chimie (MPSI) · Chapitre 7 · Exercice de TD
Problème : la pile Daniell, capacité, usure, et la relation entre constante d'équilibre et potentiels standard
Oxydo-réduction : piles et potentiels · D. Prévoir le sens d'une réaction redox · niveau 3 (difficile)
Énoncé
Une pile Daniell est formée de deux béchers de volume reliés par un pont salin au nitrate de potassium. Le premier contient une solution de sulfate de zinc à et une lame de zinc de masse ; le second une solution de sulfate de cuivre(II) à et une lame de cuivre. Données : ; ; constante de Faraday ; .
1) Calculer les potentiels initiaux des deux électrodes, en déduire la polarité et la tension à vide initiale . Écrire les demi-équations aux électrodes en précisant l'anode et la cathode, l'équation de fonctionnement, et le rôle du pont salin.
2) En appliquant la formule de Nernst aux deux électrodes, montrer que la tension à vide s'écrit, à tout instant, , où et est le quotient de la réaction de fonctionnement. Exprimer en fonction de l'avancement de la réaction (en moles).
3) La pile cesse de débiter lorsque . Que vaut alors ? En déduire la relation et la valeur de . Généraliser à une réaction quelconque échangeant électrons entre deux couples de potentiels standard (couple de l'oxydant) et (couple du réducteur).
4) Faire l'hypothèse d'une réaction totale. Quel est le réactif limitant ? Quelle masse de zinc suffirait ? Vérifier l'hypothèse en calculant la concentration finale des ions cuivre(II).
5) Calculer la capacité de la pile, quantité d'électricité qu'elle peut débiter, en coulombs puis en ampères-heures. Combien de temps peut-elle alimenter un circuit consommant ? Estimer l'énergie électrique qu'elle peut fournir.
6) Calculer lorsque , , et des ions cuivre(II) ont été consommés. Décrire l'allure de la courbe . Une mesure de tension renseigne-t-elle sur l'état d'usure de la pile ? Énoncer, pour conclure, le résultat établi par le problème.
Corrigé
1) L'état initial. Par la formule de Nernst, chaque couple échangeant deux électrons et les métaux ayant une activité : Le cuivre est le pôle , le zinc le pôle , et Les deux concentrations étant égales, la correction de Nernst est la même des deux côtés et s'élimine : . Le zinc, pôle , est oxydé : c'est l'anode, ; les ions cuivre(II) sont réduits sur le cuivre, pôle , cathode : . L'équation de fonctionnement est Le pont salin ferme le circuit et maintient l'électroneutralité (ions nitrate vers le zinc, ions potassium vers le cuivre) ; il empêche aussi le mélange des solutions, sans quoi les ions cuivre(II) réagiraient directement sur le zinc, sans passer par le fil.
2) La tension en fonction de l'avancement. À tout instant, les deux électrodes obéissent à la formule de Nernst : En soustrayant : Le quotient qui apparaît est exactement celui de la réaction de fonctionnement (les métaux ont une activité ) : la tension d'une pile mesure l'écart entre son quotient de réaction et l'état standard. Lorsque la pile a débité un avancement (en moles), les deux compartiments ayant le même volume : À mesure que la pile débite, augmente et diminue.
3) Pile usée, pile à l'équilibre. Tant que , le cuivre est au potentiel le plus élevé et la pile débite dans le sens de la réaction de fonctionnement. Elle cesse de débiter quand les deux électrodes sont au même potentiel, , et cela se produit pour Or une réaction qui n'évolue plus, en présence de tous ses réactifs et produits, est à l'équilibre, où . Donc Généralisation. Pour deux couples (potentiel standard ) et (potentiel standard ), écrits avec le même nombre d'électrons après combinaison, le même calcul donne pour la réaction , et l'annulation de à l'équilibre donne Le point délicat. L'argument n'exige pas de construire une pile : dans une solution où la réaction se fait directement, à l'équilibre, le potentiel de la solution est unique, donc les potentiels de Nernst des deux couples sont égaux, ce qui est exactement . La pile n'est qu'une manière de rendre cette égalité mesurable.
