À la recherche du passé géologique de notre planète
Cours complet · SVT (terminale), chapitre 7 · terminale, spécialité sciences de la vie et de la Terre
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Les roches qui composent la croûte terrestre constituent de véritables archives. Elles enregistrent, dans leur agencement, leur composition chimique et les fossiles qu'elles renferment, l'histoire de notre planète sur plus de quatre milliards d'années. Reconstituer cette histoire suppose de répondre à deux grandes questions : dans quel ordre se sont succédé les événements géologiques ? Et à quel moment précis chacun s'est-il produit ?
Pour y répondre, les géologues disposent de deux approches complémentaires. La datation relative ordonne les événements les uns par rapport aux autres, sans fournir d'âge chiffré. La datation absolue, fondée sur la radioactivité, attribue à une roche un âge exprimé en années. La combinaison de ces deux méthodes a permis de bâtir l'échelle des temps géologiques et de reconstituer les paléoenvironnements dans lesquels la vie a évolué.
7.1 La datation relative
La datation relative repose sur l'observation des relations géométriques entre les structures géologiques (strates, failles, intrusions) et sur le contenu fossilifère des roches sédimentaires. Elle s'appuie sur un petit nombre de principes simples et universels.
7.1.1 Les principes de la chronologie relative
Dans une série sédimentaire non déformée, une couche (ou strate) est plus récente que celle qu'elle recouvre et plus ancienne que celle qui la recouvre. Autrement dit, les dépôts les plus anciens se trouvent à la base et les plus récents au sommet.
Ce principe ne s'applique directement qu'aux séries n'ayant pas subi de retournement (déformation tectonique majeure).
Toute structure géologique (faille, filon magmatique, pli) qui en recoupe une autre lui est postérieure. La structure recoupée existait nécessairement avant que l'événement responsable du recoupement ne se produise.
Tout élément (galet, fragment de roche, enclave) inclus dans une roche est plus ancien que la roche qui le contient. Un galet pris dans un grès, par exemple, provient de l'érosion d'une roche préexistante.
Une même couche sédimentaire, délimitée par deux surfaces (mur et toit), possède le même âge sur toute son étendue, même si sa nature ou son faciès varient latéralement. Ce principe permet de corréler des affleurements éloignés.
Deux couches contenant le même assemblage de fossiles caractéristiques ont le même âge, même si elles sont géographiquement distantes et de nature lithologique différente. Ce principe est le fondement de la corrélation des séries à l'échelle mondiale et permet de raccorder le principe de continuité au-delà des discontinuités de terrain.
7.1.2 Les fossiles stratigraphiques
Tous les fossiles ne se valent pas pour dater une roche. Les plus utiles sont les fossiles stratigraphiques (ou fossiles de zone).
Un fossile stratigraphique est le reste d'une espèce qui réunit quatre qualités :
- une vaste répartition géographique (souvent mondiale) ;
- une courte durée d'existence à l'échelle des temps géologiques (espèce à évolution rapide) ;
- une grande abondance, garantissant la probabilité de le retrouver ;
- une reconnaissance aisée de ses caractéristiques.
Ces propriétés en font un excellent marqueur d'une tranche de temps précise.
Les ammonites (mollusques céphalopodes à coquille enroulée) sont des fossiles stratigraphiques majeurs du Mésozoïque. Les trilobites caractérisent le Paléozoïque, tandis que certains foraminifères (nummulites) marquent le début du Cénozoïque. La présence d'une ammonite d'une espèce donnée dans deux couches éloignées permet d'affirmer qu'elles se sont déposées au cours d'un même intervalle de temps.
7.2 La datation absolue : la radiochronologie
La datation relative ne donne pas d'âge en années. Pour chiffrer le temps, on exploite une horloge naturelle présente dans de nombreuses roches : la désintégration radioactive de certains isotopes.
7.2.1 La désintégration radioactive
Un isotope radioactif (ou père) est un noyau instable qui se transforme spontanément, au cours du temps, en un noyau plus stable (l'isotope fils), en émettant un rayonnement. Cette désintégration est un phénomène aléatoire à l'échelle d'un noyau, mais statistiquement régulier à l'échelle d'une population : la proportion de noyaux qui se désintègrent par unité de temps est constante.
