant la plaque équatoriale.
  • Anaphase : les deux chromatides de chaque chromosome se séparent et migrent vers les pôles opposés de la cellule.
  • Télophase : les chromosomes (à une seule chromatide) se décondensent ; deux nouvelles enveloppes nucléaires se forment.

Puis la cytocinèse sépare le cytoplasme en deux cellules filles.

1.2.3 Conservation du caryotype

Le résultat essentiel de la mitose est la conservation du caryotype : chaque cellule fille reçoit exactement le même nombre de chromosomes, à une chromatide, et donc la même information génétique que la cellule mère. La séparation des deux chromatides en anaphase n'est possible que parce que la phase S a préalablement produit, par réplication, deux chromatides strictement identiques. Cycle et réplication sont ainsi indissociables.

Figure : État des chromosomes au cours du cycle cellulaire (cellule humaine).
PhaseNb de chromosomesChromatides / chromosomeQuantité d'ADN
G1461
S (en cours)461 puis 2de à
G2462
Mitose (jusqu'à l'anaphase)462
Cellules filles (après division)461

1.2.4 Les points de contrôle

Le déroulement du cycle est surveillé à des points de contrôle qui vérifient l'intégrité de la cellule avant de l'autoriser à franchir une étape. Le point de contrôle G1/S vérifie que la cellule est assez grande et que son ADN n'est pas endommagé avant d'engager la réplication ; le point G2/M vérifie que l'ADN a été entièrement et correctement répliqué avant d'autoriser la mitose. Ces contrôles empêchent la transmission d'un ADN altéré ; leur défaillance peut conduire à des divisions incontrôlées, à l'origine de tumeurs cancéreuses.

Exemple 1.5La quantité d'ADN au cours du cycle

On mesure par cytométrie la quantité d'ADN par cellule au cours d'un cycle complet. On obtient la courbe en escalier suivante.

Question — Interpréter la forme de la courbe et situer la réplication.

Réponse — En G1, la quantité d'ADN est constante et vaut : aucune synthèse n'a lieu. Pendant la phase S, la quantité croît régulièrement de à : c'est la réplication, qui double la quantité d'ADN (chaque chromosome passe de une à deux chromatides). En G2 puis durant la mitose, la quantité reste égale à . La division répartit cet ADN dans deux cellules filles : la quantité retombe brutalement à , valeur identique à celle de départ, ce qui traduit la conservation de l'information génétique.

1.3 La réplication semi-conservative de l'ADN

1.3.1 Le principe : chaque brin sert de matrice

Pour que chaque cellule fille reçoive la même information, l'ADN doit être copié intégralement avant la division : c'est le rôle de la phase S. La complémentarité des bases fournit la clé de ce mécanisme. Si l'on connaît la séquence d'un brin, la séquence de l'autre est entièrement déterminée. Chaque brin de la molécule mère peut donc servir de matrice (de modèle) pour construire un nouveau brin complémentaire.

Définition 1.6Réplication semi-conservative

La réplication de l'ADN est dite semi-conservative : la double hélice s'ouvre, ses deux brins se séparent et chacun sert de matrice à la synthèse d'un brin complémentaire nouveau. Chaque molécule d'ADN fille est ainsi constituée d'un brin ancien (conservé) et d'un brin néoformé. Les deux molécules obtenues sont identiques entre elles et à la molécule mère.

1.3.2 La fourche de réplication et l'ADN polymérase

L'ouverture de la double hélice crée une structure en Y appelée fourche de réplication, qui progresse le long de la molécule. Une enzyme, l'ADN polymérase, parcourt chaque brin matrice et assemble les nucléotides complémentaires (A face à T, G face à C) pour édifier le nouveau brin. La réplication débute simultanément en de nombreux points de la molécule (origines de réplication), ce qui permet de copier rapidement les très longues molécules d'ADN.

{Figure 1.2 — La fourche de réplication : chaque brin ancien (bleu) sert de matrice à la synthèse d'un brin néoformé (rouge) par l'ADN polymérase.}

Propriété : Bilan de la réplication

Une molécule d'ADN à deux brins donne, après réplication, deux molécules identiques, chacune formée d'un brin ancien et d'un brin néoformé. La fidélité de la copie est assurée par la complémentarité stricte des bases (A--T, G--C).

1.4 L'expérience de Meselson et Stahl (1958)

1.4.1 Trois modèles concurrents

Au milieu du XXe siècle, trois hypothèses s'affrontaient pour expliquer la réplication de l'ADN. Selon le modèle conservatif, la molécule mère resterait intacte et servirait de moule à une molécule entièrement neuve. Selon le modèle semi-conservatif, chaque molécule fille associerait un brin ancien et un brin neuf. Selon le modèle dispersif, chaque brin des molécules filles serait une mosaïque de fragments anciens et neufs. En 1958, Matthew Meselson et Franklin Stahl conçurent une expérience décisive pour trancher.