4) État final : hypothèse et vérification. : on fait l'hypothèse d'une réaction totale. Quantités initiales : ions cuivre(II), ; zinc, . Les coefficients étant égaux, le réactif limitant est l'ion cuivre(II), et . Il suffirait de de zinc : la lame de est très largement en excès, et c'est la solution de cuivre(II) qui fixe la durée de vie.
Vérification. À l'état final supposé, . L'équilibre impose Cette concentration est absurdement petite : dans les du bécher, elle correspondrait à environ ion, c'est-à-dire qu'il n'y a plus un seul ion cuivre(II). L'hypothèse est plus que validée : la réaction est totale à toute précision mesurable, et c'est l'épuisement du cuivre(II), non l'équilibre, qui arrête la pile en pratique.
5) La capacité. Chaque mole d'avancement fait passer deux moles d'électrons dans le circuit, soit une charge . La capacité est donc Comme , . Sous , la pile débite pendant Énergie. La tension restant voisine de pendant presque toute la décharge (question 6), l'énergie est de l'ordre de Plus précisément, avec l'expression de de la question 6 ; comme , la tension moyenne vaut et — un maximum, la tension sous courant étant inférieure à la tension à vide. Ordre de grandeur : deux kilojoules élèvent un litre d'eau d'un demi-degré ; c'est la quantité de réactif, et non la tension, qui fixe la capacité.
6) Le plateau, puis la chute. Avec , la fraction des ions cuivre(II) consommés, on a et , d'où . Le calcul, fait à la main ou par le script suivant :
from math import log10
n_Cu0, V = 0.010, 0.100 # mol, L
for f in (0, 0.5, 0.9, 0.99, 0.999): # fraction de Cu2+ consommée
xi = f * n_Cu0
Q = (0.10 + xi / V) / (0.10 - xi / V) # [Zn2+]/[Cu2+]
print(f"{f:6.1%} U = {1.10 - 0.03 * log10(Q):.3f} V")
donne à l'exécution :
| fraction consommée | |||||
|---|---|---|---|---|---|
| (V) |
L'allure. La tension ne perd que à mi-décharge et moins de à : la courbe présente un long plateau légèrement descendant, parce que dépend du logarithme du rapport des concentrations, qui varie peu tant que ce rapport reste de l'ordre de l'unité. Ce n'est qu'à l'approche de , quand tend vers zéro, que diverge et que la tension chute brutalement vers zéro (elle ne s'annulerait exactement que pour , soit ).
Conséquence pratique. Une mesure de la tension à vide ne renseigne presque pas sur l'usure : une pile à de décharge affiche encore , à peine moins qu'une pile neuve. La tension avertit trop tard.
Le résultat établi — relation entre constante d'équilibre et potentiels standard. Pour une réaction d'oxydo-réduction échangeant électrons entre l'oxydant d'un couple de potentiel standard et le réducteur d'un couple de potentiel standard , on a, à 25 °C, relation obtenue en écrivant qu'à l'équilibre, les potentiels de Nernst des deux couples sont égaux — autrement dit, qu'une pile usée est une pile à l'équilibre. La capacité d'une pile est , fixée par la quantité du réactif limitant ; sa tension, logarithmique, reste sur un plateau puis s'effondre.
Ce que le problème installe. La pile n'est qu'une réaction d'oxydo-réduction qu'on a forcée à passer par un fil : sa tension est , elle décroît à mesure que la réaction avance, et s'annule exactement à l'équilibre. De là, en une ligne, la relation entre et les potentiels standard, utilisée dans tout le chapitre, et qu'on peut maintenant considérer comme démontrée à partir de la formule de Nernst. Le problème réinvestit aussi le raisonnement sur l'état final (hypothèse, vérification) et sépare nettement deux grandeurs que l'on confond souvent : la tension, fixée par les couples, et la capacité, fixée par la quantité de matière.
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