chimie : thermodynamique, procédés et électrochimie (PSI) · Chapitre 4 · Exercice de TD
Problème : fabrication du propane-1,2-diol en RPAC, allumage, extinction et stabilité
Procédés industriels continus : réacteurs ouverts · E. Bilan thermique d'un RPAC et points de fonctionnement · niveau 3 (difficile)
Énoncé
Le propane-1,2-diol (propylène glycol, solvant et antigel de qualité alimentaire) est fabriqué par hydratation du méthyloxirane (oxyde de propylène), catalysée par l'acide sulfurique, en solution aqueuse : On étudie une unité de production modèle, un RPAC de volume , alimenté au débit par une solution d'oxyde de propylène à dans l'eau acidifiée, dont un échangeur règle la température d'entrée . Le réacteur est d'abord adiabatique.
Données :
- l'eau est en très large excès ; la vitesse de réaction est , avec , et (données cinétiques reprises par H. S. Fogler, Elements of Chemical Reaction Engineering, pour cette réaction) ;
- l'enthalpie de réaction est calculée par la loi de Hess sur les corps purs liquides du tableau de la séance (on néglige les enthalpies de dissolution) ;
- capacité thermique volumique de la solution : ; masse molaire du diol : ;
- l'oxyde de propylène bout à sous ; le réacteur est légèrement pressurisé, mais l'exploitant impose pour limiter la pression et les pertes d'oxyde par vaporisation.
1) Bilan de matière. Justifier la loi de vitesse d'ordre 1. Établir l'expression du taux de conversion de l'oxyde en sortie du RPAC. Calculer le temps de passage, puis à et à . En déduire l'allure de la puissance libérée par la réaction et sa valeur limite.
2) Bilan énergétique adiabatique. Calculer . Établir la relation entre , et , et calculer . Montrer que les températures de fonctionnement possibles sont les intersections de la courbe et d'une droite dont on donnera la pente.
3) Points de fonctionnement (capacité numérique). Écrire un script Python qui détermine les points de fonctionnement pour une température d'entrée donnée, puis compte les points pour entre et . Donner les points pour , et décrire ce qui change à et à .
4) Stabilité. Le réacteur fonctionne en un point ; une fluctuation porte sa température à . En comparant les variations des deux puissances, établir le critère de stabilité d'un point de fonctionnement. L'appliquer aux trois points obtenus pour , et montrer que, lorsqu'il y a trois points, celui du milieu est toujours instable.
5) Allumage et extinction. Déterminer les températures d'entrée pour lesquelles la droite d'évacuation est tangente à la courbe de production. Tracer l'allure de en fonction de et décrire ce qu'on observe en réchauffant lentement l'alimentation depuis , puis en la refroidissant. Comment démarrer l'unité sur le régime de forte conversion ?
6) Sécurité et refroidissement. Les points de forte conversion respectent-ils la contrainte ? Pour produire avec à , calculer le volume de réacteur nécessaire au même débit. L'alimentation entre à ; calculer le flux à évacuer et le produit d'un serpentin parcouru par de l'eau à . Ce point de fonctionnement est-il stable ? Que se passe-t-il si le serpentin tombe en panne ? Conclure en énonçant le résultat établi.
Corrigé
La stratégie. Deux bilans, une seule inconnue : le bilan de matière donne en fonction de (par ), le bilan énergétique donne une autre relation entre et . Le point de fonctionnement est leur intersection. Parce que est exponentielle, la première relation est une courbe en S et l'intersection peut être multiple ; on la cherche numériquement, puis on juge chaque point en comparant les pentes des deux puissances.