1.4.2 Le principe expérimental

Les chercheurs utilisèrent une bactérie, Escherichia coli, et exploitèrent deux isotopes de l'azote : l'azote lourd 15N et l'azote léger 14N. L'azote entre dans la composition des bases de l'ADN ; un ADN synthétisé en présence de

15N est donc plus dense qu'un ADN synthétisé avec 14N. Après

ultracentrifugation dans un gradient de densité, les molécules se positionnent à une hauteur qui dépend de leur densité, ce qui permet de les distinguer.

Le protocole : les bactéries sont d'abord cultivées longtemps sur 15N (tout leur ADN est lourd), puis transférées sur un milieu ne contenant que du 14N. On prélève l'ADN après zéro, une puis deux générations (deux réplications successives).

Figure : Densités attendues selon chaque modèle (L = lourd, I = intermédiaire,

Lé = léger).</div>

GénérationSemi-conservatifConservatifDispersif
0 (départ, 15N)LLL
1 (1 réplication)IL + LéI
2 (2 réplications)I + LéL + LéI (plus léger)
Exemple 1.7Les résultats de Meselson et Stahl

Après ultracentrifugation, on observe les bandes d'ADN suivantes selon la génération.

Interprétation — À la génération 0, tout l'ADN est lourd (une seule bande basse). À la génération 1, l'ADN forme une unique bande de densité intermédiaire : chaque molécule associe donc un brin lourd (ancien) et un brin léger (néoformé). Ce résultat élimine d'emblée le modèle conservatif, qui aurait prédit deux bandes distinctes (lourde et légère). À la génération 2, on observe deux bandes, l'une intermédiaire et l'autre légère, en proportions égales. Le modèle dispersif est à son tour écarté, car il aurait prédit une bande unique de densité progressivement décroissante, jamais deux bandes séparées. Seul le modèle semi-conservatif rend compte de l'ensemble des résultats : la réplication conserve un brin ancien dans chaque molécule fille.

Méthode : Interpréter les résultats d'une expérience (ex. Meselson et Stahl)

Pour exploiter rigoureusement une expérience et conclure :

  • Identifier le problème posé et les hypothèses testées (ici, les trois modèles de réplication).
  • Repérer le témoin et la variable mesurée (ici, la densité de l'ADN, révélée par la position de la bande après centrifugation).
  • Décrire les résultats sans les interpréter : « à la génération 1, une bande intermédiaire ; à la génération 2, une bande intermédiaire et une bande légère ».
  • Confronter chaque résultat aux prédictions de chaque hypothèse : quelles hypothèses sont contredites ? La génération 1 réfute le modèle conservatif ; la génération 2 réfute le modèle dispersif.
  • Conclure en ne retenant que l'hypothèse compatible avec tous les résultats : le modèle semi-conservatif.

1.5 Bilan

Le cycle cellulaire et la réplication de l'ADN forment le socle de la continuité génétique. La phase S de l'interphase copie fidèlement l'ADN selon un mécanisme semi-conservatif fondé sur la complémentarité des bases ; la mitose répartit ensuite à l'identique les chromatides ainsi produites, assurant la conservation du caryotype dans les deux cellules filles. L'expérience de Meselson et Stahl a apporté la preuve expérimentale du modèle semi-conservatif.

Propriété : Synthèse du chapitre

  • Toute cellule provient d'une cellule préexistante ; le cycle cellulaire enchaîne interphase (G1, S, G2) et mitose.
  • La phase S réplique l'ADN : la quantité d'ADN passe de à , chaque chromosome passant de une à deux chromatides.
  • La mitose (prophase, métaphase, anaphase, télophase) suivie de la cytocinèse sépare les chromatides et conserve le caryotype : chaque cellule fille reçoit le même nombre de chromosomes et la même information génétique.
  • Des points de contrôle (G1/S, G2/M) surveillent l'intégrité de l'ADN avant la division.
  • La réplication est semi-conservative : chaque brin sert de matrice (A--T, G--C), grâce à l'ADN polymérase au niveau de la fourche de réplication. Chaque molécule fille = 1 brin ancien + 1 brin néoformé.
  • L'expérience de Meselson et Stahl (1958), fondée sur les isotopes
15N / 14N et l'ultracentrifugation, démontre ce modèle en écartant les

modèles conservatif et dispersif.

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