Probleme – Quelles suites de degrés sont réalisables ?
Exercice · niveau 3 (difficile) · informatique (MP2I/MPI), chapitre 13 — Le modèle des graphes
Énoncé
Le lemme des poignées de main donne une condition nécessaire. On cherche la condition exacte.
- Donner deux conditions nécessaires pour qu'une suite soit la suite des degrés d'un graphe non orienté simple.
- Démontrer le théorème de Havel-Hakimi : la suite est réalisable si et seulement si la suite obtenue en retirant et en diminuant de les termes suivants l'est.
- En déduire un algorithme, et sa complexité.
- Éprouver sur des exemples.
Corrigé
1. Deux conditions nécessaires.
- est paire — lemme des poignées de main.
- : dans un graphe simple, un sommet a au plus voisins, une boucle et les arêtes multiples étant exclues.
Aucune des deux, ni les deux ensemble, ne suffit. Mesuré : la suite a une somme paire et , et pourtant aucun graphe ne la réalise — vérifié par énumération exhaustive de tous les graphes à quatre sommets. La raison est visible : les deux sommets de degré doivent être reliés à tous les autres, donc chacun des deux derniers a déjà un degré .
2. Le théorème de Havel-Hakimi. Soit et
Alors est réalisable si et seulement si l'est.
Facile. Soit réalisant sur les sommets . Ajoutons un sommet relié à . Ces sommets gagnent chacun un degré, retrouvant ; les autres sont inchangés ; et a le degré . Le graphe obtenu réalise .
C'est ici que se trouve l'idée. Soit réalisant . Rien ne dit que y est relié aux sommets de plus grand degré — il faut le fabriquer, par un échange d'arêtes.
Supposons qu'il existe et tels que soit relié à mais pas à . Comme la suite est décroissante, . Posons
Alors . En effet, si et ne sont pas voisins, — le sommet n'est pas voisin de — et , d'où ; et s'ils sont voisins, et , d'où encore . Il existe donc un sommet : il est voisin de , non voisin de , et distinct de , et . Remplaçons alors les arêtes et par et . Aucun degré ne change : perd et gagne , perd et gagne , perd et gagne , perd et gagne . Mais le nombre de voisins de parmi a augmenté de .
Ce nombre est borné par : en répétant l'échange, on obtient en un nombre fini d'étapes un graphe réalisant où est relié exactement à . Retirer donne alors un graphe réalisant .
3. L'algorithme. Le théorème se lit comme une récurrence :
Entrée : une suite d'entiers positifs.
Sortie : vrai ssi elle est la suite des degrés d'un graphe simple.
tant que la suite n'est pas nulle :
trier par ordre décroissant
retirer le premier terme d1
si d1 > nombre de termes restants : rendre FAUX
diminuer de 1 les d1 premiers termes restants
si un terme est devenu négatif : rendre FAUX
rendre VRAI
Terminaison : le variant est , qui décroît strictement de à chaque tour tant que la suite n'est pas nulle. Correction : par le théorème, chaque tour préserve la réalisabilité dans les deux sens ; la suite nulle est réalisée par le graphe sans arête. Complexité : au plus tours, chacun en pour le tri, soit — et en remplaçant le tri par un tri par comptage, les degrés étant bornés par .
L'algorithme est de plus constructif : en gardant trace des arêtes ajoutées à chaque remontée, on obtient un graphe réalisant la suite, et pas seulement une réponse booléenne.
4. Les épreuves. Mesuré, chaque réponse confrontée à une énumération exhaustive quand la taille le permet :
| suite | somme | Havel-Hakimi | vérification exhaustive |
|---|---|---|---|
| réalisable | réalisable () | ||
| non | somme impaire | ||
| réalisable | réalisable (triangle) | ||
| réalisable | réalisable (3 arêtes) | ||
| réalisable | --- () | ||
| réalisable | --- | ||
| non | non | ||
| non | non | ||
| non | somme impaire |
Les deux colonnes concordent partout. Les deux lignes en gras sont les cas intéressants : somme paire, , et pourtant irréalisables. La suite le montre bien : le premier sommet doit être relié aux quatre autres, dont celui de degré — impossible. Havel-Hakimi le découvre en un tour.
Ce que ce problème illustre. Le lemme des poignées de main est une condition locale — une somme. La réalisabilité est une condition globale, et le passage de l'une à l'autre demande un argument d'échange, technique récurrente en théorie des graphes : on ne construit pas la solution, on montre que toute solution peut être déformée vers une forme normale sans changer ce qui compte.
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