1) Bilan de matière. Un litre d'alimentation contient d'oxyde (, environ ) et environ d'eau : même à conversion totale, la concentration de l'eau ne baisse que de . Elle est constante en bonne approximation, l'acide est un catalyseur : dégénérescence de l'ordre, . Le bilan du RPAC en régime stationnaire, donne À , , , ; à , , , . Avec , la constante de vitesse est multipliée par en . part de à basse température (réaction gelée), monte brutalement, puis plafonne à (le réactif est épuisé) : c'est une sigmoïde, et aussi, avec pour plafond
2) Bilan énergétique adiabatique. Loi de Hess : L'ouverture d'un cycle à trois atomes tendu explique cette forte exothermicité. Le bilan énergétique du RPAC, établi par un chemin fictif (échauffer l'alimentation de à , puis réagir à ), s'écrit avec : avec Lu comme une égalité de puissances, le bilan énergétique dit que la puissance libérée par la réaction, , est entièrement emportée par le fluide qui sort plus chaud qu'il n'est entré : droite de pente , qui coupe l'axe des températures en . Un point de fonctionnement est une intersection de la sigmoïde et de la droite ; changer translate la droite.
3) Le script et les points de fonctionnement. Le script écrit le bilan énergétique sous la forme , repère les changements de signe de sur une grille, et affine chaque racine par dichotomie améliorée (brentq) ; la stabilité est jugée en comparant les pentes (question 4).
import numpy as np
from scipy.optimize import brentq
R, A, Ea = 8.314, 4.71e9, 75.3e3 # Arrhenius, pseudo-ordre 1
dTad, tau = 60.9, 450.0 # K, s
def X(T): # bilan de matiere du RPAC
k = A*np.exp(-Ea/(R*T))
return k*tau/(1 + k*tau)
def points(Te): # bilan thermique adiabatique
f = lambda T: dTad*X(T) - (T - Te)
Tg = np.linspace(Te, Te + dTad + 1, 2000)
s = np.sign(f(Tg))
i0 = np.where(s[:-1]*s[1:] < 0)[0] # changements de signe
return [brentq(f, Tg[i], Tg[i+1]) for i in i0]
def stable(T, h=1e-3): # pente prod. < pente evac.
return dTad*(X(T+h) - X(T-h))/(2*h) < 1
for T in points(17 + 273.15):
etat = "stable" if stable(T) else "instable"
print(f"T = {T-273.15:5.1f} C X = {X(T):.3f} {etat}")
print("Te = 10 a 24 C :",
[len(points(Te + 273.15)) for Te in range(10, 25)])
Résultat obtenu en l'exécutant :
T = 23.2 C X = 0.101 stable
T = 41.8 C X = 0.407 instable
T = 71.1 C X = 0.888 stable
Te = 10 a 24 C : [1, 1, 1, 1, 3, 3, 3, 3, 3, 1, 1, 1, 1, 1, 1]
(La grille commence à , où , et finit au-delà de , où puisque : aucune racine ne peut lui échapper.) Pour , trois points : (), () et (). À , un seul, avec : le réacteur est éteint, il ne produit presque rien. À , un seul, avec : le réacteur est allumé. Entre et , trois points.
4) Stabilité. Au point , les deux puissances sont égales. Si la température du contenu passe à , la réaction libère et le fluide emporte . Le contenu reçoit donc la puissance nette :
- si , la puissance nette est de signe opposé à : un échauffement est refroidi, un refroidissement est réchauffé, la fluctuation régresse : point stable ;
- si , elle s'amplifie : point instable.
C'est un raisonnement physique sur le régime transitoire, au-delà des bilans stationnaires : en adiabatique, où la composition suit la température le long de la droite , il est rigoureux ; avec un échange de chaleur, la condition obtenue est nécessaire (des oscillations sont alors possibles, hors programme). La pente de production vaut Pour :
| point | () | () | () | état | |
|---|---|---|---|---|---|
| bas | stable | ||||
| milieu | instable | ||||
| haut | stable |
La pente d'évacuation vaut partout : le point bas (éteint) et le point haut (allumé) sont stables, le point du milieu ne l'est pas.
Le point du milieu est toujours instable. Posons . En , ; pour grand, plafonne et croît sans limite, donc . Avec trois racines simples, passe de à à la première, de à à la deuxième, de à à la troisième : (stable), (instable), (stable). Les pentes alternent nécessairement, et le point du milieu, où la droite traverse la sigmoïde « par le dessous », est instable : une fluctuation l'envoie vers le point éteint ou vers le point allumé.