Soit le nombre de noyaux radioactifs père présents à l'instant , et leur nombre initial. Le nombre de noyaux décroît selon la loi :
où (en ou ) est la constante radioactive, caractéristique de chaque isotope. Cette constante est indépendante de la température, de la pression et des conditions chimiques, ce qui garantit la fiabilité de l'horloge.
La demi-vie est la durée au bout de laquelle la moitié des noyaux père initialement présents se sont désintégrés. En posant dans la loi de décroissance :
La demi-vie et la constante radioactive sont donc liées de façon inverse.
Méthode : Calculer l'âge d'une roche par radiochronologie
Pour dater un échantillon, on procède ainsi :
- Mesurer, par spectrométrie de masse, la quantité de noyaux père restants et de noyaux fils accumulés dans l'échantillon.
- Si tous les noyaux fils proviennent de la désintégration (système clos sans fils initial), on a .
- Reporter dans la loi , puis isoler le temps :
- Convertir à partir de la demi-vie si nécessaire : .
7.2.2 Le choix du couple isotopique
Chaque couple isotopique possède une demi-vie propre : il n'est pertinent que sur une certaine gamme d'âges. On ne peut dater que des durées qui n'excèdent pas quelques fois ; chaque couple a ainsi son propre domaine d'utilisation, indiqué ci-dessous.
- Carbone 14 (), : matières organiques récentes, jusqu'à environ .
- Potassium-Argon (), : roches volcaniques.
- Rubidium-Strontium (), : roches très anciennes (méthode de l'isochrone).
Lors de la cristallisation d'une lave, l'argon (gaz) s'échappe : la roche se forme sans ( à ). Le « chronomètre » est alors remis à zéro. Par la suite, le se désintègre et l' produit reste piégé dans le minéral, supposé système clos. La mesure du rapport donne directement le temps écoulé depuis la solidification.
7.3 La construction de l'échelle des temps géologiques
En combinant datation relative (succession des événements, biozones définies par les fossiles stratigraphiques) et datation absolue (âges chiffrés des coupures), les géologues ont élaboré une échelle de référence partagée par toute la communauté scientifique.
L'échelle des temps géologiques est un découpage hiérarchisé de l'histoire de la Terre en éons, ères, périodes, époques et étages. Les limites entre ces unités correspondent le plus souvent à des événements majeurs : apparitions ou crises biologiques (extinctions massives) repérées grâce aux fossiles, et calées dans le temps par radiochronologie.
Le Phanérozoïque (« vie visible ») se divise en trois ères :
- Paléozoïque (de à ), clos par la plus grande extinction connue (crise Permien--Trias) ;
- Mésozoïque (de à ), ère des dinosaures, achevée par la crise Crétacé–Paléogène ;
- Cénozoïque (de à l'actuel), marqué par la diversification des mammifères.
( désigne le million d'années.) Ces limites, d'abord repérées par les changements de faunes fossiles, ont été datées par radiochronologie sur des niveaux volcaniques associés.
7.4 La reconstitution des paléoenvironnements
Au-delà de la datation, les roches sédimentaires et les fossiles renseignent sur les conditions du milieu de dépôt : c'est la reconstitution des paléoenvironnements.
Un indicateur paléoenvironnemental est un caractère d'une roche ou d'un fossile permettant de reconstituer les conditions du milieu ancien (climat, profondeur, salinité, température). On distingue notamment les indices lithologiques (nature du sédiment) et les indices paléontologiques (organismes à exigences écologiques connues).
Pour interpréter le passé, on admet que les lois physiques, chimiques et biologiques étaient les mêmes qu'aujourd'hui : « le présent est la clé du passé ». Ainsi, retrouver un fossile dont les parents actuels vivent dans un milieu précis permet d'attribuer ce même milieu à la roche qui le contient.
La présence de coraux constructeurs fossiles indique une mer chaude, peu profonde et bien éclairée. Un dépôt de charbon traduit un marécage à forte végétation. Des évaporites (gypse, sel) signalent un climat aride avec forte évaporation. Combinés à l'analyse isotopique de l'oxygène des tests calcaires, ces indices permettent de reconstituer les variations climatiques anciennes.