chimie (MPSI) · Chapitre 6 · Exercice de TD
Problème : solubilité du calcaire en fonction du pH
Réactions acide-base et de précipitation · C. Réactions de précipitation · niveau 3 (difficile)
Énoncé
; / : ; / : ; . Conventions : le pH de la solution est imposé par un tampon qui ne contient pas de carbone et ne réagit pas avec les ions calcium ; on néglige le dégagement de gazeux, sauf à la question 6 ; frontières de prédominance à égalité des concentrations.
- Tracer le diagramme de prédominance des espèces carbonatées.
- Écrire l'équation de la dissolution de conduisant à l'espèce carbonatée prédominante, dans chacun des trois domaines. Calculer leurs constantes par combinaison linéaire d'équations connues.
- On note la solubilité et . Exprimer et la concentration totale en carbone dissous en fonction de , puis en fonction de , de et des constantes d'acidité. En déduire
- Déterminer les trois asymptotes de en fonction du pH et leurs pentes ; tracer le diagramme (à titre illustratif : un script Python calcule exact). Calculer en grammes par litre à , et .
- On introduit de dans de solution tamponnée. En dessous de quel pH le solide disparaît-il entièrement ? Que vaut la « solubilité » calculée à ? Que se passe-t-il réellement ?
- Interpréter : l'action d'un détartrant acide sur le tartre ; le creusement des grottes calcaires par les eaux de pluie chargées en , et la formation des stalactites ; le rôle du dégagement gazeux de .
Corrigé
Ce qu'on a le droit d'utiliser. Les définitions de et des , la règle de combinaison des constantes, la conservation de la matière. Aucune formule de pH : le pH est imposé par le tampon, c'est une donnée.
1) Le diagramme. prédomine pour , entre et , au-delà de .
2) Trois équations de dissolution. Partons de la dissolution , de constante .
- : l'ion carbonate prédomine, c'est cette équation même ; .
- : le carbonate libéré est capté par . On ajoute à la dissolution l'opposée de la réaction de avec l'eau, (constante ) :
- : on ajoute encore l'opposée de la réaction de avec l'eau (constante ) : de constante .
Les constantes passent de à : la même roche, très peu soluble en milieu basique, est attaquée sans retenue par un acide.
3) La solubilité. Chaque mole de dissoute libère une mole de calcium et une mole de carbone, qui se répartit entre les trois formes (le tampon n'apporte pas de carbone) : Les constantes d'acidité expriment chaque forme en fonction de : et . Donc La parenthèse vaut , où est la concentration totale du carbone dissous : c'est l'inverse de la fraction de carbonate parmi les trois formes, qui ne dépend que du pH. Le solide étant présent, ; on y remplace les deux concentrations : Contrôles. Homogénéité : la parenthèse est sans dimension ( et les sont des activités). Cas limite : en milieu très basique, et , la solubilité dans l'eau d'un sel dont l'anion ne réagit pas.
4) Les trois asymptotes. Dans chaque domaine, un terme de la parenthèse l'emporte :
- : le terme domine, , pente ;
- : le terme domine, , pente ;
- : le terme domine, , pente .
Les asymptotes se coupent aux : et . Le diagramme est une ligne brisée coudée aux frontières du diagramme de prédominance, dont la courbe exacte s'écarte d'au plus au voisinage des coudes. Le script trace la courbe exacte et calcule les valeurs demandées :
import numpy as np
pKs, pKa1, pKa2, M = 8.4, 6.4, 10.3, 100.1
Ks, Ka1, Ka2 = 10**-pKs, 10**-pKa1, 10**-pKa2
def log_s(pH):
h = 10.0**-pH
return 0.5*np.log10(Ks*(1 + h/Ka2 + h**2/(Ka1*Ka2)))
for pH in (12, 8.3, 7, 3):
ls = log_s(pH)
print(f"pH = {pH:4}: log s = {ls:6.2f} s = {10**ls*M:.3g} g/L")
pH = np.linspace(2, 14, 120001)
seuil = pH[np.argmin(abs(log_s(pH) - np.log10(1.0/M)))]
print(f"1,0 g par litre dissous en totalite pour pH <= {seuil:.2f}")
# asymptotes : -pKs/2 ; (pKa2 - pKs - pH)/2 ; (pKa1 + pKa2 - pKs)/2 - pH
Résultat obtenu en l'exécutant :
pH = 12: log s = -4.20 s = 0.00638 g/L
pH = 8.3: log s = -3.20 s = 0.0639 g/L
pH = 7: log s = -2.50 s = 0.316 g/L
pH = 3: log s = 1.15 s = 1.41e+03 g/L
1,0 g par litre dissous en totalite pour pH <= 6.27
Soit à , à (le pH d'une eau de mer ou d'une eau calcaire), à . Les asymptotes donnent , et : à , près du coude de , l'écart de est visible, ailleurs il est négligeable. Cinq unités de pH font gagner un facteur cinquante.
5) Dissolution totale. dans un litre représente . Le solide disparaît entièrement si , c'est-à-dire : le calcul exact donne . (L'asymptote de pente donnerait ; on est trop près du coude pour s'y fier.) À , la formule donne , soit — de calcaire par litre, ce qui n'a aucun sens physique. La formule a été établie en supposant le solide présent ; ici, l'hypothèse est fausse : le gramme de calcaire se dissout entièrement, bien avant que la solution ne soit saturée. C'est une rupture d'équilibre, comme pour le milligramme de chlorure d'argent de l'exercice 4, et l'état final est , avec . (Le tampon doit fournir pour cela d'ions : la convention suppose qu'il en a la capacité.)
6) Interprétations.
- Le détartrant. Les détartrants ménagers sont des acides (acide citrique, acide sulfamique, vinaigre) qui amènent la solution à des pH de à : on est très loin dans le domaine de pente , la réaction , de constante , dissout tout le tartre accessible, avec effervescence.
- Les grottes. L'eau de pluie qui traverse un sol riche en matière organique se charge en : son pH descend vers à . Au contact du calcaire, elle dissout la roche sous forme d'ions et , et creuse au fil des millénaires des galeries. Quand cette eau suinte dans une grotte, où l'air est moins riche en , le gaz dissous s'échappe : le pH remonte, la solubilité chute, et le calcaire reprécipite — stalactites et stalagmites.
- Le dégagement gazeux. Si le formé quitte la solution, reste faible, le quotient de la réaction de dissolution reste inférieur à sa constante, et la dissolution continue jusqu'à disparition du solide : le système est ouvert, comme le sang de l'exercice 3. Inversement, un dégazage, en retirant un produit de la dissolution, force la précipitation.
Le résultat obtenu — la solubilité du calcaire en fonction du pH. Pour le carbonate de calcium en solution de pH imposé, le diagramme est asymptotiquement une ligne brisée de pentes , et , coudée aux deux du couple carbonate. Valable tant que le solide est présent ; au-delà, rupture d'équilibre.
Ce que le problème installe. La solubilité dépend du pH dès que l'anion du sel est une base : on l'obtient par conservation de la matière et diagramme de distribution, et la pente de chaque asymptote vaut moins la moitié du nombre de consommés par l'équation de dissolution prépondérante (, , puis ), la moitié parce que figure au carré dans la loi d'action des masses. On retient aussi les deux limites de toute formule de solubilité : elle suppose le solide présent, et elle suppose un système fermé.
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