5) Allumage et extinction. À la frontière entre un et trois points, la droite est tangente à la sigmoïde : , soit . Cette équation en seul a deux solutions (résolues numériquement comme à la question 3) :
- (), d'où : la droite tangente en bas, c'est la température d'allumage ;
- (), d'où : la droite tangente en haut, c'est la température d'extinction.
Trois points existent pour , ce que le balayage du script confirme ( à ). La courbe se trace sans résoudre aucune équation, en paramétrant par : .
On part d'une alimentation à (réacteur éteint, ) et on la réchauffe lentement : le réacteur suit la branche éteinte jusqu'à ; là, le point bas disparaît et le réacteur saute brutalement vers : allumage. Si l'on refroidit ensuite l'alimentation, il reste sur la branche allumée bien en deçà de , jusqu'à , où il s'effondre vers : extinction. Le cycle parcouru est une hystérésis : entre et , l'état du réacteur dépend de son histoire. Pour démarrer sur le régime de forte conversion, on tiédit l'alimentation au-delà de (ou l'on préchauffe le contenu) jusqu'à l'allumage, puis on peut la refroidir jusqu'à sans éteindre. Dans la fenêtre d'hystérésis, une dérive de quelques degrés de fait passer de à : la température d'entrée doit être régulée.
6) Sécurité et refroidissement. Les points allumés sont entre et selon : ils violent la contrainte ; les points éteints la respectent mais ne produisent rien. Le réacteur adiabatique de n'a aucun point de fonctionnement acceptable. On change donc de conception : un réacteur plus grand, refroidi, qui travaille à .
Volume. À , ; pour , fois le volume initial, pour une production de de diol, soit .
Flux et serpentin. Bilan énergétique avec échange, : et, pour le serpentin, La réaction libère , l'alimentation en absorbe , le serpentin évacue le reste.
Stabilité. Avec le serpentin, la puissance évacuée devient , de pente . La pente de production au point de fonctionnement vaut : la droite est plus de deux fois plus pentue, le point est stable, et c'est le seul (le même script, avec le terme d'échange, le confirme). Le refroidissement a doublement servi : il abaisse la température et il raidit la droite d'évacuation, ce qui supprime la multiplicité.
Panne du serpentin. On revient au bilan adiabatique avec le nouveau temps de passage : le seul point est à (). La température dépasse de près de la limite fixée, et l'oxyde se vaporise : il faut une sécurité qui coupe l'alimentation en oxyde sur détection d'une température haute ou d'un débit d'eau de refroidissement nul. C'est la régulation de température et la sécurité thermique qui rendent ce réacteur exploitable.
Le résultat obtenu — points de fonctionnement d'un RPAC exothermique et leur stabilité. En régime stationnaire, les températures de fonctionnement d'un réacteur parfaitement agité continu siège d'une réaction exothermique sont les intersections de la courbe de production , en forme de S à cause de la loi d'Arrhenius, et de la droite d'évacuation . Il y en a une ou trois. Un point est stable si ; lorsqu'il y en a trois, le point du milieu est toujours instable. Les deux tangences délimitent une fenêtre de conditions d'entrée où coexistent un régime éteint et un régime allumé : le réacteur présente une hystérésis d'allumage et d'extinction. Pour l'unité étudiée, la fenêtre va de à ; un réacteur de refroidi par un serpentin de fonctionne en un point unique et stable à , .
Ce que le problème installe. Croiser les deux bilans : le bilan de matière donne , le bilan énergétique une droite ; le point de fonctionnement est leur intersection, obtenue par un script court (balayage puis brentq) dont on garde la sortie. Juger la stabilité par les pentes, et savoir que le point du milieu est toujours instable. Lire l'hystérésis : un réacteur exothermique a une histoire, se démarre par un allumage et peut s'éteindre. Concevoir sous contrainte de sécurité : refroidir abaisse la température et raidit la droite d'évacuation ; on calcule toujours ce que devient le réacteur si le refroidissement disparaît.
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