Lire une étude épidémiologique
Exercice supplémentaire · niveau 2 · enseignement scientifique (terminale), chapitre 6 — Énergie, choix de développement et futur climatique
Énoncé
On lit dans un communiqué : « L'exposition aux particules fines est responsable d'environ décès prématurés par an en France. Une baisse de microgrammes par mètre cube de la concentration moyenne permettrait d'en éviter les trois quarts. » 1. Que signifie « décès prématuré » ? Peut-on désigner les personnes concernées ? 2. Quelle méthode a permis d'obtenir un tel chiffre ? 3. Un lecteur objecte : « les gens exposés vivent en ville, où l'on fume plus et où l'on est plus pauvre : ce n'est pas la pollution ». Que répondre ? 4. Quels arguments renforcent l'hypothèse causale ? 5. La seconde phrase du communiqué appelle une réserve. Laquelle ?
Corrigé
1. Un décès prématuré est un décès survenu plus tôt qu'il ne serait survenu en l'absence de l'exposition. C'est une notion statistique : l'étude estime un nombre d'années de vie perdues à l'échelle d'une population. Aucun décès individuel ne peut être attribué à la pollution ; il n'existe pas de certificat de décès portant cette mention.
2. Une étude épidémiologique : on compare la mortalité de groupes soumis à des expositions différentes, en corrigeant statistiquement des autres facteurs connus, puis on applique la relation obtenue à la population française et à sa carte d'exposition.
3. L'objection désigne des facteurs de confusion réels, et elle est bonne : c'est exactement le genre de biais qu'une étude sérieuse doit traiter. La réponse consiste à montrer comment ils ont été pris en compte — ajustement sur le tabagisme, le revenu, l'âge, la profession — et à rappeler que la relation persiste à niveau de tabagisme et de revenu égal. Une objection méthodologique ne se réfute pas par l'indignation, mais par la méthode.
4. La relation dose-effet : plus l'exposition est forte, plus la mortalité est élevée. La cohérence entre des dizaines d'études menées sur des continents différents. L'existence d'un mécanisme biologique : inflammation, passage des particules les plus fines dans le sang, effets cardiovasculaires observés en laboratoire. Et les expériences naturelles : les baisses de mortalité observées après des mesures de réduction des émissions.
5. La seconde phrase est une projection contrefactuelle, non une mesure : elle décrit ce qui se passerait dans un monde qui n'existe pas. Elle dépend d'hypothèses — linéarité de la relation, absence de seuil, délai avant que l'effet apparaisse — qu'il faut expliciter. Elle devrait s'accompagner d'un intervalle. Un communiqué qui donne une valeur unique sans fourchette n'est pas faux, mais il est incomplet.
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