chimie : thermodynamique, procédés et électrochimie (PSI) · Chapitre 4 · Exercice de TD
Établir le bilan énergétique d'un RPAC : l'hydrolyse de l'anhydride acétique
Procédés industriels continus : réacteurs ouverts · E. Bilan thermique d'un RPAC et points de fonctionnement · niveau 2
Énoncé
L'anhydride acétique est hydrolysé en continu dans un RPAC : L'alimentation est une solution aqueuse d'anhydride à , au débit ; le réacteur a un volume et un serpentin parcouru par de l'eau de refroidissement. La réaction est d'ordre 1 par rapport à l'anhydride, l'eau étant en large excès : , avec à et une énergie d'activation . La capacité thermique volumique de la solution est . On utilise le tableau de données de la séance (masse molaire de l'anhydride , masse volumique ).
1) Calculer par la loi de Hess. Calculer et en déduire de combien varie entre et . Vérifier l'ordre de grandeur de à partir des capacités thermiques molaires du tableau.
2) Le réacteur fonctionne à . Calculer à cette température, puis le taux de conversion. Justifier l'ordre 1.
3) En appliquant le premier principe au contenu du réacteur, système ouvert en régime stationnaire, établir la relation entre la température d'entrée , la température du réacteur, le taux de conversion et le flux thermique évacué par le serpentin. On imaginera un chemin fictif entre l'état du fluide qui entre et celui du fluide qui sort.
4) Le réacteur est adiabatique (). Montrer que et sont liés par une relation affine (droite adiabatique) et calculer l'élévation adiabatique de température .
5) L'alimentation entre à et le réacteur est maintenu à avec . Calculer la puissance libérée par la réaction, la puissance absorbée par l'échauffement de l'alimentation, et le flux que doit évacuer le serpentin. L'eau du serpentin est à en moyenne : quel produit (coefficient d'échange surface) faut-il ?
6) Cas limites. Que se passe-t-il, à et , si l'alimentation entre à ? Pour quelle température d'entrée le réacteur fonctionne-t-il sans aucun échange (autotherme) ? Si le serpentin tombe en panne avec une entrée à , à quelle température le réacteur se stabilise-t-il ?
Corrigé
La stratégie. Le premier principe pour un système ouvert en régime stationnaire s'écrit, par unité de temps, « variation du débit d'enthalpie entre la sortie et l'entrée puissance thermique reçue » (on néglige le travail de l'agitateur et les variations d'énergie cinétique et potentielle). L'enthalpie étant une fonction d'état, on calcule sa variation sur un chemin fictif commode : on échauffe d'abord le fluide entrant, sans réaction, de à , puis on fait réagir à .
1) Données thermodynamiques. Loi de Hess : La réaction est exothermique. : la capacité thermique des produits ne dépasse celle des réactifs que de par mole d'avancement. Un cycle (refroidir les réactifs de à , réagir à , réchauffer les produits jusqu'à ) montre que change de entre et , soit : l'hypothèse « indépendante de » est excellente. Capacité thermique : un litre d'alimentation contient d'anhydride (, soit ) et environ d'eau, soit ; en négligeant les effets de mélange, par litre, soit . Après réaction ( d'acide, d'eau), on trouve la même valeur à près, conséquence du faible : on peut prendre la même capacité thermique pour l'entrée et la sortie. L'eau, en masse, porte l'essentiel de la capacité thermique.
2) Cinétique. Loi d'Arrhenius entre et : Avec , et le RPAC d'ordre 1 donne . Pseudo-ordre : l'eau est à et n'en perd que , soit : sa concentration est pratiquement constante (dégénérescence de l'ordre), et la vitesse est proportionnelle à la seule concentration d'anhydride.
3) Le bilan énergétique. Système : le contenu du réacteur, de volume fixe, traversé par le débit , en régime stationnaire. Pendant , un volume de fluide entre (composition d'entrée, ) et le même volume sort (composition de sortie, ), puisque les débits volumiques sont égaux. Le premier principe pour ce système ouvert s'écrit où est le flux thermique évacué (le système reçoit ). On calcule sur le chemin fictif :
- étape 1, échauffement du flux entrant de à : ;
- étape 2, réaction à avec l'avancement par unité de temps (débit d'anhydride consommé) : .
D'où le bilan énergétique du RPAC : soit Les trois termes se lisent ainsi : la réaction libère une puissance ; une partie sert à réchauffer l'alimentation froide jusqu'à la température du réacteur ; le reste, et seulement le reste, doit être évacué par la paroi. Le chemin fictif est permis parce que est une fonction d'état ; l'ordre inverse (réagir à , puis échauffer le mélange réactionnel) donne le même résultat, puisque la capacité thermique ne change pas avec la composition.
4) Droite adiabatique. Avec : est l'échauffement d'un fluide qui convertirait tout son réactif sans rien échanger ; il ne dépend ni du débit ni du volume, seulement de la composition de l'alimentation.
5) Le point de fonctionnement. Avec et :
- puissance libérée : ;
- échauffement du flux : ;
- flux à évacuer : .
Le flux à évacuer n'est pas la chaleur de réaction : l'alimentation froide en absorbe ici plus de la moitié, gratuitement. Dimensionner le serpentin sur serait le surdimensionner d'un facteur . Avec une eau à , donne par exemple de serpentin avec , valeur courante pour un échange eau-solution aqueuse agitée.
Lecture graphique : à donné, la droite adiabatique issue de donne la température qu'atteindrait le réacteur sans échange ; l'écart vertical entre cette droite et le point de fonctionnement, multiplié par , est le flux à évacuer : .
6) Cas limites.
- Entrée à . : le flux est négatif, il faut chauffer (vapeur ou eau chaude dans le serpentin). La droite adiabatique issue de passe sous le point de fonctionnement.
- Fonctionnement autotherme ( au point , ) : . La réaction réchauffe seule son alimentation : aucun échangeur n'est nécessaire, mais la moindre dérive de déplace la température du réacteur.
- Panne du serpentin, entrée à . Il serait faux de lire : en s'échauffant, le réacteur réagit plus vite, et augmente. La température de fonctionnement adiabatique est l'intersection de la droite et de la courbe du bilan de matière. Par itérations (on part de , on calcule , on en déduit , etc.), on trouve , : dix degrés de plus, ce qui reste sans danger ici puisque ne vaut que .
Ce que l'exercice installe. Le bilan énergétique d'un RPAC s'établit par le premier principe en écoulement stationnaire et un chemin fictif (échauffer, puis réagir) : . Le flux à évacuer n'est pas la chaleur de réaction : l'alimentation froide en absorbe une part, qui peut être nulle, partielle ou supérieure (il faut alors chauffer). La droite adiabatique organise tout le raisonnement thermique ; la température de fonctionnement adiabatique est son intersection avec la courbe du bilan de matière. On vérifie au passage que et sont constants, grâce au tableau des .
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